Bulletins

Au jour le jour, février 2019

La pharmacie du Dr Léotable Dubuc rue Sainte-Marie.

La famille Raymond
Première partie : Jean-Baptiste Raymond N.D.L.R. Ceci est le premier de deux articles sur la famille Raymond. Dans un prochain article, il sera question des enfants de Jean-Baptiste Raymond. Jean-Baptiste Raymond Jean-Baptiste Raymond est né à Saint-Roch-des-Aulnaies le 6 décembre 1757, puis baptisé le 7, dans l’église paroissiale. Il fut le seul enfant survivant de Jean-Baptiste-Moyse de Rémond et de sa première femme, Marie-Françoise Damours de Louvières.   Il savait lire et écrire puisqu’il fit des études primaires à Montréal, où son père était venu s’établir en 1760 ou en 1761. On racontait que, vers l’âge de 12 ans, Jean-Baptiste Raymond était parti faire la traite des fourrures dans les Pays d’en Haut. Il serait revenu dans l’Est en 1783 pour s’installer, à l’âge de 26 ans, comme marchand à La Tortue.   Le 6 septembre 1784, il épouse Marie-Clotilde Girardin.   La Tortue   Sur la carte topographique de la région de Montréal (Bas-Canada), dressée par l’arpenteur Joseph Bouchette en 1831, on aperçoit clairement un hameau situé en bordure de la rivière La Tortue et désigné sous le nom de La Tortue. Il est difficile de préciser à quel moment le toponyme de La Tortue a été attribué à ce lieu. L’endroit est légèrement au nord de l’embranchement de la rivière du même nom avec un autre cours d’eau désigné par Bouchette sous le nom de Petite rivière Saint-Constant. Cela situe, de nos jours, l’ancien hameau de La Tortue sur le chemin Saint-François-Xavier près de l’intersection de la rue Principale à Saint-Mathieu.   L’expansion du hameau de La Tortue à la fin du 18e et durant tout le 19e siècle est intimement liée à la présence et aux actions de la famille Sanguinet, du commerçant Jean-Baptiste Raymond et de son gendre Paul-Théophile Pinsonnault.   La seigneurie de La Salle a connu trois manoirs seigneuriaux. L’actuel, 18 chemin Saint-François-Xavier : «Site du premier manoir seigneurial, construit en bois vers 1750 par Jean-Baptiste Leber de Senneville, puis habité par René Cartier et ensuite propriété de Simon Sanguinet, qui ont tous deux été successivement seigneurs de La Salle. Vendu à Jean-Baptiste Raymond vers 1800 par la succession Sanguinet, le manoir sera, à plusieurs reprises, agrandi par la famille Pinsonnault. Abandonnée vers 1920, la propriété sera démolie.   À La Tortue, dans l’ancienne seigneurie de La Salle, Raymond se lança dans le commerce de marchandises sèches, notamment des produits manufacturés et des articles de ménage. En 1796, il s’associa à une entreprise destinée à vendre de la poudre à canon aux États-Unis et, la même année, afin de rembourser des dettes, il vendit sa seigneurie du Lac-Matapédia, domaine qu’il avait hérité de sa mère.   Soucieux d’étendre son patrimoine, il multiplie les acquisitions. Le 14 mars 1796, il achète un lopin de terre sans bâtiment situé près de l’église de Saint-Constant. Le 24 mars 1797, afin d’améliorer le transport de ses marchandises, il acquiert un chemin qui longe la rive ouest de la rivière La Tortue, vis-à-vis de son hangar à potasse et qui viendra, grâce à un pont construit sur la rivière, rejoindre son emplacement situé sur l’autre rive du cours d’eau.   Raymond fut un fabricant de potasse très prospère. La potasse était produite à partir de la cendre de bois franc qui, à l’occasion, provenait des souches et des racines, résidus du défrichement. Placée dans un four tout en la brassant, la potasse prenait une couleur blanche et devenait de la perlasse qui valait beaucoup plus, parce qu’on l’utilisait dans la fabrication de la poterie, de la porcelaine et du savon. Ces opérations prenaient beaucoup de temps et exigeaient une attention constante. Dans les années 1820 et 1830, le commerce des cendres était un négoce très lucratif.   Le « savon noir » ou « savon du pays » utilisé par nos aïeules était principalement composé d’eau, de potasse (le lessi ou cendre de bois lessivée) et de gras de bœuf. Le savon du pays D’abord un homme d’affaires   Quoiqu’il fut élu député de Huntingdon en 1800, et réélu en 1804, Jean-Baptiste Raymond préférait clairement s’occuper de ses affaires plutôt que de participer aux débats de la Chambre d’assemblée.   Propriétaire de nombreux biens immobiliers, plus particulièrement dans La Prairie et les environs, « Jean-Baptiste Raymond est donc, à 38 ans, le commerçant le plus prospère de La Tortue. Déjà propriétaire de deux brasseries à potasse, commerçant de marchandises sèches, de bois et de blé, les anciens moulins seigneuriaux tourneront maintenant pour sa propre utilisation. Il agrandira l’ancienne maison seigneuriale jusqu’à la chapelle, lui conférant dorénavant une allure de manoir. Il y vivra avec sa famille avant de s’établir à La Prairie, centre de ses affaires. »Journal Le Reflet, samedi le 19 juin 1993, page 34 / Texte rédigé par la Fondation Royal-Roussillon  Jean-Baptiste Raymond eut un tel impact sur le développement de la région que plusieurs le considèrent aujourd’hui comme le véritable fondateur de La Tortue.   La Prairie   Comme tous les grands marchands de son époque, Raymond cherche à étendre son emprise économique et son influence sociale. Membre de la nouvelle bourgeoisie canadienne-française, il est sensible aux politiques qui favorisent ses intérêts commerciaux.   En 1801, il acheta un lot à La Prairie et, peut-être parce que ses affaires étaient florissantes ou prometteuses, en 1803, il y installa sa famille qui vivait alors à La Tortue. Entre 1805 et 1810, il prit son fils Jean-Moïse comme associé dans son commerce de marchandises sèches, et la firme Jean-Baptiste Raymond et Fils devint l’un des commerces les plus prospères de la région.Alan Dever, Dictionnaire biographique du Canada     Outre ses activités commerciales, Raymond fit l’acquisition de nombreux biens immobiliers ; à partir de 1810, il réalisa la plupart de ses opérations à La Prairie et dans les environs et, avec le notaire Edme Henry, il finit par se disputer la première place comme propriétaire de l’endroit. En 1814, il put donner à Jean-Moïse, à titre d’avance sur son héritage, une maison, un magasin et un entrepôt, tous en pierre, situés à La Prairie.   Important fournisseur de matériaux, en février 1816, M. Raymond évalue à 14 000 francs ce qu’il en coûterait à la fabrique pour couvrir de fer blanc la toiture de l’église. Le 26 avril 1818, il est nommé syndic pour le village afin que, selon les désirs de l’évêque, une quête soit organisée pour l’établissement d’une mission et la construction d’une église à la Rivière Rouge.   Les propriétés des Raymond à La Prairie Le plan et les descriptions ci-joints aideront le lecteur à situer l’emplacement des propriétés des Raymond sises à un endroit stratégique au cœur du village.   « L’an mil huit cent vingt un le vingt mai à une assemblée de Mr les marguilliers anciens et nouveaux et les notables de cette paroisse […] j’ai exposé que divers citoyens m’avaient été députés pour demander de la part et du consentement des messieurs qui forment la société de la Pompe [à feu] qu’il leur fût accordé par la présente assemblée, une place sur le terrain de la fabrique pour y mettre la Pompe en sûreté l’angle v.gv.g. verbi gratia signifie : par exemple. formé par la rencontre de la clôture des Dames de la congrégation et le mur du magasin de Monsieur Raymond en face de la porte située au nord de l’Église, ou autre place contigüe au dit mur. »   Une clôture séparait le terrain des Raymond de celui de la fabrique : « Malgré ces réclamations la clôture ayant été plantée en commençant contre les degrés de la porte du magasin de Mr. Raymond des voies de fait et plusieurs procès dispendieux s’en sont suivis qui ont causé beaucoup de dommages aux deux parties. »   La maison familiale et le magasin seront détruits lors du grand feu d’août 1846.   Dans un prochain article, nous verrons que son fils Jean-Moyse fit, après le décès de son père, de nouvelles acquisitions à l’intérieur du village.   L’énigme de la sépulture   Jean-Baptiste Raymond est décédé à La Prairie le 19 mars 1825 à l’âge de 67 ans. Contrairement à l’usage et aux honneurs dus à son rang, il ne fut pas inhumé dans la crypte de l’église paroissiale, mais plutôt dans celle de l’église voisine de Saint-Philippe.   Pour comprendre cet écart à la tradition, il faut se reporter aux notes du curé Jean-Baptiste Boucher, en date du 20 mars 1825.   « Monseigneur Denaut avait fait [en 1801] de vive voix la défense d’enterrer dans l’église de La Prairie sur la représentation que je lui avais faite que nous devions faire un nouveau plancher embouveté; que l’on y avait mis dans tous les endroits des corps, en sorte qu’il ne restait plus de place; que l’on se plaignait de la mauvaise odeur qui se répandait dans l’église, que des maladies pestilentielles et contagieuses provenant de l’épizootie se propageaient et qu’on n’avait pu l’accorder pour la femme d’un des principaux de la paroisse qui en avait été emportée; en sorte que depuis environ vingt-quatre ans personne n’en avait fait la demande et l’on ne trouverait de place qu’en cherchant les cercueils. »   « Aujourd’hui le 20 mars 1825, Jérémie Denaut ayant fait de la part de la famille Raymond la demande d’inhumer le corps de Jean-Baptiste Raymond, écuyer, dans l’église, Toussaint Lefebvre marguillier en charge, sans me consulter en a fait le refus sans demander d’assemblée. »   C’est ainsi donc que, selon Aegidius Fauteux qui citait un journal de l’époque, la dépouille fut transportée en grandes pompes vers Saint-Philippe. La description qui suit donne une bonne idée de l’envergure du personnage.   «  Le corps, accompagné du curé Boucher de Laprairie, du curé RobitailleDu même âge et sans doute grand ami du défunt, Pierre Robitaille fut curé de Saint-Philippe de 1807 à 1810 et aumônier militaire de 1812 à 1815., de Saint-Charles, de la famille et d’un grand nombre de citoyens, partit solennellement mardi le 22, de Laprairie pour St Philippe, à 8 heures du matin. Le cortège arrivé aux limites entre Laprairie et St Philippe y trouva sous les armes, un corps de milice de St PhilippeJean-Baptiste Raymond avait été capitaine de milice lors de la guerre de 1812. qui, sous le commandement du capitaine Guillaume Péladeau, salua le corps d’une décharge de mousqueterie, renversa les armes et se divisa en deux parties, l’une escortant la riche voiture qui portait le corps et l’autre formant derrière le corps une place pour la famille. Ce convoi se rendit jusque chez le capitaine Guillaume Péladeau, voisin de l’église de St Philippe, où le corps fut déposé. M. Robitaille vint avec le clergé faire la levée du corps qui fut posé au milieu de la nef, sous un double catafalque ou Impérial de 22 pieds de haut, avec une magnifique tenture comprenant plus de 1200 lumières artistement distribuées. M. Pigeon, curé de St Philippe, chanta l’absoute et fit l’inhumation dans l’église, accompagnée des honneurs militaires, en présence de plus de 1500 assistants tous pourvus de cierges. »   L’acte de sépulture porte, entre autres, les signatures de son fils Jean Moïse, du curé Boucher, de son gendre et notaire Théophile Pinsonnault et de Joseph Masson, l’époux de Sophie Raymond.   Trois ans après ce décès, le notaire Edme Henry, qui était l’administrateur des biens des Jésuites à La Prairie,  épousa la veuve de J.-B. Raymond. ...
Poste de coordonnatrice
Au début du mois de novembre dernier, nous devions trouver quelqu’un pour remplacer notre coordonnatrice, Madame Johanne Doyle, durant son congé de maladie d’une durée indéterminée. À court terme, nous avons pu compter sur les services de Madame Édith Langlois qui nous a avisés qu’elle était disponible pour trois mois seulement.   Après le congé des Fêtes, la SHLM a affiché le poste de coordonnatrice (poste de remplacement) dans les médias sociaux. Après une semaine d’entrevues, il nous fait plaisir de vous annoncer que nous avons procédé, en date du 29 janvier dernier,  à l’embauche de Madame Lucie Filion. Merci beaucoup à Madame Langlois pour sa précieuse collaboration des trois derniers mois et nous souhaitons la plus cordiale des bienvenues à Madame Filion au sein de l’équipe de la SHLM. ...
Rappels importants aux membres – Assemblée générale de la SHLM
Veuillez prendre note qu’il n’y a jamais de conférence au mois de mars, à la SHLM. Nous profitons toujours de cette pause printanière pour tenir notre assemblée générale annuelle. Celle-ci aura lieu au Vieux Théâtre de La Prairie, situé au 247,  rue Sainte-Marie, le mardi 19 mars 2019 à 19 h 30. Deux postes au conseil d’administration sont en élection cette année. Seuls les membres en règle de la SHLM pourront assister à la réunion.   La période de renouvellement achève. En plus de vous permettre d’assister à l’assemblée générale annuelle, votre adhésion à la SHLM vous donne accès gratuitement à notre centre de recherches ainsi qu’à nos conférences régulières. Votre soutien nous permettra aussi de réaliser plusieurs projets à caractère généalogique, historique ou patrimonial, conformément aux objectifs de notre mission.   Stéphane Tremblay Président de la SHLM ...
01 Jan 1970
Conférence: La justice au temps de la Nouvelle-France - Lois et bourreaux

Au jour le jour, janvier 2019

La briqueterie Laprairie en 1903

Charivaris à La Prairie
Importé d’Europe, le charivari est un tumulte que l’on faisait le plus souvent à des mariés d’âge inégal, ou à un veuf ou à une veuve qui se remariait trop vite après le décès de sa femme ou de son mari. Outre les mariages mal assortis (ex. un bourgeois qui épouse sa servante), d’autres raisons justifiaient parfois les charivaris : sexualité jugée déviante, difficultés conjugales et comportements répréhensibles. Le charivari est un exutoire des tensions sociales et l’occasion pour plusieurs de franchir des interdits dans l’anonymat.   « Présent dans toutes les cultures occidentales, ses fonctions peuvent varier d’une région à l’autre et évoluent dans le temps, mais elles constituent toujours une réponse – parfois sympathique, parfois violente – aux comportements jugés contraires aux normes par les communautés. Son caractère souvent festif ne doit pas faire oublier que le charivari est d’abord un instrument de justice populaire. Ce jeu de contestation, qui peut ressembler au retournement carnavalesque, a aussi un rôle de gardien de la morale, surtout en matière de sexualité et de mariage. Si les autorités civiles peuvent tolérer ces démonstrations, il n’en est pas de même pour l’Église qui les condamne parce qu’elles empiètent sur ses prérogatives, le pardon ne pouvant s’obtenir que d’une seule manière. »René Hardy, Charivari et justice populaire au Québec, Québec, Septentrion, 2015, 282 pages.    Ce tribunal populaire, une pratique peu appréciée par certains, avait en général une allure bon enfant. Pourtant, certains charivaris ont eu des consé­quences dramatiques puisque des décès sont survenus au cours d’échauffourées.   Ainsi, les charivaris étaient tradition­nellement dirigés vers les couples qui brisaient les conventions sociales. La nuit de noces venue, plusieurs personnes s’assemblaient devant le nid conjugal, chantant et faisant du bruit par toutes sortes de moyens. Il arrivait fréquemment qu’un notable de la place serve d’agent négociateur entre les chahuteurs et les époux. Léo-Paul Desrosiers raconte dans « Âmes et paysages » qu’au cours d’un charivari à Berthier, dans la seconde moitié du 19e siècle, c’est le curé lui-même qui proposa ses services pour convaincre le couple Bonald (mariage entre un jeune médecin et une riche veuve) de satisfaire aux exigences des assiégeants trop bruyants.   En Nouvelle-France, le premier charivari a eu lieu à Québec en 1683.  La veuve de François Vézier dit Laverdure, âgée de vingt-cinq ans, avait épousé Claude Bourget seulement trois semaines après le décès de son époux. Les Québécois estimèrent que la fille de Guillaume Couture avait été un peu vite en affaires. C’est pourquoi plusieurs manifestèrent bruyamment de nuit sous les fenêtres du couple, réclamant une amende, seule susceptible de les calmer. Le charivari dura six jours et les choses allèrent si loin que Mgr de Laval fut obligé de publier, en juillet de la même année, un mandement où il menaçait d’excommunication ceux qui continueraient à faire des charivaris. Ce mandement fut repris textuellement par Mgr de Saint-Vallier dans sa première édition du Rituel de Québec.   Mgr de Laval était intervenu pour deux raisons : d’abord parce que les mauvais plaisants prononçaient de prétendus sermons avec des textes équivoques et aussi parce que, malgré l’intervention des autorités civiles, le charivari se poursuivit.   « […] Nous pour ces causes et pour apporter un remède convenable à un grand mal qui ne pourrait avoir que des suites et des conséquences très funestes, faisons très expresses inhibitions et défenses à tous les fidèles de l’un ou l’autre sexe de notre diocèse de se trouver à l’avenir à aucune des dites assemblées qualifiées du nom de charivari, aux pères et mères d’y envoyer ou permettre que leurs enfants y aillent, aux maîtres et maîtresses d’y envoyer leurs domestiques ou permettre volontairement qu’ils y aillent le tout sous peine d’excommunication […]. »   En conséquence, par crainte du châtiment divin, les charivaris disparurent pendant un certain temps puis ils reprirent naissance graduel­lement dans les campagnes. Sous  le régime anglais, les charivaris se poursuivirent, mais les victimes savaient qu’elles pouvaient arrêter le tapage en faisant entrer les participants dans leur maison et en leur offrant un verre de vin ou un repas. D’autres versaient une aumône pour les pauvres, et aussitôt les tapageurs s’éloignaient. Par contre, si le couple refusait de rencontrer le ou les émissaires de la foule, eh bien, les époux étaient condamnés à endurer le tintamarre jusqu’à ce qu’ils cèdent. L’absence ou l’insuffisance de la police en plusieurs endroits expliquent que parfois ces manifestations aient dégénéré ou que c’est le curé de l’endroit qui ait dû intervenir pour mettre fin aux excès. Illustration du Roman de Fauvel. Le charivari à La Prairie   N.B. le lecteur aura accès aux textes complets des lettres du curé Boucher dont il est question plus bas en consultant les numéros de février et de mars 1999 de ce bulletin.   Si l’on prête foi aux chroniques des débuts du 19e siècle, le village de La Prairie était un milieu en pleine effervescence. La population y était à l’occasion turbulente, parfois récalcitrante et prompte à se dresser contre toute forme d’autorité. L’essor économique et les migrations interrégionales attirent nombre de nouveaux venus qui font éclater l’homogénéité sociale et provoquent un relâchement des mœurs.   Il n’y a pas à chercher bien loin la cause du premier charivari connu à La Prairie. Les registres paroissiaux nous apprennent qu’en ce mardi 17 novembre 1807, jour du début du charivari, Marie Salomé Samson, veuve de John Philip Lessert, avait épousé Joseph Bourdeau. Or l’épouse, qui en est à son troisième mariage, est âgée de 45 ans, soit le double de l’âge de Bourdeau, qui n’a que 23 ans. Une différence d’âge qui justifie pleinement la réprobation des villageois.   Puisque le curé Jean-Baptiste Boucher a entretenu une correspondance assidue avec son évêque tout au long de son ministère, le questionnant et sollicitant son avis sur la doctrine et sur l’administration de la paroisse, il était donc dans l’ordre des choses qu’il sollicite son avis sur l’attitude à adopter. Curé Jean-Baptiste Boucher Le 24 novembre 1807, Boucher adresse donc une lettre à Mgr J. Octave Plessis, évêque de Québec, pour se plaindre des troubles causés dans la paroisse par un charivari qui se prolonge depuis ce mardi de novembre. Tout y est : injures, masques hideux, travestissements de garçons en filles, profanations des cérémonies et chants funèbres de l’Église. Plusieurs dizaines de personnes de tous âges y prennent part. « Jamais on ne vit semblable désordre dans nos campagnes. » Espérant faire cesser le grabuge, l’abbé Boucher, qui occupe la cure de La Prairie depuis octobre 1792, dès le dimanche suivant, fait lecture à ses ouailles de l’ancien mandement de Mgr de Laval dont il a été question plus haut.   Jean-Baptiste Boucher, prêtre érudit, dogmatique et rigide dans ses certitudes, devant la passivité des autorités civiles, tente d’étouffer cette nouvelle liberté. L’Église veut s’imposer en policier des mœurs, ce qui ne sera pas sans brouiller pour longtemps les relations entre le curé et nombre de ses paroissiens, dont les meneurs du groupe de manifestants. (En choeur) “ Le soleil est si beau!”…, par Honoré Daumier En effet, puisque les manifestations se poursuivent malgré ce premier avertissement, le curé prend l’initiative de sévir afin de mettre fin au grabuge : refus des sacrements aux participants, abolition de la neuvaine à Saint-François Xavier et menace qu’il n’y ait pas de Messe de Minuit, trois mesures qui seront, en fin de compte, mises à exécution. En agissant ainsi, le curé punissait toute la paroisse au lieu de s’en prendre aux seuls manifestants. Le charivari prit fin le mercredi 25 novembre alors que les époux acceptèrent de payer 7 piastres, une partie de la somme devant être versée aux pauvres de la paroisse.   L’évêque de Québec répondit aux plaintes du curé Boucher par un mandement qui lui parvint le jeudi 10 décembre et dont il annonça la réception en chaire le dimanche suivant, se réservant d’en lire le contenu plus tard. Le mandement sera lu devant les paroissiens durant la messe dominicale du 20 décembre, soit au 4e dimanche de l’Avent, c. à d. celui précédant la fête de Noël.   Plusieurs des participants ayant été travestis ou masqués, il est évident que le curé Boucher a dû être informé de leurs noms par des villageois mécontents ou encore par les soldats britanniques cantonnés dans le village. « Je connais 36 de ceux qui se sont masqués; dont 5 seulement sont protestants. […] J’ai imposé à ceux qui ont pris part active au charivari 80 livres pour réparation des torts et dommages : 42 livres qu’ils se sont fait donner, 2 livres pour une petite croisée qu’ils ont cassée à coups de pierre et 36 livres pour six soirées que les nouveaux époux ont été troublés dans leurs ventes (à leur cantine) […]. »   Malgré les sévères réprimandes de l’évêque Plessis et du curé J.B. Boucher, l’affaire ne s’arrêta pas là, plusieurs prétextant que le charivari n’était qu’un jeu d’enfant qui se faisait partout et en tout temps. Cependant, ils distinguent nettement le champ de la religion (la foi, la morale) de celui des affaires séculières (le commerce, la politique) où ils ne reconnaissent aucune autorité au clergé: « l’un disait, après celui-là, un autre, un second, l’argent de la fabrique appartient aux habitants; et ils exigèrent que je ne fisse pour l’Église aucune dépense, aucun achat, sans assemblée, excepté pour les frais ordinaires et communs »Curé Jean-Baptiste Boucher, le 16 mars 1808 – Archives du diocèse Saint-Jean de Québec – 2A/21.   En 1810, les désordres reprennent pour plus de 5 jours à l’occasion cette fois du mariage de François Denaut, et certains ont estimé ce scandale encore plus grand que celui du charivari précédent. Denaut, un commerçant âgé de 42 ans et veuf depuis un an, épouse en secondes noces Félicité Barbeau deux semaines avant qu’elle n’ait atteint l’âge de la majorité, soit 21 ans à l’époque. Cette fois encore, le curé ne cède en rien, certains participants sont menacés d’excommunication pour un an.   Par son attitude intransigeante, le curé va à nouveau s’aliéner, et pour longtemps, une bonne partie de la population ainsi que les magistrats en poste : « un charivari […] continue depuis cinq jours, sous les fenêtres de nos magistrats qui sont fort paisibles (26 février 1810) » et « les juges de paix ont été bénins pendant les 9 jours de tumulte et de vacarme (16 mars 1808) ». Si les magistrats ont fermé les yeux sur le désordre, c’est sans doute qu’ils ont jugé que l’affaire ne menaçait en rien l’ordre public.   Le curé, qui considère que les autorités civiles sont trop laxistes, imbu qu’il est de la doctrine chrétienne et drapé de l’autorité ecclésiastique, sans doute aussi sincèrement préoccupé du salut des âmes, décide d’imposer son autorité et de sévir envers les récalcitrants.   Quelque trente ans plus tard, les patriotes reprendront la pratique du charivari d’une manière moins bon enfant, pour cette fois obliger magistrats et capitaines de milice à démissionner ou encore pour contraindre des pères de famille hésitants à joindre les troupes patriotes. Cette fois, ce sont les autorités civiles et militaires qui se chargeront de punir les coupables avec grande sévérité. En 1837-1838, le curé Boucher, devenu vieux et fatigué, est toujours en poste et se souvient sans doute avec amertume des charivaris de 1807 et 1810.   La pratique du charivari disparut de nos campagnes vers la fin du 19e siècle. ...
Vœux pour la nouvelle année
En ce début d’année 2019, je vous souhaite tout d’abord la santé. À ce sujet, toutes nos pensées sont pour Madame Johanne Doyle, notre coordonnatrice, qui est en congé de maladie depuis le mois de novembre dernier. Aussi, je souhaite prospérité et succès à tous les amis, bénévoles, employés, membres et partenaires des organismes du Québec dédiés à la promotion de la généalogie, de l’histoire et du patrimoine local. Nous sommes les défenseurs d’un aspect primordial de notre société et, plus que jamais, nous avons besoin de votre soutien afin de pouvoir offrir nos activités à la population pour les années à venir (publication d’ouvrages historiques/généalogiques, club et cours de généalogie, comités de paléographie et du Fonds des Jésuites, vente de livres usagés, numérisation de nos archives…). Vous pouvez soutenir la SHLM dans la réalisation de ses projets en posant un ou plusieurs de ces gestes :   Renouveler votre carte de membre/devenir membre en janvier. Naviguer sur notre nouveau site web (en ligne depuis le 20 décembre dernier). Participer au brunch annuel le 10 février prochain. Assister aux conférences mensuelles de la SHLM le 3e mardi de chaque mois. Lire régulièrement le bulletin mensuel et peut-être même participer à sa rédaction ? Assister à l’assemblée générale annuelle des membres de la SHLM le 19 mars prochain. Faire l’acquisition d’une de nos publications. Enrichir nos archives en faisant don de photos ou de documents. Faire un don de livres usagés et participer à notre vente de livres usagés à la fin d’avril. Découvrir vos ancêtres en profitant de nos ressources en généalogie. Faire une visite guidée avec nos guides étudiants durant la saison estivale.   Bonne année 2019 ! Stéphane Tremblay, président de la SHLM ...
Conférence
Mardi le 15 janvier 2019    Quatre trente sous pour une piastre  Paul-Henri Hudon   Notre conférencier, Monsieur Paul-Henri Hudon, historien et président de la Société d’histoire de la seigneurie de Chambly, nous entretiendra sur l’histoire de notre monnaie : l’évolution des monnaies ; la livre, le dollar, la piastre; les taux d’intérêt ; la monnaie papier vs la monnaie métallique ; les monnaies étrangères; les monnaies numériques et la cryptomonnaie. Les conférences de la Société d’histoire de La Prairie-de-la-Magdeleine ont habituellement lieu à l’étage du 249, rue Sainte-Marie à La Prairie. Exceptionnellement, celle-ci aura lieu au Centre multifonctionnel Guy-Dupré (500, rue Saint-Laurent à La Prairie). Elles débutent à 19 h 30.  Entrée libre pour les membres, 5 $ pour les non-membres. Renseignements au 450-659-1393. ...
Nouveau site web de la SHLM
Depuis le 20 décembre 2018, le site web de la Société d’histoire de La Prairie-de-la-Magdeleine a fait peau neuve. La refonte de notre site a été rendue possible grâce à une subvention de Desjardins Caisse La Prairie, partenaire financier de la SHLM. Le site a été développé par l’équipe de Monsieur François-Bernard Tremblay de l’agence de design Bon Melon.   Dans l’ordre habituel sur la photo (prise au mois de juin lors de la signature de l’entente), M. Jean-Pierre Labelle trésorier de la SHLM, M. Robert Clermont, président du C.A. de Desjardins Caisse La Prairie, Mme Diane Couture, adjointe à la direction générale et aux communications de Desjardins Caisse La Prairie, Mme Johanne Doyle, coordonnatrice de la SHLM et M. Stéphane Tremblay, président de la SHLM.   La SHLM tient également à remercier ses partenaires du milieu politique pour leur soutien dans la réalisation de ce projet : Monsieur Donat Serres, maire de La Prairie, les membres du conseil municipal de La Prairie, Monsieur Jean-Claude Poissant, député de la circonscription fédérale de La Prairie et Monsieur Richard Merlini, député sortant de la circonscription provinciale de La Prairie. ...
Brunch annuel de la SHLM
Dimanche le 10 février prochain à 10 h 30 aura lieu, à la Plaza Rive-Sud de La Prairie (l’ancien Espace Rive-Sud), le brunch annuel de la Société d’histoire de La Prairie-de-la-Magdeleine (SHLM). Cet événement permettra aux bénévoles, aux membres et aux partenaires de la SHLM de faire la rétrospective de l’année qui vient de se terminer et de discuter des activités de l’année en cours. La SHLM profitera également du brunch annuel pour récompenser son (ou sa) bénévole de l’année 2018. Le coût du billet est de 35 $ par personne. Encouragez la SHLM dans l’organisation de ses activités en constituant une table avec parents et amis. Pour acheter/réserver vos billets, prière de passer à nos locaux durant les heures d’ouverture ou laissez un message au 450 659-1393 avant le 7 février prochain. Au plaisir de vous rencontrer lors de cet événement ! ...

Au jour le jour, novembre 2018

Amicale Notre-Dame des Prés en 1930

Le castor de la discorde
N.D.L.R. Certains propos contenus dans ce texte sont inspirés du livre « La destruction des Indiens des plaines » par James Daschuk.   Les premiers chapeaux connus seraient apparus au cours de l’Antiquité en Égypte où divers types de coiffures étaient utilisées. À travers les âges, le chapeau, qui prit des formes très variées, fut tour à tour vêtement, instrument de protection contre les coups, le froid, la pluie ou l’insolation, objet d’apparat ou encore symbole d’une fonction ou de l’appartenance à une organisation.   Au début du 17e siècle, le chapeau en feutre de castor était à la mode en Europe et la demande était forte. Extrêmement prisé, il était aussi, selon sa forme, une indication du statut social et de l’occupation de la personne qui le portait. C’est ainsi que durant deux siècles, de la moitié du 17e siècle à la moitié du 19e siècle, les chapeaux de castor demeurèrent en vogue et constituèrent un élément important de la tenue vestimentaire des hommes dans une grande partie de l’Europe.   Or, exploité de façon abusive, le castor avait pratiquement disparu en Europe à la fin du 17e siècle. Avec la naissance de nouvelles colonies en Amérique du Nord (Nouvelle-France, Nouvelle-Angleterre et Nouvelle-Hollande) l’industrie florissante de la chapellerie européenne eut accès à une nouvelle et abondante source d’approvisionnement. Le commerce de la fourrure y fit rapidement son apparition avec toutes les conséquences que cela allait entraîner.   D’ailleurs, dès la première moitié du 17e siècle, les Français, nouveaux venus, établissent des postes de traite le long du Saint-Laurent et dans les Pays d’en-haut (la région des Grands Lacs). Pour réussir dans le commerce des fourrures, ils concluent des alliances à la fois militaires et commerciales avec des groupes nomades des pays du Nord : Algonquins, Outaouais, Hurons et Montagnais. On peut même affirmer qu’avant l’arrivée en 1665 de l’intendant Talon on ne fonde pas ici des villages, mais plutôt des postes de traite. Or, la France n’est pas seule en Amérique, au cours de ce même siècle elle dispute à l’Angleterre et à la Hollande les profits liés au lucratif commerce de la fourrure. William Faden, Traite avec les Amérindiens autochtones, Canada (1777). Les relations des Européens avec les autochtones mal amorcées à cause de la quête des fourrures, les Iroquois de la vallée de la Mohawk, alliés aux Hollandais et armés par ces derniers, s’en prennent aux colons venus de France et à leurs alliés amérindiens. Les raids se multiplient jusqu’à la Grande Paix de 1701.   D’autre part, les Anglais fondent en 1670 la Compagnie de la Baie d’Hudson qui, à la recherche des peaux de castor, a pour mandat principal d’explorer et de mettre en valeur de nouveaux territoires. Avec la révocation de l’Édit de NantesCet édit, promulgué en avril 1598, accordait notamment des droits de culte, des droits civils et des droits politiques aux protestants qui étaient nombreux en France. en 1685, plusieurs milliers de chapeliers émigrent de France vers l’Angleterre qui devient le principal centre de production des chapeaux de castor. D’où l’appétit vorace des actionnaires de la CBH pour de nouveaux territoires de capture. Qui plus est, avec le traité d’Utrecht en 1713, les comptoirs commerciaux des Français établis au pourtour de la Baie d’Hudson et l’accès à l’intérieur des terres de l’ouest passent aux mains de la CBH. Chapeaux faits de peau de castor. Castorologia, Or, The History and Traditions of the Canadian Beaver: An Exhaustive Monograph…, Horace T. Martin, Montréal, W. Drysdale; Londres, E. Stanford, 1892. La Prairie   À cause de sa position géographique, La Prairie participera de façon marquée au commerce des fourrures que ce soit de façon illégale ou encore en fournissant son lot d’engagés. D’abord concentré dans les Pays d’en-haut, grâce aux expéditions de La Vérendrye, après 1731 le territoire de la traite s’élargit vers l’ouest et encore davantage avec la multiplication des postes de la CBH au cours du siècle qui suivit.   Selon l’historien Louis Lavallée, dont l’étude se limite au Régime français, « presque toutes les familles de La Prairie ont, un jour ou l’autre, envoyé un de leurs fils aux Pays d’en-haut ». Célibataires, « ce sont de solides gaillards recrutés pour leur résistance et leur robustesse […] ce sont presque tous de parfaits analphabètes qui manient mieux l’aviron que la plume. »   Lorsque le commerce des fourrures passa aux mains des marchands anglais de Montréal, il n’y a pas à douter que La Prairie ait continué à fournir une abondante main-d’œuvre pour assurer les expéditions de traite vers l’ouest du pays.   Le côté sombre de la traite   Avant l’arrivée des Européens, les Amérindiens s’affrontaient surtout pour des territoires de chasse et pour l’adoption de prisonniers. « Grâce à leurs techniques de chasse au bison qui préservent les routes des hardes (l’abondance et la persistance du bison leur garantissent une alimentation d’excellente qualité) et à leurs stratégies de protection du castor (qui par ses barrages stabilise les ressources en eau) les Chasseurs des plaines de l’ouest assurent la pérennité de leurs approvisionnements en nourriture et en eau. »La destruction des Indiens des plaines. Page 43   Malgré la maladie, les infections et les épisodes de malnutrition, les communautés autochtones avaient donc, avant l’arrivée des engagés de la traite et des colons européens, réussi à survivre dans un milieu relativement hostile.   La traite des fourrures allait bouleverser cet équilibre de façon considérable. À la fin du 18e siècle, le flot croissant d’alcool concédé par les traiteurs de Montréal en échange des fourrures s’accompagne d’une augmentation marquée du nombre de maladies vénériennes mortelles à cause de la multiplication des relations sexuelles entre les employés de la Compagnie de la Baie d’Hudson et les femmes autochtones. Le flot d’alcool, souvent à double distillation, déchaîne alcoolisme et violence chez les Amérindiens qui en réclament davantage avec pour effet la dégradation de leur tissu social.   Afin d’obtenir davantage d’alcool, certaines tribus cherchent à élargir leur territoire pour augmenter leur approvisionnement en pelleteries. Il en résulte de nombreux affrontements intertribaux. De plus, à cause de la  forte concurrence, les traiteurs rivaux s’agressent les uns les autres et exercent d’énormes pressions sur les Amérindiens qui refusent leurs conditions d’échange, avec en retour une hostilité croissante des Autochtones à l’égard des traiteurs et la multiplication des conflits.   Lorsque les premiers Européens foulèrent le sol de l’Amérique, ils apportèrent des maladies pour lesquelles leurs organismes étaient en partie immunisés. D’ailleurs, d’importantes épidémies sévirent à plusieurs reprises en Nouvelle-France. Les populations autochtones n’ayant jamais été touchées par ces infections, leurs organismes n’étaient en rien prêts à les combattre. La maîtrise du cheval par les Amérindiens et l’ouverture de l’ouest au commerce des fourrures (les traiteurs avec leurs virus), furent les vecteurs de grandes épidémies. Au contact des traiteurs venus de l’Est, les épidémies de maladies infectieuses décimèrent les populations autochtones à plusieurs reprises : variole, rougeole, coqueluche, grippe, scarlatine, dysenterie, tuberculose. « Selon une étude scientifique récente, la lignée des souches tuberculeuses originaires du Québec aurait été propagée par les Canadiens français pendant la période du commerce de la fourrure et persiste jusqu’en ce 21e siècle dans certaines collectivités autochtones isolées. »La destruction des Indiens des plaines. Page 127 La chasse excessive pratiquée à la fois par les autochtones et les traiteurs contribue à la rareté de la nourriture. La faim accroît les ravages des maladies, dans un état physique déplorable les chasseurs n’arrivent plus à capturer le gibier.   Vers 1820, dans plusieurs régions des plaines le castor est quasiment introuvable et certains gros animaux comme l’orignal, le caribou et le bison ont presque disparu. Cela provoque d’importantes migrations des populations et le bouleversement de leur mode de vie ancestral.   De plus, dans la seconde moitié du 19e siècle, la traite devenue moins lucrative, la chasse excessive du bison, nourriture de base des collectivités autochtones, mènera à l’extinction quasi complète des hardes. Le gibier se faisant de plus en plus rare, chez les populations ravagées par la malnutrition des essais de réorientation vers l’agriculture auront peu de succès.    On aura même recours à la famine pour forcer les Amérindiens à signer des traités et à les confiner dans des réserves en échange de nourriture. Ce confinement facilitera l’invasion des colons blancs ainsi que la construction du chemin de fer vers le Pacifique.   Avec la création de la Confédération en 1867, l’Ouest canadien s’est ouvert à la colonisation massive et est devenu dans les décennies qui suivirent le domicile de millions d’immigrants européens à la recherche d’une vie nouvelle. Ce boom d’immigration a contribué à exercer une contrainte supplémentaire sur les nations amérindiennes déjà appauvries, victimes de malnutrition et passablement décimées. Par ailleurs, désireux de développer rapidement cet immense territoire, le gouvernement du Dominion se montra plutôt indifférent au triste sort des autochtones.   La seconde moitié du 19e siècle voit donc, dans l’Ouest, l’abandon graduel de la traite des fourrures au profit de l’agriculture. En 1900, les effectifs des différentes tribus des plaines de l’ouest se sont considérablement effondrés. Les modes de vie traditionnels et les gouvernements tribaux risquent de disparaître à jamais.   Suivront au cours du 20e siècle les tentatives d’assimilation à travers les pensionnats dirigés par des communautés religieuses. Le sort actuel des premières nations n’est guère plus reluisant : manque de logements adéquats, alcoolisme, toxicomanie, désœuvrement, violences familiales, agressions et meurtres. Malgré de timides efforts de réconciliation, avec en arrière-fond le laxisme des autorités gouvernementales, les plaies demeurent vives et la situation ne s’améliore guère.   C’est ainsi que dans l’Ouest du pays, l’appât du gain lié à la traite de fourrures a contribué durant plus de deux siècles à la décimation de populations amérindiennes dotées d’un mode de vie rudimentaire et qui ne pouvaient en aucune façon résister aux multiples infections épidémiques apportées d’Europe ni contrer la cupidité insatiable des traiteurs venus de l’Est au service de la puissante Compagnie de la Baie d’Hudson. Tout cela sans exclure le rôle joué par d’autres entreprises commerciales.   Il faudra encore beaucoup de temps, d’efforts et de réelle volonté politique pour que s’estompent et se cicatrisent les maux affligés aux Amérindiens à cause de la quête des fourrures. Tout cela pour satisfaire aux exigences vestimentaires d’une bourgeoisie européenne soucieuse de son apparence.   Maudit chapeau de castor.  ...
Semaine nationale de la généalogie
Semaine nationale de la généalogie (17 au 24 novembre 2018)   Fédération québécoise des sociétés de généalogie (FQSG)   La SHLM, membre de la FQSG, participera à la 7e édition de la Semaine nationale de la généalogie en organisant une soirée portes ouvertes dans ses locaux du 249, rue Sainte-Marie, le lundi 19 novembre 2018 entre 19 h et 21 h. Venez en apprendre plus sur les rouages de la généalogie et commencez votre arbre généalogique grâce aux conseils de nos bénévoles. Profitez de votre passage dans nos locaux pour construire les trois générations (ou plus) de votre arbre avec vos élèves ou vos enfants afin de participer au concours conçu pour les 17 ans et moins (en partenariat avec les restaurants Normandin). Un iPod Touch 32 Go de Apple et des chèques-cadeaux Normandin seront tirés au hasard parmi les participants.   Pour plus d’informations, consultez le site www.semainegenealogie.com ...
Du changement parmi les bénévoles de la SHLM
Comité du bulletin mensuel Lors de la rentrée, en septembre dernier, Madame Stéfanie Guérin, membre du comité du bulletin mensuel (révision linguistique) nous annonçait qu’elle quittait ses fonctions au sein de ce comité pour se consacrer à sa carrière en enseignement du français au niveau collégial. Nous remercions chaleureusement Madame Guérin pour son implication au sein du comité du bulletin mensuel et nous lui souhaitons une belle carrière d’enseignante. À partir du bulletin de novembre, ce seront Mesdames Nicole Crépeau et Marie-Josée Machabée qui se partageront le travail de révision linguistique du bulletin mensuel. La SHLM vous souhaite, Mesdames, la bienvenue au sein du comité du bulletin mensuel et vous remercie de prendre la relève au niveau de la révision linguistique. Conseil d’administration En mars dernier, Monsieur Sylvain Tremblay nous a fait part qu’il déménageait dans la région de Mirabel et qu’il quittait ses fonctions de secrétaire du conseil d’administration de la SHLM. Nous remercions Monsieur Tremblay pour son travail bénévole durant l’année 2016-2017. En septembre dernier, le C.A. cooptait Monsieur Samuel Castonguay, ancien guide étudiant de la SHLM (en 2008) qui dirige maintenant une agence de publicité. Il occupera le poste de secrétaire du conseil d’administration de la SHLM jusqu’à la fin du mandat de Monsieur Tremblay qui se terminera lors de la tenue de notre prochaine assemblée générale en mars 2019. Bienvenue au sein de l’équipe de la SHLM, Monsieur Castonguay, et merci de votre implication dans vos nouvelles fonctions. ...
Salon du livre de Montréal 2018
Le 41e Salon du livre de Montréal aura lieu du mercredi 14 novembre au lundi 19 novembre prochains à la Place Bonaventure de Montréal. À partir de 2019, cet événement déménagera un peu plus loin au Palais des Congrès. Depuis une dizaine d’années, la SHLM, fidèle à sa mission, a publié plusieurs ouvrages traitant de l’histoire de la seigneurie de La Prairie. Tous nos ouvrages, mis en pages par Bon Melon, ont été publiés sous la bannière des Éditions Histoire Québec, organisme affilié à la Fédération Histoire Québec (FHQ), dont nous sommes membres. Vendredi le 16 novembre entre 17 h et 22 h, Monsieur Stéphane Tremblay, président de la SHLM et auteur de l’ouvrage Histoire des familles pionnières de La Prairie (1667-1687) publié en 2017, sera présent au kiosque des Éditions Histoire Québec pour une séance de dédicace. ...
Halloween 2018
Pour la 18e année consécutive, la fête familiale de l’Halloween, organisée par la ville de La Prairie, a eu lieu le samedi 27 octobre dernier. La soirée s’est déroulée sous le thème du «Festival de l’Étrange». Le local de la SHLM faisait partie de l’itinéraire hanté imaginé par la ville de La Prairie pour la distribution des bonbons: maison hantée, sentier thématique familial, maison de la Borgnesse à la place de La Boulangerie et présence des pompiers sur la rue Saint-Georges. Malgré la température peu clémente ce soir-là, plusieurs milliers de festivaliers ont quand même envahi les rues du site patrimonial afin de vivre une expérience inoubliable. Toutes nos félicitations à Monsieur Frédérik Pepin, coordonnateur aux activités de loisirs, et à son équipe de la Ville de La Prairie, pour l’organisation de l’événement et merci à notre équipe de bénévoles du comité de l’Halloween : Madame Anne-Marie Gohier et Messieurs Frédéric Laemlin, Jean l’Heureux et Stéphane Tremblay. ...
01 Jan 1970
Conférence: Napoléon, Henri et Robert Bourassa: des racines dans la région de La Prairie

Au jour le jour, octobre 2018

Club de baseball Laprairie en 1938

Fin du mandat de notre archiviste
Le 31 août dernier, le mandat à temps plein de notre archiviste, Madame Danielle Simard prenait fin après plus de deux années de travail. À la fin de l’été 2015, après un stage à la SHLM avec Monsieur Jean-Marc Garant, notre archiviste bénévole de l’époque, Madame Simard avait été embauchée pour un premier mandat d’un an pour assurer l’ouverture de nos locaux lors du congé de maladie de notre coordonnatrice, Madame Johanne Doyle. Au retour de Madame Doyle à la fin de l’été 2016, Madame Simard entreprenait un second mandat à temps plein à titre d’archiviste de la SHLM. Son travail consistait à continuer l’oeuvre entreprise par Monsieur Garant quelques années auparavant ; soit la description et l’organisation de nos fonds d’archives et le traitement de nos nouvelles acquisitions. Lors de la tenue de l’assemblée générale de la SHLM le 20 mars dernier, le dépôt des prévisions budgétaires pour l’année 2018 laissait entrevoir que le mandat de Madame Simard pourrait prendre fin le 31 août 2018 si la SHLM ne recevait pas des subventions lui permettant de payer le salaire à temps plein de son archiviste. Au moment d’écrire ces lignes, ces subventions ne se sont pas manifestées et le mandat de Madame Simard s’est terminé le 31 août courant. Dans l’attente de recevoir d’éventuelles subventions, la SHLM explore actuellement comment Madame Simard pourrait travailler à temps partiel dans nos archives cet automne, car il reste plusieurs fonds à traiter et les demandes des chercheurs sont assez nombreuses. Le 30 août dernier, la veille du départ de Madame Simard, plusieurs bénévoles, chercheurs et membres de la SHLM lui ont rendu hommage lors d’un souper au restaurant Gattuso de La Prairie. La SHLM remercie Madame Simard pour l’excellence de son travail durant son stage et ses deux mandats à temps plein avec nous et lui souhaite une belle carrière dans le milieu de l’archivistique. ...
1691 - La bataille de La Prairie
Le 25 juillet dernier, la SHLM collaborait à l’organisation de la conférence de presse de l’historien Albert Lebeau qui dévoilait le fruit de plusieurs années de recherche : la découverte d’un deuxième présumé site de la deuxième bataille de La Prairie (1691). Monsieur Lebeau, membre de la SHLM depuis sa fondation, travaille depuis plus d’une décennie sur le sujet et s’est rendu à plusieurs reprises aux États-Unis afin de consulter plusieurs fonds d’archives et demander l’avis de certains spécialistes de l’histoire militaire. Plusieurs historiens spécialisés en histoire de la Nouvelle-France, tels Réal Fortin, Gaétan Bourdages, Marcel Myre et Gilles Proulx ont assisté à cette conférence de presse ainsi que des journalistes du journal régional Le Reflet et du réseau public de télévision de Plattsburgh (PBS New York). Durant sa conférence de presse, Monsieur Lebeau a expliqué que, selon les distances citées par le major Peter Schuyler dans ses mémoires, la deuxième bataille de La Prairie aurait eu lieu dans la fourche formée par la rencontre du chemin menant à Chambly à l’époque et un sentier amérindien menant à la rivière Richelieu (à la hauteur de l’île Sainte-Thérèse) et qui avait été emprunté par les envahisseurs d’Albany pour se rendre à La Prairie à l’aube le 11 août 1691 pour y attaquer le fort. Cette fourche, lieu de la deuxième bataille de La Prairie, serait située de nos jours, selon Monsieur Lebeau, sur une partie du terrain de golf Pinegrove adjacente à la rivière l’Acadie, à cheval entre les municipalités de Carignan et de Saint-Jean-sur-Richelieu. À la fin de la conférence de presse, Monsieur Lebeau a affirmé qu’une éventuelle prospection archéologique réalisée sur le site du club de golf de Pinegrove donnerait probablement des preuves que la deuxième bataille de La Prairie avait eu lieu à cet endroit. À l’automne 2009, Messieurs Gaétan Bourdages, Jean Joly et Stéphane Tremblay, historiens et membres de la SHLM, publiaient un ouvrage intitulé « 1691 — La bataille de La Prairie ». Dans cet ouvrage, les trois historiens, en se fiant aux textes britanniques et français et au témoignage de l’ingénieur Franquet qui a visité les lieux en 1753, ont fait la démonstration que la deuxième bataille de La Prairie aurait eu lieu dans la fourche formée par la rencontre du chemin menant au fort Chambly et le chemin menant au fort Sainte-Thérèse. Ce présumé site se situerait non loin du monument de la bataille de 1691 (cairn) situé au coin de la route 104 et du chemin de la Bataille Nord. À la fin de l’été 2016, un projet de prospection archéologique sur le site du rang de la Bataille réalisé en collaboration par la SHLM (firme Arkéos) et le Musée d’archéologie de Roussillon (sous la direction de l’archéologue Frédéric Hottin) donnait des résultats intéressants : plusieurs balles de fusil et une lame de hachette (tomahawk) qui sont présentement sous analyse dans un laboratoire afin de déterminer leur âge et leur provenance. Dans le but de favoriser la diffusion des recherches et des nouvelles idées entourant la bataille de 1691, la SHLM a participé à la tenue de la conférence de presse du 25 juillet dernier au Vieux Théâtre, permettant ainsi à Monsieur Lebeau de dévoiler le fruit de ses recherches. Cependant, la SHLM est toujours d’avis que le site identifié dans l’ouvrage publié en 2009 par Messieurs Bourdages, Joly et Tremblay serait le présumé site de la deuxième bataille du 11 août 1691. Les résultats des prospections archéologiques sur un site ou l’autre pourront peut-être régler le débat un jour. La SHLM souhaite à Monsieur Albert Lebeau de mener son projet à terme, permettant ainsi la tenue prochaine d’une conférence sur sa théorie. ...
Lettre de Marcel Moussette
N.D.L.R. Originaire de la Prairie, Marcel Moussette est professeur titulaire d’archéologie au Département d’histoire et chercheur au CELAT de l’Université Laval. Il est spécialisé en ethnologie et en archéologie historique nord-américaine. Ses recherches portent sur la culture matérielle des francophones d’Amérique, les sites d’établissement ruraux anciens de la vallée du Saint-Laurent et l’archéologie urbaine de la période historique. Voici une lettre envoyée à Monsieur Bourdages et à la SHLM. Au fil des ans, le bulletin « Au jour le jour » est devenu un des liens essentiels qui me relient à ma ville natale quittée depuis bien des années. J’en apprécie les informations et les textes historiques qu’il contient, et aussi la photo ancienne qui se retrouve en première page. Ces photos me ramènent en arrière, souvent sur des lieux familiers de mon enfance. Dernièrement, je feuilletais le livre que vous avez publié en collaboration avec Jean-Pierre Yelle et Nathalie Battershill, « La Prairie, images d’hier », et je suis tombé sur une photo qui me frappe toujours, chaque fois que je la vois. Il s’agit de la photo 108 qui montre un groupe de jeunes garçons naviguant sur un radeau improvisé dans la carrière derrière la « briquade ». Comme elle date de 1943, j’étais trop jeune pour faire partie de ce groupe, étant né en 1940. Toutefois, puisque notre logis était dans la maison la plus près de l’usine, juste au coin de Du Maire et Levée, cet endroit a aussi été le lieu de mes jeux d’enfance et j’en garde des souvenirs vivaces. Pour nous les enfants, cet endroit que nous appelions « le trou de la briquade » était avant tout un lieu de baignade en été et de patinage en hiver. Il n’était pas seulement fréquenté par des enfants, mais aussi par des adultes des « maisons des briquades », c’est-à-dire les maisons que la compagnie louait à ses employés. Je me souviens d’y avoir vu des familles entières installées sur la grève de gravier. On y avait même aménagé un tremplin pour les plus audacieux qui voulaient montrer leur savoir-faire. Pour les plus jeunes comme moi, on pouvait toujours s’amuser à prendre des ménés — probablement ensemencés par un des ouvriers — avec une seine improvisée à partir d’une poche à patates. Un peu plus vieux, je me suis aventuré en eau plus profonde et je me souviens d’avoir plongé sous l’eau pour sentir le fort jaillissement de la source souterraine qui alimentait l’étang. L’hiver, quand la glace n’était pas trop couverte de neige, on y allait patiner après l’école. À cette heure, il faisait déjà noir et nous jouions à la « tag » en nous poursuivant entre les poutres d’acier d’une grande structure abandonnée en partie inondée. Toutefois, cet étang, alimenté par une source d’eau absolument pure, ne devait pas avoir une très longue vie. Par une nuit d’hiver très froide, vers 1949-1950, le grand réservoir métallique à mazout alimentant les brûleurs des fours à briques s’est fendu en deux et le pétrole, des milliers de gallons, s’est écoulé en suivant la pente dans « le trou ». Dès qu’on a pu le faire, l’étang maintenant complètement souillé a été comblé, et ce fut la fin de notre terrain de jeu pour la baignade et le patin. Mais il nous restait encore les marécages et le Bois de la commune pour imaginer d’autres jeux, et bien certainement le fleuve qui n’avait pas encore été mutilé par la Voie maritime. Bien cordialement et un grand merci pour le bon travail de la SHLM ...
Guides saison estivale 2018
Finalement, nos guides étudiants ont pu profiter d’un bel été très chaud. Malgré les canicules, ils ont pu faire découvrir les trésors patrimoniaux du Vieux-La Prairie et notre exposition sur l’histoire de la seigneurie à plusieurs visiteurs. Ils ont aussi grandement aidé dans l’organisation de nouvelles activités (rallye photo) et le classement des archives. Le 3 septembre dernier, c’est avec beaucoup de reconnaissance que nous leur avons dit « merci pour la belle saison et à l’année prochaine ». Nos guides seront exceptionnellement de retour les 29 et 30 septembre prochains lors des Journées de la Culture. Ce week-end-là, les visites guidées du Vieux La Prairie seront gratuites (heures habituelles : 10 h, 13 h et 15 h). ...
01 Jan 1970
Conférence: Histoire de la bière au Québec
Horaire de la saison morte
À partir du mardi 4 septembre 2018, jusqu’au début du mois de juin 2019, les locaux de la SHLM seront ouverts trois jours par semaine : soit du mardi au jeudi de 10 h à midi et de 13 h à 17 h. Les soirées du club de généalogie reprendront les lundis soir à partir du 10 septembre entre 19 h et 21 h. ...