- Au jour le jour, février 2013
Logements ouvriers
Au tournant des années 1920, les briqueteries de La Prairie et les autres manufactures (chaussure, textile, machinerie agricole, etc.) emploient de nombreux ouvriers. Malgré l’apparition récente des syndicats, leurs conditions de travail demeurent difficiles. Au lendemain de la Grande Guerre et de la pandémie de grippe espagnole de 1918, les médecins devaient encore se battre avec les administrations municipales afin de convaincre celles-ci de l’importance cruciale de l’hygiène pour la santé de la population. À La Prairie le docteur Thomas-Auguste Brisson était chargé de veiller aux bonnes règles de l’hygiène publique.
Les logements ouvriers étaient souvent dépourvus de salles de bain, beaucoup de logements mal chauffés, mal aérés n’avaient ni eau courante ni cabinet de toilette intérieure. Les conditions d’hygiène étaient insuffisantes et les épidémies nombreuses.
À preuve : Le secrétaire-trésorier est autorisé à aviser messieurs Romulus et Joseph Deneault qu’à la demande du Bureau d’Hygiène, le Conseil se voit dans l’obligation de les aviser d’avoir à faire immédiatement les améliorations qui s’imposent dans leur immeuble, ainsi qu’à y installer des cabinets d’aisance pour chaque famille habitant le dit immeuble.Procès-verbal du conseil municipal, réunion du 19 octobre 1942.
Les promoteurs privés de l’époque trouvèrent donc rentable de répondre à la forte demande des ménages moins fortunés en construisant des immeubles dont les loyers, quoique peu coûteux, constituaient cependant une amélioration notable par rapport aux conditions de logement antérieures. Une partie de la classe ouvrière allait enfin pouvoir goûter aux petites commodités d’un chez-soi convenable.
C’est dans ce contexte qu’en juin 1922 le Conseil municipal de La Prairie reçoit une lettre de la Compagnie Métropolitaine de Maisons Limitée qui affirme être disposée à construire des maisons, en vertu de la Loi des Logements, du moment que la Corporation (c’est-à-dire la ville de La Prairie) se prévaudra des avantages de cette Loi pour lui assurer les fonds provenant de cet emprunt (loi 4, George V, ch. 47 et loi 9, George V, ch. 10). Les actionnaires de la Compagnie Métropolitaine étaient commerçant, architecte, entrepreneur, avocat, comptable et publiciste, habitant tous la ville de Montréal.
Sans acquiescer immédiatement à la demande de l’entreprise concernée, le Conseil soumet sans délai au Premier Ministre de la province une requête afin d’obtenir une subvention de 150 000 $ devant servir à la construction de logements ouvriers.
En octobre de la même année, le ministre des Affaires municipales accorde la somme de 50 000 $ à la Ville et la Compagnie Métropolitaine soumet aussitôt sa demande pour l’obtention d’un prêt de 28 000 $.
C’est ainsi que le 20 décembre 1922, la ville de La Prairie prêtait la somme de 27 200,00 $ (hypothèque sur 20 ans à compter du 1er janvier 1923) à la Compagnie Métropolitaine d’Habitation pour la réalisation de 4 maisons jumelées à 2 étages contenant chacune 2 logements.
Deux des maisons construites sur des terrains acquis du Dr Jean-Marie Longtin en décembre 1922, ont leur façade sur le boulevard Édouard VII (chemin de Saint-Jean) et les deux autres sont situées en arrière avec façade sur le rue Saint-Georges. Elles occupent respectivement les lots 200-3, 200-4 (numéros d’immeuble 69, 71, 73 et 75 ch. de Saint-JeanAujourd’hui les numéros d’immeuble sont 368, 370, 372 et 374. ) et 220-3, 220-4 (22,24,26 et 28 rue Saint-GeorgesNuméros d’immeuble actuels : 369, 371, 373 et 375. ). Au moment de leur construction, ces édifices étaient soumis à la loi régissant les logements ouvriers.
La convention entre les deux parties prévoit que si l’emprunteur ne respecte pas ses obligations, la ville pourra réclamer le remboursement immédiat de l’hypothèque ou, à défaut, elle prendra possession des immeubles sans obligation de rembourser à l’emprunteur aucun des versements déjà payés.
Fin 1923, sans doute à cause de retards importants dans la poursuite des travaux de construction, le Conseil municipal exige que les logements soient inspectés par l’ingénieur du gouvernement. Ce dernier constate que des réparations s’imposent afin de protéger les habitations contre une plus grande détérioration.
Pourtant, il faudra plusieurs mois avant que la Ville ne se décide à faire exécuter certains travaux urgents : charroi de terre autour des solages afin de les protéger du gel, réfection des toitures en tôle importée d’Angleterre et posée à la canadienne. Le tout exige une dépense de 1 829,52 $. Une seconde inspection permettra d’établir la liste des autres travaux indispensables afin de rendre les logements habitables.
En décembre 1925 il est clairement démontré que la Compagnie Métropolitaine d’Habitation a fait défaut de se conformer à plusieurs de ses engagements; elle aurait permis à deux entrepreneurs d’enregistrer des privilèges sur ces immeubles, omis de payer les taxes scolaires et municipales, et accusé des retards importants dans le remboursement du capital et des intérêts.
La Compagnie d’Habitation est donc dissoute et mise en demeure d’abandonner les immeubles au profit de la ville de La Prairie. L’affaire passe aux mains des liquidateurs qui cèdent officiellement les propriétés à la ville en décembre 1926. Nous ignorons ce qu’il est advenu des dizaines de milliers de dollars du prêt hypothécaire.
Bien que les procédures judiciaires n’aient pas encore désigné officiellement le nouveau propriétaire, dès février 1926 les élus municipaux reçoivent des demandes pour la location des logements ouvriers qui sont tous demeurés vacants depuis le début de leur construction trois ans plus tôt. Après qu’on y aura fait faire le ménage, ils seront loués à 12 $ par mois et les baux vaudront pour un an à compter du 1er mai. En juillet de la même année, le Conseil municipal décide qu’il serait opportun de ne pas refuser l’offre de louer les logements encore libres, mais que cette location sera faite de mois en mois, pour ne pas perdre l’occasion de louer pour tout le temps qui reste jusqu’au mois de mai. On louera au prix de 15 $ par mois.
En avril 1927, on procède au charroi de briques et de matériaux afin d’élever les terrains des cours arrière dans lesquelles seront érigés des hangars, un pour chaque logement. Le dallage de briques aura une épaisseur de trois rangs. Ces espaces de rangements auraient été réclamés par les locataires, et les conseillers municipaux croient que leur construction permettra de louer les logements vacants avec plus de facilité. Cependant, la décision finale au sujet des hangars ne sera prise qu’en novembre de la même année. Leurs dimensions seront chacun de 16 pieds par 14 pieds, formant un ensemble de 32 pieds de largeur par 56 pieds de longueur. Ces hangars, transformés depuis en garages, ont été démolis en 1979.
Il serait compréhensible que l’on s’interroge sur les capacités du Conseil municipal à bien gérer ses nouvelles propriétés : en août 1928 la Ville se voit forcée d’effectuer un emprunt afin de payer les intérêts dus au gouvernement du Québec depuis le 1er juillet précédent. En 1939, on a toléré chez un des locataires 8 mois d’arrérages dans le paiement de son loyer avant qu’on l’avise de quitter l’endroit dans les 3 jours, sinon ses meubles et ses effets mobiliers seraient saisis. Cette tolérance s’expliquait sans doute par les séquelles engendrées par la crise économique. Moins de vingt ans après leur construction, des réparations s’imposeront à la tuyauterie ainsi qu’au système de chauffage.
La Ville étant devenue propriétaire des deux édifices par la force des événements, c’est donc le Conseil municipal qui devra réglementer le prix des logements : le 21 janvier 1929, le loyer est fixé à 14 $ par mois pour un bail de 12 mois, et en janvier 1933, en pleine crise économique, le coût du loyer mensuel est abaissé à 13 $. Quinze ans plus tard, preuve d’une certaine stabilité des prix, le coût mensuel des loyers oscillera entre 12 $ et 14 $.
À l’époque, la voie maritime du Saint-Laurent n’était pas encore creusée, et La Prairie subissait de fréquentes inondations printanières. Voilà sans doute pourquoi la municipalité fit l’acquisition, en 1937, de 2 pompes pour retirer l’eau des caves des logements.
On raconte même qu’une année, l’immeuble du chemin de Saint-Jean connut une crue des eaux si intense que l’eau monta jusqu’au rez-de-chaussée; un des locataires dut se résoudre à relever son lit sur quatre chaises afin de pouvoir continuer à y dormir.
Attendu qu’il est dans l’intérêt de la Corporation de la Ville de Laprairie de vendre les immeubles acquis de la Compagnie Métropolitaine d’Habitations Limitée, il est résolu à l’été 1942 de vendre de gré à gré les logements des rues Saint-Jean et Saint-Georges. Une rumeur voudrait qu’on ait à l’époque décidé de vendre dans le but de mettre fin aux querelles des employés municipaux, à savoir qui d’entre eux méritait d’y habiter. Or cela semble peu probable puisqu’en 1941 la Ville n’avait que 6 employés permanents, chacun ayant déjà sa propre maison ou son logement. Suite à un appel d’offres, et après avoir reçu l’autorisation du ministre des Affaires municipales, de l’Industrie et du Commerce, le 8 septembre 1942 le Conseil de ville de La Prairie cède les deux immeubles au profit de M. Roch Despatis, un médecin célibataire habitant Montréal. Ce dernier verse 8110,00 $ à la ville et s’engage à respecter les baux en vigueur jusqu’à leur échéance.
En conséquence, il est résolu d’inscrire au Rôle d’évaluation le nom de monsieur Roch Despatis, médecin, comme propriétaire de partie du lot No.200, avec les bâtisses dessus construites, portant une évaluation de $6,000.00, ainsi que comme propriétaire de partie du lot No.220, avec les bâtisses dessus portant une évaluation de $6,000.00, et ces deux inscriptions sont faites au lieu et place, du nom de la Corporation de la Ville de La Prairie.Procès-verbal du conseil municipal, réunion du 16 novembre 1942.
En mars et en juin 1943, le Dr Despatis vend séparément les 2 édifices, celui de la rue Saint-Jean est cédé pour 6 000 $ à Joseph Longtin et celui de la rue Saint- Georges pour 5 500 $ à Eugène Lussier; un gain appréciable réalisé en quelques mois.
Joseph Longtin était marié à Blandine Laplante qui décède le 22 janvier 1979. Le couple avait une fille adoptive, Émilia Lévesque, originaire de Mont-Joli. Selon le testament olographe de Blandine, rédigé le 15 juillet 1959, elle fait don à Émilia, épouse de Rodolphe Guérin, de la moitié de la propriété, moitié qui ira à son fils Maurice Guérin lors du décès de sa mère. Blandine Laplante fait également don de l’autre moitié de la propriété à Maurice Guérin. La mère et le fils en deviendront officiellement les propriétaires en août 1980.
De nos jours, dans l’édifice du chemin de Saint-Jean, les poêles à bois ont disparu depuis longtemps. Les logements du rez-de-chaussée sont encore chauffés à l’huile alors que ceux de l’étage bénéficient de plinthes électriques. Les fenêtres intérieures de bois sont munies d’un système de suspension à guillotine dont les cordes ont été coupées. Les portes des pièces sont originales, et de petites lattes de bois retenues à certains endroits par des clous forgés composent le plancher.
Maurice Guérin, l’actuel propriétaire, raconte que jusqu’aux années 1950, les champs de l’autre côté du chemin de Saint-Jean s’étendaient au-delà de la rivière Saint-Jacques, jusqu’aux limites de Brossard. Ainsi, certains hivers, l’eau des inondations complètement gelée, les gens y patinaient et pouvaient parcourir près d’un kilomètre sur la surface glacée.
- Au jour le jour, février 2013
Agir ensemble pour demain
Le 24 janvier dernier nous étions présents au forum des intervenants dans le cadre de la planification stratégique en développement durable. Cette journée de consultation, à laquelle participaient plus de soixante-dix personnes, était organisée conjointement par la ville de La Prairie et le Technocentre en écologie industrielle.
Notre contribution consistait à présenter notre point de vue sur l’état actuel et sur l’avenir du patrimoine de La Prairie, compte tenu de la définition élargie du patrimoine contenue dans la nouvelle loi sur le patrimoine.
Au nom de la SHLM, nous avons insisté sur les éléments suivants :
- L’importance du patrimoine bâti à La Prairie.
- La protection des espaces verts et des milieux humides.
- L’urgence d’identifier et de dresser un inventaire de ce que l’on souhaite protéger.
- La pertinence de créer un Conseil local du patrimoine qui soit différent du Comité consultatif en urbanisme.
Reste à espérer que notre intervention ainsi que les souhaits des autres intervenants se traduisent en gestes concrets et durables.
- Au jour le jour, janvier 2013
Généalogie
Avis aux généalogistes, les Annuaires Marcotte de Québec et leurs prédécesseurs (1822-1920) sont maintenant disponibles sur le site web de la BAnQ. Ces annuaires étaient pour la ville de Québec, l’équivalent des annuaires Lovell pour Montréal et la région.
- Au jour le jour, janvier 2013
Quelques résolutions pour 2013
Avec la nouvelle année qui s’amorce nous vous proposons de poursuivre la tradition en adoptant quelques résolutions à observer durant 2013. Et toujours selon la tradition, nous savons très bien que plusieurs de ces bonnes intentions ne tiendront pas la route très longtemps. Voici malgré tout quelques suggestions :
- Renouveler ma carte de membre sans délai
- Assister aux conférences mensuelles
- Visiter le nouvel aménagement des locaux de la SHLM
- Lire régulièrement le bulletin Au jour le jour
- Assister à l’assemblée générale annuelle
- Faire un saut à notre exposition estivale
- Faire don de livres usagés
- Acheter des livres usagés lors de la vente du mois de mai
- Enrichir les archives de la SHLM par des dons de photos ou de documents
Confiants que nous sommes dans la nature humaine, nous vous souhaitons une merveilleuse année 2013.
- Au jour le jour, janvier 2013
À propos du bulletin
Éditeur
Société d’histoire de
La Prairie-de-la-Magdeleine
Dépôt légal 2002
Bibliothèque nationale du Québec
Bibliothèque nationale du Canada
ISSN 1499-7312
COLLABORATEURS :
Coordination
Gaétan Bourdages
Rédaction
Gaétan Bourdages
Marie-Hélène Bourdeau
Révision
Robert Mailhot
Design graphique
François-B. Tremblay
www.bonmelon.com
Impression
SHLM
Siège social
249, rue Sainte-Marie
La Prairie (Québec), J5R 1G1
Téléphone
450-659-1393
Courriel
Site Web
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Les auteurs assument l’entière responsabilité de leurs articles.

Desjardins Caisse La Prairie commandite l’impression du bulletin Au jour le jour.
- Au jour le jour, janvier 2013
Le butome à ombelle
Dans sa récente livraison du calendrier municipal 2013, la ville de la Prairie nous propose pour illustrer le mois d’avril, la photo d’une plante en fleurs située en bordure du lac de la Citière. Or, peu de gens savent qu’il s’agit du butome à ombelle ou jonc fleuri. Selon le frère Marie-Victorin, c’est le frère Euphrosin-Joseph f.i.c. qui, en 1897, fut le premier à remarquer sur les grèves de La Prairie une belle plante d’origine européenne, semi aquatique, qui commençait alors la conquête des rivages du Saint-Laurent, il s’agissait du butomus umbellatus.
Plus tard, au cours d’une excursion à Varennes en août 1908, Marie-Victorin constate à son tour la présence du butome à ombelle sur les rives du fleuve. Peut-être l’avait-il déjà observé lors d’une promenade à La Prairie en août 1905 : nous avons aussi rendu visite aux frères Lamennais qui y ont leur maison-mère. […] J’ai glané au bord du fleuve deux belles plantes que je n’ai pu analyser.Frère Marie-Victorin, Mon miroir, Journaux intimes 1903-1920, Fides, Montréal, 2004, pages 178 et 314
Il faudra bien un jour trouver une façon de protéger cette magnifique plante de la présence agressive de la phragmite, ce roseau envahisseur. D’ici là, afin de rendre hommage à la découverte du frère Euprhosin-Joseph, nous proposons que le butome à ombelle soit désigné l’emblème floral de la Société d’histoire de La Prairie-de-la-Magdeleine.
- Au jour le jour, janvier 2013
Notre prochaine conférence: Les rébellions de 1837-1838 : les patriotes oubliés.
À l’étage du 249, rue Sainte-Marie
Monsieur Houde nous parlera de certains patriotes dont il est peu question dans nos livres d’histoire, notamment des membres du clan Raynaud-Blanchard. Des patriotes oubliés qui pourtant ont participé activement à la vie politique ainsi qu’aux événements patriotiques entre 1830 et 1838 dans la vallée du Richelieu et dans la région de Saint-Hyacinthe.
Accès gratuit pour nos membres, 5 $ pour les non-membres.
- Au jour le jour, janvier 2013
La vie mouvementée de Théodule Joseph Bourdeau (suite)
LES DÉBUTS À LA PRAIRIE
En septembre 1879, Théodule et Marie-Louise ont un premier fils, Théodule, suivi en 1881 de la petite Marie-Louise. Lors du recensement de 1881, ils vivent tous les quatre chez Léonard Gibeau. Théodule est commerçant au magasin général sur la rue Sainte-Marie avec un certain Pierre Bourdeau, cousin de son père et demi-frère de Josette Bourdeau, la mère de Marie-Louise. Marie-Louise est responsable de la pesée publique située à l’arrière du marché couvert.
BREF RETOUR AU MANITOBA
En août 1882, Théodule est de retour à Saint-Boniface puisque Marie-Louise y donne naissance à une seconde fille, Marie Blanche Virginie qui décède le 20 septembre suivant à La Prairie. Dans l’acte de sépulture, on peut lire que Théodule est un employé de la ville de Saint-Boniface. Sans que l’on sache pourquoi, la petite famille est donc retournée vivre au Manitoba entre mars 1881 et août 1882.
DE RETOUR AU QUÉBEC
Nous ignorons ce que Théodule était retourné faire au Manitoba, mais il n’y restera pas longtemps. Dès janvier 1884, il est de retour à Montréal comme agent d’assurances où Marie-Louise donne naissance à un deuxième fils, Charles Gédéon Armand. En mai 1887, un troisième fils, Jean Baptiste Urgel Armand, voit le jour à Drummondville. Nous ignorons pourquoi la famille s’est retrouvée cette fois à Drummondville ? Peut-être Théodule y a-t-il été muté par son employeur ?
Théodule retournera brièvement à La Prairie en juin 1888 pour assister aux funérailles de sa marraine Marie Serres. Toujours à Drummondville où Théodule est commis, naît Arthur Henri Louis en janvier 1889. Puis dans la même ville où Théodule est devenu commis comptable, vient au monde Marie Blanche Yvonne en octobre 1890. L’année suivante, maintenant agent d’assurances, Théodule habite toujours Drummondville avec sa femme et ses sept enfants.
LE RETOUR À LA PRAIRIE
En janvier 1893, la famille est de retour à La Prairie où naît Marie Berthe Valérie. Devenu comptable, à l’hiver 1893, Théodule occupe brièvement le poste de secrétaire-trésorier de la municipalité du village de La Prairie aux côtés du docteur Thomas-Auguste Brisson. Il demeure sur la rue Saint-LambertAncien nom du tronçon de la rue Sainte-Marie qui va du chemin de Saint-Jean à la rue du Boulevard. et travaille au magasin général de la rue Sainte-Marie. D’ailleurs, dans le procès-verbal du conseil municipal du 27 avril 1893, apparaît une « demande de licence de magasin pour vendre des liqueurs spiritueuses ».
En mars 1894, Marie-Louise met au monde un neuvième enfant, Joseph Jacques René Émile qui meurt un mois plus tard. En mars 1896, c’est au tour de Marie Alphonsine Juliette Alexandra de venir au monde. En mai 1897 naît Joseph Gaston Gilbert qui décède en septembre de la même année. Le dernier enfant du couple à venir au monde est Joseph Paul Ernest en juillet 1898, mais il ne vivra que quatre mois. En tout, Théodule et Marie-Louise auront eu douze enfants dont seulement six atteindront l’âge adulte : Théodule, Marie-Louise, Armand, Arthur, Yvonne et Juliette.
En 1895, la banque Ville-Marie ouvre une succursale rue Sainte-MarieLa banque Ville-Marie était située à l’emplacement de l’actuel 217-219-221, rue Sainte-Marie. et Théodule en est le gérant. De 1897 à 1899, son fils Théodule travaille comme comptable à ses côtés. La banque Ville-Marie a fait faillite à l’été 1899 et ses principaux dirigeants ont été arrêtés et emprisonnés pour fraude. La faillite de la banque, et surtout les accusations de fraude contre ses dirigeants, ont probablement fait beaucoup de tort à la réputation de Théodule. Voilà sans doute pourquoi il a quitté La Prairie et n’y est jamais revenu. Dans une lettre datée du 2 mai 1900, Théodule demande au docteur Thomas Auguste Brisson de l’aider à se trouver un emploi. La réponse du docteur Brisson, datée du 15 mai, est peu encourageante. Par contre, le ton de la lettre laisse entrevoir que M. Brisson continue d’apprécier Théodule et le considère, non pas comme un acteur corrompu, mais plutôt comme une victime de la faillite.
Au printemps 1901, voilà Théodule rendu à Plessisville avec Marie-Louise et leurs enfants Armand, Arthur, Marie-Louise, Yvonne et Juliette. Leur aîné, Théodule, n’est pas encore marié, mais il ne vit pas avec eux. Théodule ne demeurera pas longtemps à cet endroit puisqu’il est de retour à Montréal vers 1903 et s’établit au 693 de la rue Berri. Le voilà redevenu commis comptable. Il habitera à la même adresse jusqu’à son décès en 1909 et sera inhumé au cimetière de La Prairie.
- Au jour le jour, janvier 2013
La vie mouvementée de Théodule Joseph Bourdeau
Théodule est le fils de Gédéon Bourdeau et d’Archange Déragon, qui se sont mariés le 17 janvier 1843 à La Prairie. De cette union naîtront d’abord quatre enfants : un premier fils, Gédéon voit le jour en août 1844, viendront ensuite Jean-Baptiste en mars 1846, suivi de Malvina en mai 1849 et de Julien en décembre de l’année suivante.
En 1852, Gédéon demeure dans le village de La Prairie où il exerce le métier de boucher. La jeune famille habite une modeste maison de bois. L’aîné, Gédéon, qui a 7 ans, fréquente l’école privée tenue par Humphrey O’Regan, leur voisin irlandais.
Théodule naît le 28 août 1854. Le parrain et la marraine sont Léonard Gibeau et Marie Serres, un couple sans enfants marié à La Prairie en 1838.
C’est entre les mois d’août 1856 et mai 1857 que la famille déménage sur la rue Wolfe à Montréal. En novembre 1857, le ménage voit naître une deuxième fille, Rose de Lima qui ne vivra qu’un an et demi. Un garçon viendra au monde le 24 novembre 1859, mais mourra le même jour. Puis viendra Arthur en février 1864, il décédera en juin de la même année. Gédéon et Archange n’auront pas d’autres enfants par la suite, ce qui fit de Théodule le cadet de la famille.
Au recensement de 1861, nous retrouvons Gédéon, Archange et leurs quatre enfants vivant à Montréal où Gédéon et Jean Baptiste sont tous les deux apprentis imprimeurs. Curieusement, Marie Malvina est la seule enfant de la famille dont on indique qu’elle fréquente l’école. Théodule, qui pourtant a sept ans, ne va pas à l’école. Il pourrait s’agir d’une omission du recenseur.
Le 4 février 1867, Marie Malvina, âgée de 17 ans, épouse Alfred Alphonse Clément dit Larivière, un diplômé de l’école militaire de Montréal. Le nouvel époux vient d’ouvrir une quincaillerie sur la rue Saint-Paul à Montréal. Son beau-frère Gédéon est partenaire dans l’entreprise Larivière et Bourdeau qui fera faillite quelques années plus tard.
Le 25 février de la même année, Gédéon fils, ferronnier, épouse à Montréal Marie Louise Benoit. Au mois d’août suivant, Gédéon père décède à l’âge de 46 ans. Après la mort de son mari, Archange continue d’habiter sur la rue Wolfe pour déménager quelque temps après, avec les deux plus jeunes, dans le quartier Saint-Louis, sans doute près de sa fille Malvina.
Fait curieux, selon le recensement de 1871, Théodule qui a 16 ans, n’a pas encore de métier et ne va toujours pas à l’école. Bien que ses parents étaient des analphabètes, Théodule a certainement dû fréquenter l’école. Jean-Baptiste, lui, a 25 ans et est imprimeur alors que Gédéon fils, un commis, vit avec sa femme et leurs deux enfants sur la rue St. Mary.
LE MANITOBA
Sans que l’on connaisse les raisons qui l’ont amené dans l’ouest, il est certain qu’à partir de 1872, Théodule vit au Manitoba. Il ouvre un magasin général au mois d’août 1873 à l’angle des avenues Provencher et Taché. Magasin dans lequel il vend un peu de tout : des vêtements, de la quincaillerie, de la nourriture, du tabac et de la poudre. Les factures du magasin sont signées A.A.C. La Rivière, et le magasin loge dans le même édifice que les bureaux de La Rivière et le bureau de poste. Bien que les sources se contredisent sur les dates, Théodule est aussi maître de poste. En février 1875, on peut lire dans le Métis qu’il vient d’ouvrir un nouveau magasin à Winnipeg.
En 1877, Théodule est de retour à La Prairie. Les registres indiquent qu’il est parrain de son neveu Joseph Théodule Forgues. Le 28 octobre 1878, ce dernier épouse Marie-Louise Larichelière ; Théodule est marchand et demeure sur la rue Saint-Georges, chez son frère aîné Gédéon qui est comptable pour la Trust and Loan.
MARIE-LOUISE LARICHELIÈRE
Fille de Gabriel Larichelière et de Josette Bourdeau, Marie-Louise est née à La Prairie le 15 juillet 1857. Sa mère Josette est la cousine de Gédéon, le père de Théodule. Les nouveaux mariés sont donc cousins au deuxième degré. Marie-Louise est l’avant-dernière enfant d’une famille de 14, dont 10 sont encore vivants lors de sa naissance. Sa mère Josette décède alors que Marie-Louise n’a que 2 ans. Gabriel se retrouve donc seul avec 11 enfants dont l’âge varie de quelques jours à 26 ans. Selon la coutume de l’époque, les plus jeunes enfants sont mis en adoption dans différentes familles et Gabriel refait sa vie.
Voilà ce qui explique pourquoi après le décès de sa mère, Marie-Louise demeure à La Prairie chez Léonard Gibeau et Marie Serres. Elle ne peut savoir à cette époque que ses parents adoptifs sont le parrain et la marraine de celui qui deviendra son mari.
- Au jour le jour, décembre 2012
À propos du bulletin
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