- Au jour le jour, janvier 2018
Le château d’eau de La Prairie
Toutes les grandes civilisations se sont développées en bordure d’un cours d’eau parce que l’eau est de tout temps un élément essentiel à la survie de l’être humain. Ainsi, en 1667, en établissant leurs installations en bordure du fleuve Saint-Laurent, les seigneurs jésuites s’assuraient de la pérennité de la communauté naissante.
C’est au cours de la deuxième moitié du 19e siècle, avec la croissance de la ville industrielle que, dans la vallée du Saint-Laurent, les besoins en eau augmentèrent considérablement. La demande fut d’abord industrielle et ferroviaire. L’eau était indispensable dans de nombreux processus de fabrication industrielle et les usines durent s’équiper de réservoirs.
Pour remplir rapidement les chaudières des locomotives à vapeur, les compagnies de chemin de fer durent équiper les gares de réservoirs d’eau, comme ce fut le cas à la gare de Brosseau près du chemin des Prairies. Le château d’eau, souvent d’assez faible hauteur, devint un élément du paysage ferroviaire. Mais c’est surtout pour alimenter les villes en eau courante sous pression que le réservoir haut perché devient indispensable. Évidemment, il devait être plus haut que l’édifice le plus élevé de la municipalité.

L’aqueduc
Selon le Code municipal en vigueur à la fin du 19e siècle, article 608a, la municipalité doit : « Pourvoir à l’établissement, à la protection et à l’administration d’aqueducs, de puits publics ou de réservoirs, et empêcher que l’eau publique ne soit salie ou dépensée inutilement. Accorder, pour un nombre d’années quelconque, à toute compagnie, personne ou compagnie de personnes, qui se charge de la construction d’un aqueduc, d’un puits public ou d’un réservoir, ou qui en prend l’administration, un privilège exclusif pour poser des tuyaux pour approvisionnement d’eau dans les limites de la municipalité, ou dans toute partie d’icelle, et effectuer un contrat pour l’approvisionnement de telle eau, pour une ou plusieurs années, mais pour une période de pas plus de vingt-cinq ans. »
En avril 1883, par un vote unanime, le conseil municipal accorda au capitaine Médard Demers l’autorisation de construire un aqueduc, ce qui représentait une importante amélioration au point de vue de l’hygiène et des commodités. L’eau sera acheminée par des tuyaux de bois dans lesquels l’eau gèle en hiver.
Il est probable que le premier réservoir de l’aqueduc ait été creusé à vingt pieds de profondeur afin d’éviter que l’eau ne gèle durant les grands froids, ce qui aurait été désastreux lors d’un incendie. Ce puits a sans doute été submergé au printemps lors du gonflement du fleuve occasionné par les embâcles. Les débris ainsi introduits dans le puits rendaient l’eau impropre à la consommation. Il fallait envisager une autre solution.
La construction d’un réservoir aérien s’imposait donc de toute nécessité.
L’entreposage de l’eau dans un réservoir joue un rôle de tampon entre le débit demandé par les abonnés et le débit fourni par la station de pompage. Il permet ainsi d’éviter de démarrer trop souvent les pompes qui acheminent l’eau au réservoir. Une telle réserve permet également de faire face aux demandes exceptionnelles en cas d’incendie. Et lorsqu’on ne peut augmenter la capacité du réservoir, il faut augmenter la capacité des pompes.
À La Prairie, bien que la pompe à vapeur Clapp & Jones acquise en 1877 assurait une pression adéquate pour projeter l’eau sur le foyer d’un incendie, lors de l’apparition des premières bornes-fontaines, il fallut s’assurer d’une pression et d’un débit suffisants. De plus, le château d’eau permettait par décantation le dépôt de certaines matières impropres à la consommation et ainsi éviter qu’une eau troublée sorte des robinets comme ce fut le cas lors de la création de l’aqueduc de La Prairie. Ce n’est qu’en 1927 que l’aqueduc sera équipé d’un chlorateur.
Extrait du règlement no 53 adopté le 14 avril 1904 au sujet de la reconstruction de l’aqueduc :
« Le propriétaire de l’aqueduc devra construire son réservoir ou cuve tel que spécifié au devis et le tenir toujours très propre le nettoyant aussi souvent que nécessaire et la Corporation aura le droit de constater si le réservoir est propre et elle pourra forcer le propriétaire de l’aqueduc à le nettoyer. »
Le 9 novembre 1908 : « Le conseiller Durançeau fait remarquer que depuis quelque temps, l’eau est souvent arrêtée surtout la nuit et qu’il y a peu de pression et en conséquence il propose et il est unanimement résolu de notifier le propriétaire de l’Aqueduc de voir à poser sa pompe neuve et de tenir son réservoir rempli constamment afin de donner la pression exigée dans les devis, qu’à défaut de cela le conseil tiendra le propriétaire de l’Aqueduc responsable de tout accident en cas de feu résultant de sa négligence, de plus le conseil demandera l’annulation de son privilège s’il n’y a pas de changement. »
La carte des compagnies d’assurance contre les incendies (Underwriters – Goad) de 1913 indiquait l’emplacement d’un réservoir de 60 000 gallons et d’une hauteur de 85 pieds. En 1933 et en 1956, ces mêmes assureurs précisèrent que la capacité du réservoir d’une hauteur de 75 pieds est de 47 000 gallons. Malgré ces différences dans l’estimation de la hauteur et du volume, il s’agissait toujours du même réservoir.
L’augmentation du nombre de résidences et l’insatisfaction des citoyens vis-à-vis du service de l’aqueduc convainquirent la ville, en 1922, de s’en rendre acquéreur pour la somme de 50 000 $. Deux ans plus tard, le secrétaire du conseil muni-cipal avertit monsieur Doré, employé à l’aqueduc, de veiller à ne pas trop remplir le réservoir afin d’éviter le déversement du trop-plein d’eau. En septembre 1926, la municipalité fit installer une nouvelle prise d’eau et un nouveau tuyau de 8 pouces qui devait conduire l’eau des pompes au réservoir. Pourtant, en avril 1933, le déversement du réservoir aurait causé de légers dommages à la toiture de la maison de Madame Isidore Beauvais.

Le réservoir : une solution temporaire
En juin 1929 et en juillet 1940, des réparations et des travaux de peinture furent effectués au réservoir.
En décembre 1933, le gardien de l’aqueduc affirmait qu’il était tenu de pomper 22 heures par jour avec la pompe actuelle qui était taxée à son entière capacité. Une nouvelle pompe de 800 gallons nécessiterait un pompage de 16 heures seulement, faciliterait le remplissage du réservoir, donnerait une meilleure pression et ménagerait l’opération de l’automatique.
Juin 1943 : le Conseil autorise le secrétaire-trésorier à écrire au Ministère de la Défense nationale pour demander l’installation de lumières rouges ou de signaux appropriés aux constructions les plus élevées de cette Ville, tout particulièrement au clocher de l’église et au réservoir de l’aqueduc, afin de prévenir les accidents aux aviateurs à l’entraînement durant la nuit, ainsi que pour la sécurité de la population.
En août 1950, le réservoir dut être fermé durant au moins un mois afin d’y effectuer des réparations. Mai 1952 : on s’informa du coût des réparations à effectuer ou encore du coût de remplacement du réservoir. Octobre 1952 : on autorisa l’achat des matériaux ainsi que les travaux nécessaires à l’entrée du réservoir de l’aqueduc.
Extrait du journal L’Éveil, édition du jeudi 18 avril 1957.
« Mardi soir dernier, un incendie fort inusité a éclaté à La Prairie. Le feu qui semble avoir été causé par un tison, provenant d’une cheminée voisine, a partiellement détruit l’enveloppe de bois du réservoir d’eau de la ville, situé rue Saint-Louis. On sait que le réservoir qui date de plus de cinquante est élevé d’une centaine de pieds du sol. Les pompiers, durent lutter toute la veillée pour maîtriser les flammes activées par un vent violent ; vers 7 heures, les flammes éteintes auparavant reprirent de plus belle cette fois à l’enveloppe de bois ; les pompiers, ne pouvant atteindre le brasier avec leurs jets d’eau en raison de la puissance du vent durent les diriger sur trois maisons situées près du réservoir qui auraient certainement pris en flamme, par suite de la pluie d’étincelles qui tombait sur elles. Si le vent avait été plus à l’est, les pompiers auraient été dans l’impossibilité de protéger toutes les maisons et on aurait certainement eu il déplorer des pertes beaucoup plus considérables. Vers neuf heures, les pompiers de Lachine arrivaient avec une échelle pouvant aller assez haut pour éteindre le brasier. Les pompiers de La Prairie l’utilisèrent et réussirent à tout éteindre. Vers minuit tout était fini. »
Plusieurs pompiers volontaires contri-buèrent à éteindre l’incendie, ce sont : Claude Ménard, Élisé Desautels, Gérard Duhamel, Henri Roy, Edmour Babeu et Cyrille Bisaillon, qui était responsable de l’électricité dans la ville. D’autres pompiers ont travaillé sans relâche durant plus de six heures : Albert Rousseau, Jean Desautels, Omer Dupré, Georges Dupré, Fernand Roy, Gilles Gendreau, Gilles Legault, Laurent Plante, Roland Dompierre, Gaétan Côté, Emmanuel Touchette et René Guérin, tous sous l’habile direction du capitaine Taillefer assisté par le lieutenant Dufort. D’autres pompiers firent preuve de bravoure en s’aventurant à leurs propres risques dans les échelles à près de cent pieds du sol : le constable Frank Valenta, les pompiers Élisé Desautels, Gaétan Côté, Roland Dompierre et Claude Ménard.
Octobre 1957 : à la suite de l’incendie d’avril précédent, soumission pour la réfection du réservoir de l’aqueduc. Saint-Jean Construction enr. effectua les travaux suivants pour 5 000 $ :
1. Construction d’un toit fait d’un rang de planches recouvert de tôle unie.
2. Construction en bois d’une protection du tuyau principal contre le froid (2 rangs de planches recouverts de papier goudronné et d’une tôle unie).
3. Appliquer 2 couches de peinture à l’intérieur et à l’extérieur du réservoir
Novembre 1957 : érection d’une galerie de 36 pouces de largeur autour du réservoir.
Une structure désuète

Le château d’eau, construction impressionnante, a pour mission de stocker l’eau. Lien indispensable entre le débit demandé par les abonnés et le débit fourni par la station de pompage, grâce à la gravité, il permet de diminuer l’utilisation des pompes électriques. Or, lorsque la municipalité se développe, la demande en eau augmente en conséquence et il arrive que la consommation soit telle que le château d’eau doit être gigantesque pour répondre à la demande, ce qui exigerait des dépenses importantes.
Un choix s’imposa donc, construire un nouveau réservoir ou encore augmenter la puissance des pompes de l’usine de filtration. C’est ainsi qu’en septembre 1962 : « Le secrétaire-trésorier donne lecture d’une lettre de la Fonderie Paquette inc., demandant la démolition du réservoir de l’aqueduc, étant donné que ce réservoir serait maintenant désuet et sans aucune utilité depuis la mise en opération de la nouvelle usine de filtration. »
Après délibération, il fut proposé par l’échevin Sébastien Brisson, secondé
par l’échevin Gilles Perron, et unanimement résolu :
« Que la Ville de La Prairie soit autorisée à vendre à la Fonderie Paquette inc., le réservoir aérien situé rue Saint-Louis, sur les lots numéros 163 et 164 au cadastre officiel du village de Laprairie, pour le prix d’un dollar (1,00 $), à condition que la Fonderie Paquette inc., exécute à ses frais tous les travaux de démolition du dit, réservoir et des piliers ou bases et fasse les modifications nécessaires à la conduite d’eau près de la borne-fontaine, à ses frais, ses travaux devant être commencés d’ici 30 jours, le tout sans frais et sans aucune responsabilité pour la Ville de La Prairie. »
En octobre 1963, le réservoir fut alors démoli, ce qui modifia de façon significative le paysage urbain du Vieux La Prairie.
- Au jour le jour, janvier 2018
Voeux pour la nouvelle année
On se souviendra de l’année 2017 qui vient de se terminer comme étant l’année des commémorations; surtout en ce qui concerne les 350 années de fondation de la seigneurie de La Prairie et de sa paroisse. Plusieurs autres projets occuperont nos employés et nos bénévoles en 2018 (comité du Fonds des Jésuites, comité de paléographie, projet de numérisation d’archives, etc.). Avec la nouvelle année qui s’amorce, nous vous proposons de poursuivre la tradition en adoptant quelques résolutions à observer durant 2018. Voici quelques suggestions :
Renouveler ma carte de membre / Participer au brunch annuel le 21 janvier prochain / Assister aux conférences mensuelles de la SHLM / Lire régulièrement le bulletin Au jour le jour et peut-être même participer à sa rédaction?? / Assister à l’assemblée générale annuelle des membres de la SHLM le 20 mars / Faire un don de livres usagés et faire un tour à notre vente de livres usagés au début du mois de mai / Enrichir les archives de la SHLM par des dons de photos ou de documents / Faire l’acquisition d’une de nos publications (surtout notre petite dernière sur l’histoire des familles pionnières) / Découvrir ses ancêtres en profitant de nos ressources en généalogie / Lors de la saison estivale, se rendre à la SHLM pour voir l’exposition et faire une visite guidée avec nos guides étudiants.
Pour l’année 2018, nous vous souhaitons le bonheur, la prospérité et surtout la santé.
Stéphane Tremblay — Président de la SHLM
- Au jour le jour, décembre 2017
Conférence | Pelles et scalpels : vols de cadavres et enseignement anatomique dans le Québec du XIXe siècle
Conférencier: Monsieur Martin Robert
Martin Robert est doctorant en histoire à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et au Centre Alexandre-Koyré d’histoire des sciences (CNRS-Paris). Il a complété en 2014 un mémoire de maîtrise sur la naissance de la crémation au Québec. Grâce à une bourse Vanier, il prépare maintenant une thèse de doctorat portant sur l’histoire des vols de cadavres et de l’enseignement anatomique dans le Québec du XIXe siècle. Venez découvrir à quoi les étudiants en médecine étaient prêts pour en savoir davantage sur le corps humain.
Les conférences de la Société d’histoire de La Prairie-de-la-Magdeleine ont lieu à l’étage du 249, rue Sainte-Marie à La Prairie. Elles débutent à 19 h 30. Entrée libre pour les membres, 5 $ pour les non-membres. Renseignements au 450-659-1393.
- Au jour le jour, décembre 2017
Lancement du livre des familles pionnières
Le lancement du nouvel ouvrage de la collection de la SHLM, Les familles pionnières de la seigneurie de La Prairie (1667-1687), publié aux Éditions Histoire Québec et écrit par Monsieur Stéphane Tremblay, généalogiste (GFA), historien et président de la SHLM, a eu lieu le 26 novembre dernier à la salle Lanctôt du centre multifonctionnel Guy-Dupré. Près de 200 personnes ont assisté à cet événement afin de se procurer ce répertoire généalogique tant attendu. Les tableaux à caractère historique du collectif Prism’Art, dont onze sont présents dans la publication, étaient exposés dans la salle, au grand ravissement des convives.
Parmi les dignitaires, notons la présence de Monsieur Jean-Claude Poissant, député de la circonscription fédérale de La Prairie, de Monsieur Alexandre Lampron, attaché politique du député de la circonscription provinciale de La Prairie, Monsieur Richard Merlini, de Monsieur Donat Serres, maire de La Prairie, de Monsieur Christian Caron, conseiller municipal du district du Christ-Roi, de Monsieur Ian Rajotte, conseiller municipal du district du Vieux-La Prairie et de Madame Anne-Marie Charuest, vice-présidente de la Fédération Histoire Québec.
Après les discours d’ouverture de la part du maire et de Madame Lise Brousseau, présidente du collectif Prism’Art, Monsieur Tremblay s’est livré à une séance de dédicace. L’auteur tient à remercier chaleureusement les membres du collectif Prism’art pour leur implication dans le projet ainsi que Monsieur François-Bernard Tremblay et son équipe du studio de design Bon Melon pour la qualité exceptionnelle de la conception graphique de l’ouvrage. Il remercie également Madame Marie Gagné et Messieurs Gaétan Bourdages, Donat Serres et Jean-Pierre Yelle pour leur précieuse collaboration et Monsieur Jean-Marc Côté alias Prof Photo pour la photo de la page couverture.
Cette publication (en couleur) est maintenant disponible à la SHLM au coût de 30 $. Nous pouvons également faire parvenir l’ouvrage par la poste, frais postaux en sus.
- Au jour le jour, décembre 2017
Démolition du 2825, chemin de Saint-Jean
Les propriétaires du 2825, chemin de Saint-Jean avaient, à l’automne 2016, obtenu du service d’urbanisme de la ville et l’accord du comité municipal de conservation du patrimoine bâti, un permis de démolition assorti de nombreuses obligations. Voir à ce sujet notre article de décembre 2016 paru dans ce bulletin.
Après plus d’une année d’attente (la démolition devait avoir lieu dans les trente jours suivant l’émission du permis), la maison ainsi que les bâtiments annexes sont passés sous le pic de démolisseurs le vendredi 24 novembre dernier.
Reste à espérer que, malgré leur laxisme, les propriétaires respecteront les obligations énoncées en 2016 : attestation que le terrain n’est pas contaminé, retrait du système d’installation septique, conservation des arbres et remise du site à l’état d’origine.
- Au jour le jour, décembre 2017
Fouilles archéologiques
En prévision de travaux d’aqueduc sur la rue Émilie-Gamelin, une campagne de fouilles archéologiques a été menée du 10 octobre au 15 novembre dernier sous la direction de Madame Marie-Claude Brien, chargée de projet pour la firme Arkéos. L’objectif de ces fouilles consistait en la récolte d’informations liées aux occupations humaines successives dans les futures aires des travaux.
Comme l’entreprise chargée des travaux fera passer le tuyau d’eau sous la couche archéologique, il n’était pas nécessaire de faire des fouilles sur toute l’étendue de la rue Émilie-Gamelin. Un premier puits (le puits d’entrée) a donc été creusé à l’intersection du chemin de Saint-Jean et de la rue Émilie-Gamelin. Cinq archéologues de terrain ainsi qu’une assistante-chargée de projet y ont mis à jour ce qu’on croit être l’angle sud du mur de l’ancien hospice de la Providence incendié en juillet 1901. Des fragments de poteries amérindiennes, des pipes amérindien-nes en argile, de nombreux éclats de chert ainsi qu’une pointe retravaillée pour en faire un foret figurent également au nombre des artefacts excavés.

Par contre, le puits de sortie situé à l’intersection de la rue Émilie-Gamelin et de la rue du Boulevard n’a pas donné de résultats valables, le sous-sol ayant été largement perturbé lors de travaux de voirie antérieurs ou lors de l’enfouissement de tuyaux.
Deux autres petites aires ont également été fouillées sur la rue Émilie-Gamelin en bordure de deux lampadaires qui éventuellement devront être remplacés ou déplacés. L’une des deux aires a livré un insigne en plomb du régiment de Watteville (les Meurons) présent à La Prairie en 1813. On se souviendra que ces soldats d’origine suisse avaient, au grand dam du curé Boucher, occupé pendant un certain temps son presbytère tout neuf.
Il est évident que le rapport de fouilles à venir livrera de nombreuses informations supplémentaires sur les résultats obtenus.
- Au jour le jour, décembre 2017
Les Bateaux-phares du Saint-Laurent
On l’oublie souvent aujourd’hui, mais le fleuve Saint-Laurent a joué un rôle considérable dans le quotidien des Laprairiens, avant que l’on ne perde l’accès à l’eau en échange de la voie maritime. La Prairie était intimement liée à la vie fluviale, que ce soit pour la pêche, la baignade ou la traversée vers Montréal. Le développement initial du Québec s’est d’ailleurs largement fait en périphérie du fleuve, que ce soit pour déplacer les gens, les vivres, les matériaux et même les armées.
La navigation sur le fleuve n’est pourtant pas un parcours de tout repos. Les hauts-fonds, plus de 500 îles, les récifs, le rétrécissement progressif du golfe vers le lac Ontario, les vents qui soufflent dans le couloir étroit que créé les côtes, les brumes et les brouillards persistants et les glaces rendent extrêmement dangereuse cette bande d’eau de plus 1600 km. À ces périls s’ajoutent un fort courant, puis les marées, entre Tadoussac et l’océan. Plus près d’ici, on pense au redoutable Sault–Saint-Louis (ou rapides de Lachine), obstacle maritime pour qui voulait passer du bassin de La Prairie au lac Saint-Louis.
Les catastrophes maritimes étaient nombreuses. Les pertes humaines et économiques ont motivé la création de solutions technologiques pour rendre la navigation plus sécuritaire. Les routes commerciales seront constamment modifiées au gré des innovations afin de développer le pays.
L’ouvrage Les bateaux-phares du Saint-Laurent décrit en détail les avancées technologiques qui rendront le fleuve moins hasardeux.
La part belle est donnée aux bateaux-phares, sujet principal du livre, qui sont des navires amarrés à des points stratégiques du fleuve, en aval de Québec. Ces bateaux équipés de phares auront servi bon an mal an de 1830 à 1963. La passion du sujet par ses auteurs est ressentie à chaque page tournée.
Solidement documentée, cette publication nous permet de visiter la vie des marins à bord de ces navires sans sillage, dont la mission sacrée était de garder la flamme intacte, d’abord alimentée à l’huile puis enfin par l’électricité créée par des génératrices au charbon. De nombreuses avancées technologiques permettront d’augmenter la puissance du faisceau lumineux, au départ par un système catoptrique qui sera remplacé par différents perfectionnements du système dioptrique.
Cette mission était compliquée par les vents, les tempêtes et la solitude. On arrive bien, à travers cette fascinante lecture, à s’imaginer à bord de ces navires qui ne vont nulle part, souvent vétustes et inconfortables, battus par les éléments. Certains s’ennuyaient de leur famille sur la terre ferme, parfois toute proche. Il n’y avait pas de famille sur les bateaux phares, contrairement à plusieurs phares terrestres, mis à part quelques combinaisons père-fils ou fraternelles. Certains développèrent des codes ingénieux pour communiquer les nouvelles importantes à distance, comme un décès, ou une maladie. Plusieurs marins, pour se désennuyer, fabriquaient des objets comme des lavettes à vaisselle, ce qui augmentait leurs revenus.
La nomination des capitaines était éminemment politique. Ceux-ci devaient gérer les budgets avec doigté, entre les salaires de l’équipage, les provisions et autres denrées, l’approvisionnement en charbon et l’entretien du navire. Les budgets de l’époque, les menus, les paies et plusieurs autres documents officiels parsèment l’ouvrage.
Le livre s’attarde principalement aux bateaux-phares, mais c’est également une source généreuse en informations diverses de l’activité maritime de notre fleuve. Le formidable graphisme du livre met en valeur ce volume de 400 pages. De magnifiques illustrations des navires, notamment par un des auteurs, sont distribuées à travers la publication.
J’ai fait la découverte de cet ouvrage en louant une maison sur l’île Verte l’été passé. Cette maison nommée « Le Bateau phare » fut la propriété du Capitaine Dan Fraser, qui commanda le « Red Island Light Ship » au large de l’île Verte.
La maison est restée dans la famille et j’ai eu la chance de discuter avec Pierre Fraser, son descendant, qui a lui aussi vécu une vie maritime palpitante.
L’île accueille également le plus vieux phare sur le Saint-Laurent (1809).
Il est aussi possible de faire une visite
de l’école Michaud, convertie en musée, ainsi que le Musée du squelette.
www.septentrion.qc.ca/catalogue/
les-bateaux-phares-du-saint-laurent
www.bateauphare.com
www.ileverte-tourisme.com
- Au jour le jour, décembre 2017
Fin des festivités du 350e de La Prairie
L’implication de la SHLM au sein des festivités du 350e anniversaire de La Prairie a pris fin lors du premier week-end de décembre avec notre collaboration dans l’organisation du marché de Noël de La Prairie les 1er et 2 décembre et avec notre participation au brunch de la paroisse de la Nativité soulignant les 350 ans de la paroisse et les 175 ans de l’église. C’est ainsi que nous tournons la page sur une année exceptionnelle sur le plan des commémorations, et j’aimerais remercier nos employés, nos membres, nos bénévoles et nos partenaires pour leur implication de près ou de loin dans les festivités du 350e de La Prairie.
Je vous invite à être présent à notre brunch de la nouvelle année à l’Espace Rive-Sud, situé au 500, avenue du Golf, à La Prairie, le dimanche 21 janvier 2018 à 11 h. Nous profiterons de cet événement pour faire la rétrospective de l’année 2017 et pour dévoiler le nom du (de la) bénévole de l’année. Les billets (30 $) sont déjà en vente à la SHLM (réservations : 450-659-1393). N’oubliez pas qu’au retour des fêtes, janvier est le mois du renouvellement
de votre carte de membre de la SHLM.
Au nom du CA de la SHLM, de ses employés, de ses bénévoles et de ses membres, j’en profite pour vous souhaiter de très joyeuses fêtes avec parents et amis. Reposez-vous bien et au plaisir de tous vous revoir au retour du congé pour vous souhaiter une bonne année 2018.
Stéphane Tremblay — Président de la SHLM
- Au jour le jour, novembre 2017
Semaine nationale de la généalogie
Voici un message de Monsieur Guy Parent, président de la Fédération québécoise
des sociétés de généalogie (FQSG) concernant la 6e édition de la Semaine nationale
de la généalogieInfo-généalogie de la FQSG, volume 29, numéro 3, septembre 2017 :
C’est maintenant l’automne, et déjà notre agenda est rempli d’une foule d’activités. Et celle qu’il faut marquer d’une pierre blanche c’est le retour de la Semaine nationale de la généalogie qui se tiendra du 18 au 25 novembre 2017. Le thème de cette année, J’exprime ma passion !, propose d’explorer les raisons qui motivent tant de gens à faire de la généalogie. Qu’est-ce que la pratique de ce loisir vous apporte ? Nous aimerions vous entendre !
La SHLM, membre de la FQSG, participera à cette Semaine nationale en organisant une soirée portes ouvertes dans ses locaux du 249, rue Sainte-Marie, le lundi 20 novembre entre 19 h et 21 h. Venez en apprendre plus sur les rouages de la généalogie et commencez votre arbre généalogique grâce aux conseils de nos bénévoles. Profitez de votre passage dans nos locaux pour construire les trois générations (ou plus) de votre arbre avec vos élèves ou vos enfants afin de participer au concours « Voici ma famille », conçu pour les 17 ans et moins (en partenariat avec les restaurants Normandin). Un iPod Touch 32 Go de Apple et des chèques-cadeaux Normandin seront tirés au hasard parmi les participants ayant complété les trois générations de l’arbre généalogique.
Afin de faire la promotion de cette semaine thématique, le comité de généalogie de la SHLM animera aussi un kiosque lors de la Journée de l’engagement communautaire à l’école secondaire de La Magdeleine de La Prairie le vendredi 24 novembre. Merci à Monsieur Réal Houde, animateur du service d’animation spirituelle et d’engagement communautaire à la Commission scolaire des Grandes Seigneuries pour cette initiative.
Pour plus de détails sur la Semaine nationale de la généalogie :
http://www.semainegenealogie.com
Page Facebook : https://www.facebook.com/events/1880930925485290
- Au jour le jour, novembre 2017
L’Association des jardiniers maraîchers de la région de Montréal
Méthodologie
Les enjeux reliés à l’agriculture ont toujours suscité mon intérêt. Je suis née sur une ferme maraîchère située dans la Paroisse de La Prairie et devenue en 1958 la ville de Brossard. J’ai vécu les travaux et les jours d’une localité rurale qui allait bientôt disparaître sous la poussée de l’urbanisation. Je fus aussi témoin de l’implication de mon père, Roméo Sainte-Marie qui, en tant que secrétaire-trésorier de la Société d’agriculture du comté de La Prairie et président de l’Association des jardiniers-maraîchers de la région de Montréal, a mené le combat du militantisme agricole avec fierté et détermination.
Dans ce texte, j’utiliserai en grande partie les données et les informations tirées de documents de l’Association des jardiniers-maraîchers de la région de Montréal, de mes archives personnelles, soit des découpures de presse et des photos, ainsi que du Rapport de la commission royale d’enquête sur l’agriculture au Québec publiée entre 1967 et 1969 (Commission April).
Dès le milieu du 19e siècle, les agriculteurs québécois se sont regroupés pour défendre leurs intérêts. La mise sur pied de sociétés d’agriculture, de cercles agricoles et de syndicats des cultivateurs avait pour but la diffusion des meilleures pratiques agricoles, la protection ainsi que le développement de divers services pour faciliter la mise en marché des produits de la ferme.
Mais c’est véritablement dans le premier quart du 20e siècle que sont créées deux organisations majeures du monde agricole, soit en 1922, la Coopérative fédérée du Québec (La Coop fédérée) et en 1924, l’Union catholique des cultivateurs (UCC) devenue en 1972, l’Union des producteurs agricoles. (UPA)

du Vieux-Montréal. Camions et chevaux sont
stationnés pour la vente des fruits et légumes.
À l’arrière-plan, on aperçoit l’hôtel de ville de
Montréal et l’hôtel Nelson.
BAnQ. E6, S7, SS1, D43049
D’autres regroupements d’agriculteurs occupent le terrain des « spécialités régionales ». Dans la région de Montréal, la fertilité des sols, le climat ainsi que la proximité d’un marché urbain favorisent la culture des fruits et des légumes. Au début du 20e siècle, on retrouve sur l’ile de Montréal de nombreuses paroisses rurales où l’agriculture est l’occupation principale des habitants. Plusieurs associations rassemblent les agriculteurs et mettent de l’avant des foires agricoles, des expositions ou des conférences.Létourneau, Firmin, Histoire de l’agriculture (Canada français). 1959
L’Association des jardiniers-maraîchers de la région de Montréal (AJMRM)
À la Côte-des-Neiges, quelques producteurs spécialisés en culture maraî-chère et fruitière fondent, en 1909, l’Association des jardiniers-maraîchers du Québec qui deviendra, en avril 1945, l’Association des jardiniers-maraîchers de la région de Montréal. Son président fondateur, Adrien Moquin, est un cultivateur du comté de La Prairie.
L’association regroupe les agriculteurs dont l’activité principale est la production de fruits et de légumes pour la vente à l’état frais (laitues, concombres, tomates, fraises…). Les denrées sont écoulées sur les marchés publics de Montréal, particulièrement au marché Bonsecours.
À l’époque de la mise sur pied de L’AJMRM (1945), la production maraîchère et fruitière se maintient dans les zones rurales de l’île de Montréal, en particulier dans les parties sud et ouest de l’île, et déborde sur l’Ile Jésus (Laval) ainsi que sur la rive sud, soit dans les comtés de La Prairie, Napierville et Châteauguay. Au cours des années 1960, l’urbanisation envahira une grande partie de ces régions obligeant la culture maraîchère à se déplacer vers les comtés de Châteauguay (Sainte-Clotilde), Napierville et Huntington (Sherrington) qui deviendront, en quelques années, le jardin horticole du Québec. Québec, Rapport de la commission royale d’enquête sur l’agriculture au Québec. La mise en marché des fruits et des légumes au Québec. Gouvernement du Québec, 1967. p.7-17
Du marché Bonsecours au Marché central métropolitain

Depuis le milieu des années 1920, les agriculteurs de Montréal et des environs se rendent au vieux marché Bonsecours pour écouler leurs produits. Sur la Place Jacques-Cartier, épiciers, grossistes et marchands arrivent tôt le matin afin de se procurer les fruits et les légumes frais du jour. Mais déjà, au début des années 1940, les installations désuètes du marché Bonsecours, l’expansion urbaine ainsi que le besoin de répondre à la demande d’une population croissante incitent l’Association des jardiniers-maraîchers à réclamer la construction d’un nouveau marché. Afin d’accélérer la décision des autorités provinciales et municipales, la direction de l’AJMRM crée, en 1948, la compagnie du Marché central métropolitain inc. (MCM) qui donne droit à
la vente d’actions et à l’obtention de subventions gouvernementales.Association des jardiniers-maraîchers du Québec. 1945-1995. (cahier spécial)
En 1953, le maire Camillien Houde cède à la compagnie un terrain de 107 acres situé à l’angle du boulevard de l’Acadie et du boulevard Crémazie. Une subvention provinciale de 2 millions ainsi que l’implication et le soutien financier de l’AJMRM contribuent à la construction du Marché central métropolitain, qui ouvre enfin ses portes au printemps 1960.Québec, Rapport de la commission royale d’enquête sur l’agriculture au Québec. op. cit. p.35


Ce nouveau marché possède la section « marché des cultivateurs » qui est réservée exclusivement aux agriculteurs et commerçants pour la vente en gros des fruits et des légumes cultivés au Québec. Sur le même terrain, une centrale d’arrivage et de distribution très bien desservie par les lignes ferroviaires du Canadien Pacifique et du Canadien National, importe à pleins wagons des fruits et des légumes en provenance des États-Unis, de l’Ontario et des Maritimes. Grossistes, épiciers et acheteurs de chaînes d’alimentation s’y approvisionnent en produits d’importation et en fruits et légumes, ceux-ci étant déjà offerts au « marché des cultivateurs ». Cette situation a pour effet d’exercer une vive concurrence envers les produits locaux et de provoquer un ravalement des prix.Ibid. p. 35-36
AJMRM : une nouvelle direction qui met de l’avant le militantisme agricole
À l’occasion de l’assemblée générale annuelle de l’Association des jardiniers-maraîchers de la région de Montréal tenue le 13 décembre 1965, l’épineuse question de l’importation des fruits et des légumes par rapport à la production locale est longuement débattue en présence de M.Bruno Landry, agronome et chef de l’horticulture au ministère de l’Agriculture du Québec ainsi que des représentants de l’inspection fédérale et provinciale. Le nouveau président élu, M. Roméo Sainte-Marie, également secrétaire-trésorier de la Société d’agriculture du comté de La Prairie depuis 1951, « se dit prêt à travailler pour le bien des jardiniers et à consacrer son temps à la mise en place d’un système d’organisation visant les producteurs. » Le Québec Horticole, Jan-Fév-1966.

Militant de la première heure, M. Sainte-Marie agissait comme vice-président de l’AJMRM depuis une dizaine d’années. Descendant d’une famille pionnière établie dans la seigneurie de La Prairie-de-la-Madeleine au tout début du 18e siècle, il avait repris les rênes de la ferme ancestrale située dans la Paroisse de La Prairie (Brossard). L’établissement d’une nouvelle ville en 1958 suivi de l’ouverture du pont Champlain en 1962 signera la fin de la vocation agricole du lieu. Également impliqué au niveau de la Compagnie du Marché central métropolitain (MCM), il fut présent lors de la mise sur pied de la compagnie et a siégé au conseil d’administration de 1948 à 1966. Le nouveau président était donc déterminé à défendre les intérêts des jardiniers-maraîchers et à mettre en place des mesures pour la promotion des fruits et des légumes du Québec.

BAnQ. E6,S7,SS1, 50139

De l’agriculture traditionnelle à l’agroéconomie.
Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’agriculture au Québec vit une période de transition. La ferme traditionnelle, souvent orientée vers les besoins de la famille, est remise en question, d’autant plus qu’il est de plus en plus difficile d’en assurer la rentabilité. Entre 1946 et 1960, le revenu agricole atteint seulement 40 % du revenu des autres travailleurs. Cette situation provoque la disparition d’un grand nombre de fermes marginales en plus d’accélérer l’exode rural.Linteau-Durocher-Robert-Ricard. Histoire du Québec contemporain : le Québec depuis 1930, Québec, Boréal compact. 1989. p.24
Nombre de fermes au QuébecIbid- p. 259-268 et p. 491-500.
1941 – 154 669 fermes
1951 – 135 000 fermes
1961 – 95 777 fermes
1971 – 61 000 fermes
2016 – 28 919 fermes
Source : Statistiques Canada
La réduction de la main-d’œuvre oblige l’exploitation agricole à se mécaniser et à améliorer les méthodes de culture. En 1961, 63 % des fermes ont un tracteur en comparaison de 23 % en 1951.Ibid- p. 264.Au cours des années 1950, la politique agricole du gouvernement Duplessis est très attentive aux besoins des agricul-teurs. D’abord, il encourage l’électrifi-cation des campagnes : alors qu’en 1945, seulement 28 % des fermes du Québec bénéficient de l’électricité, le pourcentage passe à 97 % en 1961.Dorion, Marie-Josée. « L’électrification du monde rurale québécois ». Revue d’histoire de l’Amérique française, vol. 54, nO1, 2000. p.24. Sur le site Érudit. www.erudit.org La proportion du budget allouée au Ministère de l’Agricul-ture est plus importante depuis l’arrivée au pouvoir de l’Union nationale (4,6 % en 1955-1956 comparé à 2,3 % pour l’Ontario).Blais, André, « La politique agricole du gouvernement québécois » 1952-1973. Recherches sociographiques-202 (1979) p. 179. Sur le site Érudit.
L’aide financière au cultivateur permet, entre autres, la mise en place d’un programme d’assainissement du sol (drainage, travaux mécanisés), celui du crédit agricole pour l’établissement de fils de cultivateur et le remboursement des dettes ainsi que de l’octroi de différentes subventions pour la recherche et l’enseignement.Ibid. p. 182-186
Ces mesures de soutien contribuent à améliorer le rendement de la ferme et à favoriser son intégration graduelle au sein de l’économie de marché. Mais s’il veut assurer la rentabilité de son entreprise, l’agriculteur doit, d’une part, investir dans l’achat de machinerie moderne, de bâtiments, de semences et de fertilisants, d’autre part, s’il veut écouler ses produits, on l’oblige à se conformer aux besoins dictés par des intermédiaires de plus en plus puissants constitués de grossistes, d’acheteurs de chaînes d’alimentation, de préemballeurs et de transformateurs bien au fait des conditions du marché et devant lesquels il n’a pratiquement aucun pouvoir de négociation. Si les grandes exploitations maraîchères réussissent à tirer leur épingle du jeu, ce n’est pas le cas des moyens et des petits producteurs, qui se retrouvent souvent dans une situation financière difficile.Québec, Commission royale d’enquête sur l’agriculture au Québec. « L’évolution de l’agriculture et le développement économique du Québec »,1946 à 1976. Québec 1967. p.113-119
Les jardiniers-maraîchers en grève !

JUILLET 1966. Les 1200 membres de l’Association des jardiniers-maraîchers de la région de Montréal sont en colère : le lundi 1er août, ils déclencheront la grève ! Les journaux étalent à pleine page les grands titres qui font état de leurs revendications.
Par la voix de son président, M. Roméo Sainte-Marie, l’association dénonce les pratiques des grossistes et des acheteurs de chaînes d’alimentation qui s’appro-visionnent aux États-Unis, en Ontario et dans les Maritimes au moment où la récolte des fruits et légumes du Québec est mise sur le marché local. Ces arriva-ges de l’extérieur, en pleine période de production québécoise, provoquent un engorgement du marché qui oblige les cultivateurs à vendre à perte. Des pratiques de «dumping », parfois encouragées par quelques gros acheteurs locaux, font tomber les prix, si bien que le jardinier n’a d’autres solutions que de ralentir sa production ou bien de laisser les légumes dans le champ, évitant ainsi de payer les coûts reliés à la cueillette et au transport à Montréal. Montréal-Matin, édition du jeudi 21 juillet 1966. Le Nouveau Samedi, édition du 30 juillet 1966. Le Petit Journal, édition semaine du 31 juillet 1966.
En 1967, la Commission royale d’enquête sur l’agriculture au Québec, connue sous le nom de Commission April, souligne, entre autres, les principaux problèmes de la mise en marché des fruits et légumes au Québec. Tout en plaidant pour le développement d’une agriculture concurrentielle, le rapport donne quelques exemples qui appuient les doléances de l’Association des jardiniers-maraîchers.
On y apprend que seulement 23 % des fruits et des légumes consommés dans l’agglomération de Montréal en 1966 proviennent du Québec. Et si on limite l’évaluation à des cultures possibles dans nos zones agricoles, alors dans ce cas, seulement 36 % de la consommation de l’agglomération vient du Québec. Québec, Rapport de la Commission d’enquête sur l’agriculture au Québec, 1967, op. cit. p.14
« Cet état de choses nuit grandement à l’économie du Québec », affirme M. Sainte-Marie. « Non seulement les agriculteurs assument de lourdes pertes financières, mais aussi le consommateur doit payer plus cher ses fruits et légumes achetés à l’épicerie. »
Demandes formulées par l’Association des jardiniers-maraîchers
Comme solution à la concurrence extérieure et dans le but d’établir un meilleur équilibre entre producteurs et acheteurs, l’organisme de défense des maraîchers réclame du gouvernement la création d’une commission de contrôle de l’importation qui réunirait les représentants des principaux agents de mise en marché : producteurs, commerçants, grossistes et consommateurs.
L’Association des jardiniers-maraîchers plaide également pour « l’achat chez-nous » ainsi que pour l’identification des produits québécois sur les tablettes des épiceries. Dans le but d’atteindre cet objectif, M. Sainte-Marie suggère la mise sur pied d’un service d’information voué à la promotion des fruits et légumes du Québec auprès des détaillants et
des consommateurs.
Ce thème récurrent de l’étiquetage sera repris en 2008 lors de la Commission sur l’avenir de l’agriculture et de l’agroalimentaire québécois. (Commission Pronovost) « En épicerie, les produits dont la provenance québécoise est clairement mentionnée sont l’exception plutôt que la règle. Pourtant, de larges consensus sont établis depuis de nombreuses années en faveur de l’étiquetage des produits québécois. » Québec, Commission sur l’avenir de l’agriculture et de l’agroalimentaire québécois. « Agriculture et agroalimentaire québécois (ressource électronique) : assurer et bâtir l’avenir : rapport. », 2008. p. 119
Les maraîchers ont gain de cause.
Confrontés au mouvement de protestation des 1200 membres de l’Association des jardiniers-maraîchers, les grossistes et les détaillants concernés acceptent de collaborer. Une semaine de rencontres et de pourparlers a convaincu 75 % d’entre eux du bien-fondé des revendications des maraîchers, d’où la décision de suspendre la grève et d’effectuer plutôt une manifestation en bonne et due forme devant les établissements des grossistes et des commerçants qui demeurent récalcitrants.
Dans l’édition du 1er août 1966, un journaliste du « Montréal Matin » s’étonne du dénouement rapide de la confrontation. « Si plusieurs conflits ouvriers trainent en longueur, dans notre province, d’autres se règlent à l’amiable avant qu’ils ne causent un tort irréparable à la population »
Dans la foulée de la Révolution tranquille, le monde agricole vit une transformation profonde qui se traduit par une montée du militantisme. Au cours des années 1960, les agriculteurs se sont mobilisés pour revendiquer un revenu décent et de meilleures conditions pour la vente de leurs produits. Soumis à l’impératif du marché, ils ont modernisé leurs exploitations et participé pleinement au renouveau économique et social du Québec.
C’est dans ce contexte que l’Association des jardiniers-maraîchers de la région de Montréal a voulu répondre aux nombreux défis posés par la présence d’une nouvelle industrie agroalimentaire et qu’elle a milité pour la promotion des intérêts de la classe horticole.

Article signé Jacques Benoit.