- Au jour le jour, juin 2020
La Prairie et la guerre de 1812 (suite 3)
La troupe au presbytère de La Prairie
Outre les troupes régulières qui occupaient les nouvelles casernes construites à l’ouest du village, plusieurs soldats logeaient chez l’habitant. Or, faute de logements, au grand dam du curé Jean-Baptiste Boucher, sur ordre des autorités militaires, plusieurs soldats du Meuron, 1. Voir notre article dans le Au jour le jour de décembre 2017, page 3. au moins deux cents selon le curé, occupèrent le presbytère neuf durant quelques semaines sinon davantage.
L’abondante correspondance du curé témoigne de son désarroi face au sort que la soldatesque fit subir au nouveau bâtiment.
Laprairie, 8 janvier 1813
« Le Presbytère neuf n’est point entièrement achevé. Je crains qu’il ne soit pour moi le sujet d’un Dilemme utraque cornu feriens (Frappant de l’une ou l’autre corne). qui ne fasse quitter la Prairie—les suppôts du Gouvernement veulent s’emparer de l’un ou de l’autre Presbytère et par-dessus le marché, prendre le terrain pour mettre le bois du Roi—si j’opte pour le presbytère neuf ; je me trouverai sans bâtiment, et par conséquent sans place pour mettre mes animaux, volailles &c. et hors d’état de n’en faire dans mon Jardin qui deviendra un lieu de proie à ceux qui seront logés dans la nouvelle Caserne, et si je fais choix du vieux presbytère, qui est le seul parti raisonnable et praticable qui me resteroit; que deviendra-t-il et quand reviendra-t-il au Curé? et quelles seront les plaintes de nos illustres marguilliers? la proposition cependant ne m’a point été faite encore. […] »
Laprairie 18 avril 1813
« Les gens de Mr. Langan sont en pleine possession du Presbytère, dont la menuiserie n’est point achevée, qui n’est point encore enduit, et dont l’escalier n’est point fait. ils l’ont rempli d’avoine, de raquettes et de Chaudières. sur mon refus, s’ils n’ont point rompu les portes pour entrer, c’est qu’ils se sont fait donner la clef par la femme d’un des Syndics. voilà comme sont récompensés les travaux que m’a causés la desserte du Bataillon. »
Laprairie 10 sept 1813
« Neuf Meurons, du camp de Chambly avoient déserté. un nommé Wheeler, avoit facilité leur desertion pour de l’argent, et les a fait prendre pour de l’argent. quatre des Meurons ont été tués, trois sont ramenés blessés, et deux se sont échappés. voilà le rapport qui paroit le plus sûr, quoique dise la Gazette de Brown. on ne dit plus qu’il y ait eu de notre part personne de tuée ou blessée. »
- Au jour le jour, juin 2020
La Prairie et la guerre de 1812 (suite 2)
Les Suisses
Le régiment d'infanterie suisse des Meurons fut mis sur pied en 1781, puis transféré à l'armée britannique en 1795. Il entra au service des Anglais après avoir combattu dans les rangs hollandais pour le compte de la compagnie des Indes hollandaises. Le régiment fut envoyé au Bas-Canada en août 1813. Comme c’était l’usage à l’époque, il portait le nom de son colonel, Charles Daniel de Meuron.
Sous les ordres de Sir George Prevost, dont le père était un officier suisse, il prit part à plusieurs affrontements dont la bataille de Plattsburg et la prise du fort Oswego. Bien qu’à l’origine la très grande majorité des officiers et soldats du régiment avaient été enrôlés dans les cantons de Vaud et de Neuchâtel qui sont de langue française, il n’était pas composé que de Suisses. Une partie était des prisonniers de guerre qu’on avait expédiés de l’île de Malte et on y trouvait également des Allemands. Plusieurs de ces soldats voyageaient avec leur famille.
Lorsque le régiment est dissous en juillet 1816, 353 soldats de tout rang, soit plus de la moitié des effectifs, choisissent de rester au Canada comme colons. Les nouveaux colons sont dirigés vers Perth et vers Drummondville. Comme ils ne sont pas rompus aux difficultés de la vie de pionnier, bon nombre de ces anciens soldats partent aux États-Unis ou retournent en Europe.

Grâce à une boucle de ceinture trouvée à l’occasion de fouilles archéologiques effectuées à La Prairie à l’automne 2017 sur la rue Émilie-Gamelin, nous savons qu’un autre régiment suisse a séjourné à La Prairie. Le régiment de Watteville, du nom du baron Frédéric De Watteville de Muirfield fut créé à l'origine par les Anglais pour servir l'empire autrichien allié de la Grande-Bretagne. Après le désastre subi par les armées autrichiennes face à la France, l'Angleterre récupéra les officiers et les hommes de ce régiment pour former un nouveau régiment De Watteville mais cette fois pour son service. Principalement composé d'hommes du canton de Berne, ce régiment accueillait des Allemands, des Français, des Italiens, des Hollandais et des Belges.
En 1812, Louis de Watteville remplace son oncle à titre de colonel de cette unité. En mars 1813, le régiment reçoit l’ordre de se rendre au Canada pour prêter main-forte à la garnison britannique de Kingston qui résiste aux tentatives d’invasion américaine depuis une année. Le régiment arrive à Québec le 4 juin 1813.
En route vers Kingston, Watteville et ses troupes font un arrêt à La Prairie. Les soldats auraient alors logé dans le nouveau presbytère du curé de l’époque, Jean-Baptiste Boucher-Belleville.
L’uniforme de ces deux régiments suisses, le Meuron et le Watteville, était identique sauf pour un bleu distinctif chez le Meuron.
- Au jour le jour, juin 2020
La Prairie et la guerre de 1812 (suite 1)
La milice sédentaire (locale) qui, depuis une loi de 1803, regroupe tous les hommes entre 16 et 60 ans, la moyenne d’âge se situant autour de 20 ans, est également appelée en renfort lorsque le besoin se fait sentir.
Selon l’historien James Jackson, l’enrôlement des Canadiens français dans la milice ne se fit pas sans heurts :
« Au moment de la déclaration de la guerre entre la Grande- Bretagne et les États-Unis, à l'été 1812, l'enrôlement dans la milice de certains habitants, surtout des agriculteurs et des travailleurs ruraux, se révéla de plus en plus ardu pour les officiers militaires du Bas-Canada. Avec son lourd passé de résistance au sein de la milice, le district de Montréal se montrait particulièrement récalcitrant. Les tentatives d'arrestations infructueuses des opposants à l'enrôlement provoquèrent plutôt un mouvement conjoint de résistance de toutes les paroisses devenues la cible des pouvoirs militaires.
Lachine vit le rassemblement de quelque 400 hommes, dont la moitié étaient armés. À Montréal, la réaction des pouvoirs publics fut immédiate: ils dépêchèrent un magistrat accompagné d'un détachement militaire et de deux pièces d'artillerie légère. N'étant pas parvenu à persuader les gens de se disperser, le juge de paix donna l'ordre aux soldats de tirer au-dessus de leurs têtes. La foule répondit par un tir d'armes à feu de petit calibre. Une nouvelle salve tirée par les militaires au-dessus des têtes des hommes rassemblés n'eut pas plus de succès. Une troisième salve fut tirée directement dans la foule, faisant un mort et un blessé grave.
Aux yeux des pouvoirs publics, la résistance collective des agriculteurs équivalait à une rébellion et l'on craignait vraiment que la province soit au bord de la guerre civile. Néanmoins, bien que des forces régulières aient fait face à une grande foule prête à les prendre pour cible, on avait fait preuve d'une grande retenue. Étant donné l'espoir de voir les Canadiens-français finir par se joindre en grand nombre à la milice, on comprendra que tout était mis en œuvre pour limiter autant que possible les pertes. » 1. Jackson James, L’émeute inventée. VLB éditeur, Montréal, 2014. Pages 16 et 17.
Le spectre grandissant d’une invasion par les États-Unis représente une menace considérable aux libertés dont jouissent certains Afro-Canadiens, ce qui en pousse plusieurs à rejoindre les rangs des milices, car une victoire américaine pourrait très bien conduire à un retour à l’esclavage.
Outre les unités de milice, d’autres Afro-Canadiens s’enrôlent au sein des forces régulières britanniques et servent au Haut-Canada. L’une de leurs fonctions les plus courantes consiste à jouer le rôle de percussionnistes dans les orchestres militaires.
« Jack-Keth, le vieux vilain nègre, fit peu habilement son office; les Meurons grinçaient des dents, et menaçaient de lui lâcher quelque coup de fusil. […] » 2. Extrait d'une lettre du curé Boucher.
- Au jour le jour, juin 2020
La Prairie et la guerre de 1812
La guerre de 1812
« La guerre de 1812, qui a duré jusqu’en 1814, fait référence au conflit militaire qui a opposé les États-Unis à la Grande-Bretagne. Comme colonie britannique, le Canada a été entraîné dans la guerre de 1812 et a été envahi à maintes reprises par les Américains. La guerre a été menée dans le Haut-Canada, le Bas-Canada, dans la région des Grands Lacs et le long de la côte de l’Atlantique, ainsi qu’aux États-Unis. Le traité de Gand (24 décembre 1814), qui a mis fin à la guerre, consacrait essentiellement le statu quo. »1. Lettre du curé Boucher.
À compter de l’attaque de l’île aux Noix le 1er juin 1812, la guerre s’est poursuivie jusqu’en 1815 sur une période de 42 mois dont 39 mois furent consacrés à des opérations militaires.
Les forces terrestres britanniques qui ont défendu l'Amérique du Nord britannique durant la Guerre de 1812 étaient constituées d'hommes appartenant à diverses organisations. Plusieurs centaines de ces soldats séjournèrent à La Prairie dont les baraques militaires servaient de point de départ vers les divers lieux d’affrontements.
« Nous avions ici, ces derniers jours environ 2500 hommes soit en troupes régulières, soit en milice active ou sédentaire, sans compter les miliciens du lieu […] » 2. Jean-Baptiste Boucher curé de La Prairie, lettre du 4 novembre 1813.
L’ensemble des troupes régulières en fonction au Canada durant cette guerre se situait autour de 13 000 hommes et comprenait le 1st Foot (le 1er bataillon), le 8e Kings Own, le 10e Royal Veterans (un seul bataillon), les 13e, 40e , 41e , 49e, 89e, 100e, 103e et 104e (New-Brunswick) régiments ainsi que le Royal Newfoundland, les Meurons, les Fencibles, le Glengarry Regiment, le 19e Light Dragoons, environ 800 hommes de la Royal Marines and Seaman, en plus de 500 membres du corps d’artillerie et d’ingénieurs.
Aux troupes régulières affectées à l'Amérique du Nord s'ajoutent des unités provinciales recrutées localement, des miliciens en service long et des miliciens sédentaires. Plusieurs régiments suisses en service britannique, dont les Meurons cités plus haut, de nombreux Amérindiens et un régiment composé de prisonniers de guerre français servent également au cours de cette guerre.
Dans le but de les faire servir sur son territoire, pendant les guerres napoléoniennes, le gouvernement britannique avait formé des régiments qui prirent le nom de « Fencibles ». Ces compagnies temporaires avaient pour but de protéger les intérêts britanniques là où elles étaient formées, en Grande-Bretagne ou en Amérique du Nord et ne devaient en aucun cas être déployées en sol étranger. C'est ainsi que fut lancé le recrutement dans les Haut- et Bas-Canada. Le nom du régiment était écossais tout comme l'était son commandement, mais ses membres étaient principalement Canadiens-français. Toutes les compagnies de Fencibles furent démantelées en 1816.Pour appuyer les réguliers britanniques, on crée des unités de milice de l'Amérique du nord britannique. Plusieurs régiments de « milice d'élite » sont formés dans le Bas-Canada en 1812 et 1813, dont les Voltigeurs canadiens, qui constituent l'un des meilleurs régiments provinciaux.
- Au jour le jour, juin 2020
Conseil de généalogie 2020 de la FQSG – Remise annuelle des prix et des distinctions
Chaque année au début du mois de mai, la Fédération québécoise des sociétés de généalogie (FQSG) organise le Conseil de généalogie. La matinée est consacrée à de la formation destinée aux sociétés membres qui peuvent par la suite partager leurs réussites de l’année. Après la pause du midi, juste avant de débuter l’assemblée générale annuelle, selon les recommandations de ses sociétés membres, la FQSG accorde des prix et des distinctions.
En 2020, le Conseil de généalogie devait se tenir le samedi 2 mai à l’Université Laval, mais l’événement a dû être annulé à cause de la pandémie. Il était prévu que, lors de cette journée d’activités, la FQSG remette une distinction et un prix à deux de nos membres. La médaille de reconnaissance était destinée à Madame Lina Marcoux-Chopin pour souligner la qualité exceptionnelle de son parcours de généalogiste et le prix Renaud-Brochu à Monsieur Stéphane Tremblay pour son bénévolat en généalogie. Nous offrons toutes nos félicitations aux deux récipiendaires. Une remise officielle de cette distinction et de ce prix aura lieu dès que les mesures de distanciation sociale le permettront.
Stéphane Tremblay, président de la SHLM
- Au jour le jour, mai 2020
Miscellanées
La voie ferrée du Canadien National a mis fin au transport des passagers fin avril 1957. Au même moment le train a cessé d'apporter le courrier chaque matin aux Frères de l'Instruction chrétienne. Le train sera remplacé par des camions de la Royal Mail. Ceci a été souligné dans le périodique de la communauté des Frères de l'Instruction chrétienne, district Saint-Jean-Baptiste "Entraide fraternelle" de juin 1957.
Il faut mentionner que cette voie ferrée a aussi servi aux frères pour la livraison du combustible. Le chauffage à l'huile a débuté à la maison et au juvénat en décembre 1925. À l'automne 1925, une voie ferrée spéciale a été aménagée pour la livraison de l'huile. Cette voie devait faciliter l'approche de wagons-citernes jusque devant l'imprimerie. L'installation de cette voie par le CNR devait coûter près de 1 400,00 $.
L'ouverture de la voie maritime du Saint-Laurent a eu lieu le 25 avril 1959.
Informations fournies par François Boutin, archiviste Frères de l'Instruction chrétienne La Prairie.
La gare de La Prairie, construite en 1880, a été démolie à l’été 1966 pour être remplacée par un petit bâtiment à l’usage exclusif des cheminots.
- Au jour le jour, mai 2020
COVID-19
Durant cet épisode de pandémie, aucune date n’a, à ce jour, été prévue par le gouvernement du Québec pour la reprise des activités des OBNL comme la SHLM.
Pour l’instant, nous sommes à travailler avec la ville de La Prairie pour une possible reprise de certaines activités à compter du début du mois de juillet, tout en tenant compte des mesures pour faire face à la Covid-19.
Plus de détails lors de notre prochain numéro.
- Au jour le jour, mai 2020
Le chemin « royal » de Chambly – réactions (5)
Mais en premier lieu cette carte nous indique que dans la région de Chambly, il n'y avait que trois chemins! Le grand « chemin de la Magdeleine », ce « Chemin du Roy » qui menait à la seigneurie de La Prairie-de-la-Magdeleine à partir de Saint-Jean /Chambly ainsi que le « chemin de Sainte-Thérèse ». Aussi, il y avait un autre vieux chemin en direction nord-sud qui, selon Holland, longeait la rive occidentale du Richelieu allant de Sorel jusqu'à St-Jean-sur-Richelieu … en passant, il va de soi, par Chambly. Ce dernier chemin avait le même tracé que celui emprunté à l'automne 1665, presque un siècle plus tôt, par une compagnie du Régiment de Carignan.
Nonobstant ce qui précède, cette carte est également très éloquente par ce qu'elle n'indique pas … à savoir un tracé d'une quelconque importance venant de la direction de Longueuil et qui aurait attiré l'attention du grand arpenteur général Samuel Holland. Même pas un seul tracé qui aurait pu être qualifié de « chemin » venant de Longueuil ? Et non ! Aucun chemin, ni sentier, ni piste, ni le plus petit passage dans la brousse de la moindre importance!
En conclusion, à la fin du Régime français le seul « Chemin de Chambly » qui existait est celui qui, depuis les premiers jours du Régiment de Carignan-Salières en 1665, reliait Chambly à … La Prairie ! L'autre hypothèse de « chemin » qui favoriserait Longueuil, n'est toujours qu'un vague passage « dans le bois » d'à peine « 5 ou 6 pieds de largeur », un passage à éviter pour ne pas « s'enfoncer jusqu'aux genoux » et se « casser les jambes » dans les « grands Étangs ».
NB : Le tracé du chemin « Longueuil / Chambly » qui existe de nos jours n'apparaîtra sur la carte de Joseph Bouchette qu'en 1815, soit 150 ans après la venue du Régiment de Carignan et après 50 ans de régime britannique. Ce nouveau tracé/route ne deviendra utilisable qu'au moment de la fondation, au milieu du 19e siècle, des villages/paroisses de Saint-Hubert et de Carignan et la venue du chemin de fer de la compagnie St. Lawrence & Atlantic Railway. Cette nouvelle route, le « Chemin de Chambly » d'aujourd'hui, traversera gaiement les anciens grands marécages sur un petit chemin ponté, un « Corduroy Road », construit vers 1836 avec des madriers de 12 pieds pour traverser ce qui était encore communément qualifié de « swamp ».
- Au jour le jour, mai 2020
Le chemin « royal » de Chambly – réactions (4)
Une vingtaine d'années plus tard, vers la fin de la guerre de conquête en août et septembre 1760, les troupes françaises de l'Île aux Noix et de Saint-Jean ont retraité par le grand « Chemin de la Magdeleine » pour se rendre à La Prairie Mémoires de James Johnstone de Moffat, lieutenant de la Marine – LAC – MG 18 – J 10, F L'armée d'environ 1 500 soldats sous le commandement du Brigadier-Général Jean-Georges Dejean de Roquemaure, tirait derrière elle plus d'une centaine de charrettes et de lourds canons sur ce chemin tout comme l'ont fait, quelques jours plus tard, les soldats britanniques du Général William Haviland Jenks, Diary of Captain Samuel Jenks, p. 28, September 8, 1760 . Celui-ci qui était arrivé en Amérique en 1757 avoua que lui et son armée du lac Champlain n'avaient jamais vu d'aussi beaux chemins ailleurs en Amérique.
Le texte de M. Hudon comprend une méprise assez commune sur ce qu'affirmait le Brigadier-Général François-Charles de Bourlamaque au sujet du « Chemin de Chambly ». Ce dont il est question c'est le petit chemin menant de Sainte-Thérèse vers La Prairie … et non un chemin (inexistant) vers Longueuil.
Le « Chemin de Sainte-Thérèse », était un raccourci situé à mi-chemin entre St-Jean et Chambly qui reprenait le grand Chemin du Roy de 24 pieds de largeur qui lui, reliait St-Jean/Chambly/La Prairie. (voir carte) Cette route secondaire est celle sur laquelle Bourlamaque se prononça en 1760 : « …dans l'état où est ce chemin, les gens de pied (soldats) y peuvent passer … » mais non pas le matériel roulant lourd qui lui passera par le Chemin du Roy pour se rendre à La Prairie-de-la-Magdeleine, dans la seigneurie des messieurs les Jésuites.
Ce qui importe pour cette analyse c'est qu'aucun militaire Français ni Anglais ne s'est rendu à Longueuil en 1760 ! Pourquoi ? Au départ il faut savoir que la distance entre Sainte-Thérèse et La Prairie n'était que de 20 km alors que, si un chemin existait pour se rendre à Longueuil, la distance aurait été d'environ 30 kilomètres.
Tout est clair lorsqu'on regarde de plus près la « carte de Murray ». Cette carte est au fait l'œuvre du célèbre Samuel Johannes Holland; ingénieur militaire pendant la guerre, il deviendra par la suite arpenteur-général de la nouvelle « Province of Québec ». Personne n'oserait mettre en doute les compétences de cet homme qui accédera deux ans plus tard au poste d'arpenteur-général de toute l'Amérique du Nord britannique. Cette carte très détaillée Carte sur une échelle de 2,000 pieds au pouce : environ 1 : 2,400. / Pendant la guerre Samuel Holland a eu comme apprenti James Cook qui deviendra par la suite un grand navigateur et explorateur, découvreur de l'Australie Occidentale, Hawaii, etc. Après la guerre, Holland eut aussi comme apprenti le jeune Joseph Bouchette, son neveu par alliance, qui d'ailleurs lui succéda comme arpenteur général du Bas-Canada nous indique aussi que dans la région de Chambly il y avait 201 familles et maisons ainsi que 299 hommes en mesure de reprendre les armes.
- Au jour le jour, mai 2020
Le chemin « royal » de Chambly – réactions (3)
L'Intendant Hocquart évaluait encore en 1732 la profondeur du chemin seigneurial de Longueuil vers Chambly à « 55 ou 60 arpents » soit une distance de 3,5 km.
Avant lui en 1704, le grand voyer M. Jacques Levasseur de Néré nous avait fait une juste évaluation du reste du passage pour se rendre à Chambly; à savoir les 18 km restants. Cette distance consistait en un petit sentier où il y avait « quantité d'autres arbres abattus qui forment des embarras dans l'étendue de plus de trois lieues … » (14,5 km). Celui-ci était également parsemé de grands marécages infestés de moustiques … « les grands Étangs », étalé sur une distance d'environ 3,5 km. Certains étangs étaient assez vastes pour atteindre une longueur d'un «quart de lieue » (1,2 km) et ceux-ci devenaient facilement des bourbiers à éviter pour l'homme et sa monture car il pouvait « enfoncer dans l'eau et la boue jusqu'aux genoux » et où « les charrois s'enlisaient assez facilement ».
Nous apprenons également des écrits de monsieur De Néré que ce passage d'à peine « 5 ou 6 pieds de largeur » était un cauchemar pour quiconque était assez téméraire pour s'y aventurer. Ce passage dans le bois de Longueuil qui fait « courir risque aux voyageurs et à leurs chevaux de se casser les jambes … et qui n'a pas la largeur pour passer librement toutes sortes de voitures … ou charrois ».
Si par bonheur le voyageur se rendait sain et sauf aux limites de la seigneurie de Chambly, près de la concession de Jean Beau (LeBeau) dit l'Alouette, mon ancêtre (voir la carte), il lui restait encore un obstacle de taille … la « petite rivière (l’Acadie) qu'il faut traverser sur des arbres …». Donc, en 1704 Monsieur De Néré nous confirme qu'il n'y a toujours pas de pont à Chambly; il faut être équilibriste ou funambule pour traverser la rivière l’Acadie. Heureusement pour nos pionniers, en 1732 le projet de Monsieur Hocquart favorisant un chemin en direction de Longueuil resta lettre morte.
Vingt ans plus tôt, ayant reçu le mandat de remédier à cette déplorable situation de communication entre le fort de Chambly et Montréal, le grand voyer Monsieur de Néré, affirmait que le chemin de La Prairie était beaucoup « plus praticable » et que celui-ci « quoique plus long d'une demi-lieue (2,4 km) y soit travailler, sans perte de temps, afin d'en faire un chemin à charrois ». Ce qui fut fait … allant même en 1739 à faire bonifier le Chemin de La Prairie en très grand « Chemin du Roy » de 24 pieds de largeur Grand règlement de voirie de 1706 – Jugements du Conseil Supérieur de la Nouvelle-France, V: 238 par un autre Grand Voyer à savoir, Jean-Eustache LaNoullier de Boisclerc qui était, comble de l'ironie, sous les ordres de l'Intendant … Monsieur Gilles Hocquart.