Au jour le jour, décembre 1995

La Prairie et ses environs comptent de nos jours plusieurs résidents du nom de Lamarche. Au moins une soixantaine de familles si l’on se rapporte à l’annuaire téléphonique local. Pour les non-initiés à la généalogie, la question ne se pose même pas; tous ces Lamarche sont plus ou moins proches parents. Mais en est-il vraiment ainsi? À quelques exceptions près, pour ce qui est de La Prairie, oui la plupart sont apparentés. Mais il ne faudrait surtout pas généraliser et croire que tous les Lamarche sont parents entre eux. La réalité est bien différente.
Disons au départ que très peu de gens du patronyme Lamarche sont venus coloniser la Nouvelle-France; et ceux qui sont venus n’ont pas laissé de descendants. Alors d’où nous vient ce nom? Il faut savoir qu’il était habituel pour nos ancêtres, surtout parmi les soldats, de s’attribuer entre eux des surnoms ou des sobriquets. Et dans le cas qui nous concerne, c’est bien ce qui s’est passé puisque plus d’une vingtaine de nos ancêtres du XVIIe siècle, tous de patronymes différents, se sont vus identifiés avec le surnom Lamarche.
On aura sans doute choisi de les surnommer Lamarche parce que plusieurs d’entre eux étaient originaires d’une ancienne province de France que l’on appelait Marche ou pays de la Marche. Pour les autres, ce serait plutôt un sobriquet basé sur une habitude ou une habileté particulière. Toujours est-il que nous connaissons une vingtaine d’ancêtres qui ne sont pas parents les uns aux autres, mais qui sont tous susceptibles d’avoir laissé des descendants du nom de Lamarche. Tous ne l’ont pas fait. Certains n’ont pas eu de postérité. Chez d’autres, leurs descendants ont abandonné le surnom pour ne transmettre que le patronyme original. D’autres encore auront eu des descendants qui éventuellement formeront deux branches, l’une portant le patronyme original et l’autre le surnom.
À La Prairie, la plupart des Lamarche descendent du couple Louis Bariteau dit Lamarche, un soldat du régiment de Carignan, qui épousa Marie Vara vers 1671. Ils sont donc apparentés avec tous les Bariteau mais pas nécessairement avec tous les Lamarche, puisque le plus grand nombre des Lamarche que l’on retrouve aujourd’hui en Amérique descend de Jean Bricault dit Lamarche, lui aussi soldat du régiment de Carignan et de son épouse Marie Chénier. Et ceci pour ne considérer que les deux souches principales, mais il y en a bien d’autres.

La Prairie possède l’immense avantage d’être située sur les rives du fleuve Saint-Laurent, face à Montréal. Samuel de Champlain le navigateur et cartographe signale sur ses cartes les multiples avantages de la situation de ces lieux. Après lui, plusieurs passants et visiteurs ont su apprécier à quel point la nature avait été généreuse pour notre coin de pays. L’admiration de Peter Kalm en 1749 laisse entrevoir l’amour du pays que nos ancêtres d’ici pouvaient ressentir et cela malgré toutes les difficultés qu’impose un pays nouveau où tout est à faire.
Kalm, en 1749. Le savant suédois, mal impressionné par le “fort aux maringouins” (St-Jean) et par la route St-Jean-Laprairie, datant tous deux de l’année précédente, laisse éclater son émerveillement en débouchant de la savane et du bois à l’approche de Laprairie : sol beau et riche, vue fort belle, “la plus belle contrée de l’Amérique du Nord que j’ai encore vue.” Tout y passe : moissons, champs, maisons, église, clocher, croix. Il continue : “Le village est entouré de palissades de quatre à cinq verges de hauteur, élevées autrefois pour le protéger contre les incursions des Iroquois. Hors de cette enceinte…”
Bulletin des Recherches historiques, Vol. 51e, No 12, p. 415.

Voici donc la liste de tous ces gens dont le surnom est Lamarche et que le généalogiste doit considérer lorsqu’il tente de découvrir l’origine de la famille Lamarche en Nouvelle-France :
André Badel dit Lamarche et Barbe Duchesne
Louis Bariteau dit Lamarche et Marie Vara
Urbain Beaudry dit Lamarche et Madeleine Boucher
Jean Bidelin dit Lamarche
Jean Bricault dit Lamarche et Marie Chénier
Mathurin Chartier dit Lamarche et Marguerite Bénard
Jancques Danquel ou Danguel dit Lamarche et Elisabeth Giard
Michel Desjardins dit Lamarche
Louis Douvier dit Lamarche et Marie Edeline
François ou Léonard Dufault dit Lamarche et Jeanne Robert dit Breton
Nicolas Dufaye dit Lamarche et Thérèse Varin
Un certain Dufour dit Lamarche
François Foucault dit Lamarche et Nagèle Payet dit Saint-Amour
François Jaran dit Lamarche
Jean-Baptiste Lacoste dit Lamarche et Marie Pélagie Dani
Michel Roulier dit Lamarche et 1° Marie-Anne Edeline, et 2° Marie-Anne Monet
Louis Le Tortilleur dit Lamarche
Antoine Monet ou Mahumet dit Lamarche et 1° Marie-Merguerite Hus et 2° Marie-Anne Riel dit L’Irlande
Etienne Monniore dit Lamarche
Jean Oury dit Lamarche
Jacques Périnault dit Lamarche et 1° Marie Lert et 2° Noëlle Viger
Etienne Petit dit Lamarche et Marie-Amable Brunel
Pierre Roulier ou Boulier dit Lamarche et Elisabeth Drouet
René Soulard dit Lamarche et Marie-Charlotte Pelletier
Donc, si comme moi vous vous nommez Lamarche et que la généalogie vous intéresse je vous invite à venir à la bibliothèque de votre Société pour y établir votre ascendance paternelle, ou maternelle dans le cas où votre mère serait une Lamarche. Avec l’aide de nouveaux répertoires des mariages des familles Lamarche publiés récemment, rien de plus facile et qui sait, peut-être aurez-vous des surprises.

De par le monde, toutes les langues parlées sont dites “vivantes”; elles évoluent, s’adaptent, accueillent les changements. Les francophones du Québec et de l’Acadie ont conservé des mots qui ne figurent plus dans la liste de l’Académie française. Ces mots, venus avec nos ancêtres, ont fait partie du vocabulaire actif de toutes les générations qui nous ont précédées en terre d’Amérique. Observons-nous ! Avons-nous utilisé les mots suivants ?
Queuqu’un
Queuqu’un. Quelqu’un. Nous disons aussi queuque-x-un. Chifflet, grammairien du Grand Siècle, nous avertit que c’est mieux de ne pas faire sonner le l de quelqu’un : les honnêtes gens disaient queuqu’un. Que l’on cherche bien dans les différents parlers dialectaux de France et l’on y trouvera de nos jours la même prononciation. La première syllabe, queu, se mouille en Acadie : tcheu.
Poque
Poque. Onomatopée. Coup sec et bruyant : ça fait poque en tombant. À un certain jeu d’enfant, on frappe le front en disant : Poque, poque la mailloche. Au Canada, le mot se dit, comme en vieux français pour bosse, meurtrissure : cet enfant s’est fait une grosse poque en tombant.
Pace que
Pace que. Pace que, le r tombant. C’est de l’ancien français : “Par la prédication du bon empereor Henri, et pace que chascun estoit desirans de conquerre sor ses anemis”. (VILLEHARDOUIN)
Tiré de : Poirier, Pascal, Le Glossaire acadien, Éditions d’Acadie, 1993.

Lamarche, Guy et Marcel, Répertoire des mariages des femmes Lamarche, Guy Lamarche éditeur, don de l’auteur Marcel Lamarche.
Beauvais, Tom. The Beauvais family Newsletter, Summer 1994 to Spring 1995, Vol. 1 No 1 to Vol. 2 No 4.

Qu’en est-il de la façon d’écrire le nom de notre ville au cours des siècles? En consultant les documents d’époque, on peut affirmer que La Prairie est employée dès la fondation de la Seigneurie, on passe ensuite à Laprairie et on revient à La Prairie.
Habité par les colons blancs dès 1667, le petit bourg est une cible de choix pour les ennemis indiens. L’obligation de se protéger s’impose, il faut construire une palissade. En 1688 “à Pâques, l’on parachevait la palissade de Laprairie, en mai celle de la prairie St-Lambert”.Bulletin de Recherches historiques, vol. 51e, No 2, p. 412.
Gédéon de Catalogne, ingénieur du Roi, présente aux autorités le “Plan de La Prairie (…) levé en l’année 1704.” Idem, p. 413.
Le 9 septembre 1842, Monseigneur Ignace Bourget, évêque de Montréal, érige à Laprairie la confrérie du Saint-Scapulaire. Le curé ajoute : “ On a remarqué que dans le rescrit de l’évêque le nom de Laprairie est écrit d’un seul mot. Avant ce jour, l’on avait toujours vu La Prairie. À partir de cette date l’habitude s’est rapidement prise de ne l’écrire plus que d’un seul mot. L’usage d’ajouter “de la Magdeleine” s’est continué de longues années encore (…) après 1880 (…) c’est Laprairie tout court qui a prévalu. ” Chevalier, Joseph, Laprairie, Notes historiques, 1941. P. 138-139.
En 1867, le pensionnat des Sœurs de la Congrégation de Notre-Dame est rénové : c’est un immeuble approprié aux besoins du temps et les pensionnaires y sont attirées par la nouveauté des lieux. Un journaliste du temps en fait l’éloge.
“Vu l’extrême facilité des communications par bateau à vapeur trois fois le jour en été et par diligence une fois le jour en hiver, Laprairie n’est qu’à quelques quarts d’heures de Montréal. Les citoyens de Montréal et d’ailleurs qui voudront procurer à leurs enfants les avantages de l’air pur et de la campagne, tout en les éloignant aussi peu que possible de chez eux, se trouveront bien de les confier aux Directrices du nouveau couvent de La Prairie. ” Sévigny, Jeannine, C.N.D., Héritage, No 17, 1994, p. 31

Heureusement que Mgr Courville a le sens de l’humour. En effet, dans la généalogie du mois d’octobre, nous l’avons marié à sa mère; à la première ligne, on devrait voir Joseph Courville. Nous nous en excusons.
Une deuxième erreur s’est glissée dans le texte qui suivait la généalogie : sous le blason, on devrait avoir la ligne suivante : L’Ancêtre Clément Lériger sieur de Laplante, enseigne dans les troupes de la Marine, arriva au pays en 1685 à 23 ans avec M. de Denonville.
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