Sélection d'une édition

    Jean-Baptiste Cantin et les De Montigny (4)

    1916

    Le 2 janvier, Cantin et le corps expéditionnaire retournent aux tranchées. L’ami du couple en profite pour envoyer quelques cartes postales à De Montigny annonçant son départ. Ces cartes illustrent la destruction dont sont témoins les troupes canadiennes partout où elles passent.

     

    « Monsieur, je vous envoie quelques cartes comme souvenir ou sont passé les soldats canadiens. D’un ami. »
    « Monsieur, tout vas bien en bonne santé aurevoir. D’un ami. »

    Le 15 janvier, Cantin reçoit un paquet de tabac canadien de la part de De Montigny. Le soldat lui envoie quatre autres cartes postales l’informant sur sa santé et le temps qu’il fait.

    De février à avril, la correspondance de Cantin se résument surtout à deux bagues qu’il souhaite envoyer aux De Montigny :

    6 février : « Monsieur, j’ai fait un oubli en vous demandant vos mesure de doigts pour les bagues. Envoyer moi la mesure de votre demoiselle svp. D’un ami. »

    19 mars : « Monsieur, je dois vous envoyer vos bagues ces jours ici. »

    18 avril : « Monsieur, je vais vous expédier vos bagues ces jours ici. Écrivez immédiatement sur reception s.v.p. En bonne santé tout est bien pour le moment. »

    Cantin passa l’été 1916 à combattre en Belgique.

    Vers la fin du mois d’août, le corps expéditionnaire se dirigea vers le front de la Somme[1], en France qui avait commencé presque deux mois plutôt, le premier juillet.

    Selon les rapports médicaux contenus dans son dossier militaire, Cantin fut blessé gravement le 8 septembre 1916, quelque chose lui ayant perforé le milieu du bras gauche. Il fut déclaré sourd de l’oreille droite, crachant du sang en plus d’avoir été gazé[2]. Le 26 septembre, il se remit de ses blessures et fut déclaré apte à reprendre son poste de sergent du corps expéditionnaire.

    Collection Steve Lussier
    www.les bouteilles du québec.com

    1917-1919

    Jean-Baptiste Cantin fut libéré de ses fonctions militaires le 29 juin 1919, à l’âge de 40 ans[3]. On peut supposer que Cantin retourna à La Prairie retrouver le couple De Montigny à leur hôtel pour y passer du bon temps, raconter ses faits d’armes et probablement prendre un verre.

    D’ailleurs, dans l’une de ses nombreuses lettres envoyées en 1915 à De Montigny, Cantin fit part de son amour pour la bière canadienne : « […] 5 cents la bière vous souvenez-en juger maintenant par vous-même.

    Quand on sort des tranchées et que nous sommes sur la réserve, on peut acheter de la bière a 2 sous le verre elle est forte comme la petite bière d’épinette canadien on pense souvent a la Molson et le cheval noir[4] de Lachine. »

     

     

    ______________________________

    [1] Roy, R.H., et Richard Foot, « Le Canada et la bataille de la Somme ».  Dans l’Encyclopédie Canadienne. Historica Canada. Article publié décembre 21, 2006; Dernière modification décembre 11, 2018. https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/bataille-de-la-somme

    [2] Bibliothèque et Archives Canada, Dossiers du personnel de la Première Guerre mondiale, Recherche : base de données, Item : Cantin, John Baptiste (26175), https://www.bac-lac.gc.ca/fra/decouvrez/patrimoine-militaire/premiere-guerre-mondiale/dossiers-personnel/Pages/item.aspx?IdNumber=86651

    [3] Idem.

    [4] Il s’agit de la bière Black Horse très populaire à l’époque.

     

     

    1916 Le 2 janvier, Cantin et le corps expéditionnaire retournent aux tranchées. L’ami du couple en profite pour envoyer quelques cartes postales à De Montigny annonçant son départ. Ces cartes illustrent la destruction dont sont témoins les troupes canadiennes partout où elles passent.   « Monsieur, je vous envoie quelques cartes comme souvenir ou sont passé les soldats canadiens. D’un ami. » « Monsieur, tout vas bien en bonne santé aurevoir. D’un ami. » Le 15 janvier, Cantin reçoit un paquet de tabac canadien de la part de De Montigny. Le soldat lui envoie quatre autres cartes postales l’informant sur sa santé et le temps qu’il fait. De février à avril, la correspondance de Cantin se résument surtout à deux bagues qu’il souhaite envoyer aux De Montigny : 6 février : « Monsieur, j’ai fait un oubli en vous demandant vos mesure de doigts pour les bagues. Envoyer moi la mesure de votre demoiselle svp. D’un ami. » 19 mars : « Monsieur, je dois vous envoyer vos bagues ces jours ici. » 18 avril : « Monsieur, je vais vous expédier vos bagues ces jours ici. Écrivez immédiatement sur reception s.v.p. En bonne santé tout est bien pour le moment. » Cantin passa l'été 1916 à combattre en Belgique. Vers la fin du mois d’août, le corps expéditionnaire se dirigea vers le front de la Somme[1], en France qui avait commencé presque deux mois plutôt, le premier juillet. Selon les rapports médicaux contenus dans son dossier militaire, Cantin fut blessé gravement le 8 septembre 1916, quelque chose lui ayant perforé le milieu du bras gauche. Il fut déclaré sourd de l’oreille droite, crachant du sang en plus d’avoir été gazé[2]. Le 26 septembre, il se remit de ses blessures et fut déclaré apte à reprendre son poste de sergent du corps expéditionnaire. Collection Steve Lussierwww.les bouteilles du québec.com 1917-1919 Jean-Baptiste Cantin fut libéré de ses fonctions militaires le 29 juin 1919, à l’âge de 40 ans[3]. On peut supposer que Cantin retourna à La Prairie retrouver le couple De Montigny à leur hôtel pour y passer du bon temps, raconter ses faits d'armes et probablement prendre un verre. D’ailleurs, dans l’une de ses nombreuses lettres envoyées en 1915 à De Montigny, Cantin fit part de son amour pour la bière canadienne : « […] 5 cents la bière vous souvenez-en juger maintenant par vous-même. Quand on sort des tranchées et que nous sommes sur la réserve, on peut acheter de la bière a 2 sous le verre elle est forte comme la petite bière d’épinette canadien on pense souvent a la Molson et le cheval noir[4] de Lachine. »     ______________________________ [1] Roy, R.H., et Richard Foot, « Le Canada et la bataille de la Somme".  Dans l'Encyclopédie Canadienne. Historica Canada. Article publié décembre 21, 2006; Dernière modification décembre 11, 2018. https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/bataille-de-la-somme [2] Bibliothèque et Archives Canada, Dossiers du personnel de la Première Guerre mondiale, Recherche : base de données, Item : Cantin, John Baptiste (26175), https://www.bac-lac.gc.ca/fra/decouvrez/patrimoine-militaire/premiere-guerre-mondiale/dossiers-personnel/Pages/item.aspx?IdNumber=86651 [3] Idem. [4] Il s’agit de la bière Black Horse très populaire à l’époque.    ...

    Jean-Baptiste Cantin et les De Montigny (3)

    Par la suite, Cantin reviendra à quelques reprises sur la bataille d’Ypres avec deux cartes qu’il envoie le 23 juillet. Il insiste beaucoup sur les effets dévastateurs qu’a eus cette bataille sur la ville belge.

     

    « Monsieur, Cette carte vous représente la plus grande Halle du monde en fait de draps il ne reste seulement que des ruines maintenant. »
    « Monsieur, J’aime a vous offrir ces cartes de Ypres parce que c’est la que les troupes canadiennes ont résisté a la garde prussienne. D’un ami. »

     

    Les mois passent et les cartes postales envoyées au couple De Montigny se résument à des messages très courts sur sa santé et sur le temps qu’il fait. Les combats se poursuivent dans les tranchées en sol français.

    Le 22 décembre, Cantin et le corps expéditionnaire rentrent à Londres passer les vacances de Noël. Le soldat montréalais en profite pour envoyer quatre cartes postales.

    À Domina, il fait sa grande annonce : « Monsieur, j’ai l’honneur de vous dire que je suis nommé sergent maintenant alors j’ai porté trois galons que j’ai gagné sur la ligne de feu. »

    À Albina, il lui fait part en trois cartes postales de sa visite des endroits touristiques de Londres.

    « Madame, Je vous envoi quelque vues de Londres étant de passage ici. C’est une belle ville a visité. Aurevoir à bientôt. »
    « Madame, Je suis en bonne santé et j’espère que vous jouissez du même bonheur que moi ainsi que votre famille. Aurevoir a bientôt. »
    « Madame, Nous somme bien venu a Londres les canadiens qui reviennent de la ligne de feu. Aurevoir a bientôt. »
    Par la suite, Cantin reviendra à quelques reprises sur la bataille d’Ypres avec deux cartes qu’il envoie le 23 juillet. Il insiste beaucoup sur les effets dévastateurs qu’a eus cette bataille sur la ville belge.   « Monsieur, Cette carte vous représente la plus grande Halle du monde en fait de draps il ne reste seulement que des ruines maintenant. » « Monsieur, J’aime a vous offrir ces cartes de Ypres parce que c’est la que les troupes canadiennes ont résisté a la garde prussienne. D’un ami. »   Les mois passent et les cartes postales envoyées au couple De Montigny se résument à des messages très courts sur sa santé et sur le temps qu’il fait. Les combats se poursuivent dans les tranchées en sol français. Le 22 décembre, Cantin et le corps expéditionnaire rentrent à Londres passer les vacances de Noël. Le soldat montréalais en profite pour envoyer quatre cartes postales. À Domina, il fait sa grande annonce : « Monsieur, j’ai l’honneur de vous dire que je suis nommé sergent maintenant alors j’ai porté trois galons que j’ai gagné sur la ligne de feu. » À Albina, il lui fait part en trois cartes postales de sa visite des endroits touristiques de Londres. « Madame, Je vous envoi quelque vues de Londres étant de passage ici. C’est une belle ville a visité. Aurevoir à bientôt. » « Madame, Je suis en bonne santé et j’espère que vous jouissez du même bonheur que moi ainsi que votre famille. Aurevoir a bientôt. » « Madame, Nous somme bien venu a Londres les canadiens qui reviennent de la ligne de feu. Aurevoir a bientôt. »...

    Jean-Baptiste Cantin et les De Montigny (2)

    Les attaques aux gaz ainsi que les conditions de vie dans les tranchées semblent avoir marqué Cantin au point de se demander si l’opinion publique de son pays s’indignera des horreurs de la guerre.

    Le 4 juillet, Cantin envoie quatre cartes postales, deux à De Montigny et deux autres à Albina. Celles-ci, en plus d’être très révélatrices de la relation amicale entre le couple et le soldat montréalais, nous montrent aussi la perception genrée de la guerre. Domina, l’homme, s’intéresse aux objets de guerre tandis que Albina, la femme, reçoit des cartes à connotation positive symbolisant le souvenir, l’amitié et l’espoir.

    « Monsieur, Je vous offre ces cartes sachant que vous portez beaucoup d’intérêts a la guerre. Ceci vous donne une aperçue après une bataille se sont les attelages des blessés et des morts. »
    « Monsieur, Celle-ci est une pièce de navire qui longe les côtes et dans les canaux. Il font un magnifique travail au dire des ingénieurs. »

     

     

     

     

     

     

     

    « Madame, Cette carte vous donne une idée des cimetières militaires qu’il y a eu en France et en Belgique. Il sont bien nombreux par malheur. Penser quelques fois aux vivants mais n’oublions jamais les morts. »
    « Madame, je vous offre cette carte comme reconnaissance vue que vous penser a moi dans mon exil. D’un soldat canadien. »
    Les attaques aux gaz ainsi que les conditions de vie dans les tranchées semblent avoir marqué Cantin au point de se demander si l’opinion publique de son pays s’indignera des horreurs de la guerre. Le 4 juillet, Cantin envoie quatre cartes postales, deux à De Montigny et deux autres à Albina. Celles-ci, en plus d'être très révélatrices de la relation amicale entre le couple et le soldat montréalais, nous montrent aussi la perception genrée de la guerre. Domina, l’homme, s’intéresse aux objets de guerre tandis que Albina, la femme, reçoit des cartes à connotation positive symbolisant le souvenir, l’amitié et l’espoir. « Monsieur, Je vous offre ces cartes sachant que vous portez beaucoup d’intérêts a la guerre. Ceci vous donne une aperçue après une bataille se sont les attelages des blessés et des morts. » « Monsieur, Celle-ci est une pièce de navire qui longe les côtes et dans les canaux. Il font un magnifique travail au dire des ingénieurs. »               « Madame, Cette carte vous donne une idée des cimetières militaires qu’il y a eu en France et en Belgique. Il sont bien nombreux par malheur. Penser quelques fois aux vivants mais n’oublions jamais les morts. » « Madame, je vous offre cette carte comme reconnaissance vue que vous penser a moi dans mon exil. D’un soldat canadien. »...

    Jean-Baptiste Cantin et les De Montigny (1)

    Candidat à la maîtrise en histoire à l’Université de Montréal (UdeM), Antoine Simonato est membre du CA de la SHLM depuis quelques années.

     

    Domina De Montigny et Albina Guérin, quelques années après leur aventure au Klondike, décidèrent en 1907 d’acheter et de rénover l’Hôtel Martin (l’actuel 228 rue Sainte-Marie). Ils tinrent cet hôtel ouvert aux voyageurs et gens des environs jusqu’en 1922[1]. C’est durant cette période, à partir de 1915, que le couple De Montigny a entretenu une correspondance par cartes postales avec un certain Jean-Baptiste Cantin, un de leur ami montréalais qui se porta soldat volontaire dans les forces expéditionnaires canadiennes.

    C’est une courte partie de l’histoire de Jean-Baptiste Cantin qui sera racontée à travers la correspondance qu’a reçue le couple De Montigny. C’est aussi une histoire qui lie deux habitants de La Prairie au conflit sans précédent que fut la Première Guerre mondiale. Même s’il est souvent question d’histoire locale, celle-ci est interconnectée d’une manière ou d’une autre aux évènements ailleurs dans le monde.

    Qui est Jean-Baptiste Cantin?

    Jean-Baptiste Cantin naquit le 29 avril 1879 dans le village de Pointe-aux-Trembles, situé à l’extrémité est de l’île de Montréal. Selon son dossier du Corps expéditionnaire canadien[2], il s’est enrôlé le 22 septembre 1914 à l’âge de 35 ans. Il mesurait 1,75 mètre, avait les yeux bleus et les cheveux poivre et sel. Il fut affecté à l’unité du 14e bataillon des forces expéditionnaires canadiennes avec pour matricule 26175[3].

    Dans son dossier, il n’est mentionné que deux membres de sa famille immédiate, soit sa sœur Béatrice Tardif, à laquelle il lègue dans son testament tous ses avoirs s’il venait à mourir. Son autre sœur est Mme Joseph Marrn[4]. Célibataire, il occupait précédemment les emplois de jardinier et de cocher.

    1914

    Si l’on se fie à l’histoire du corps expéditionnaire canadien[5], bien que le Canada, en tant que dominion de l’Empire britannique, entra immédiatement en guerre en août 1914 contre les empires centraux dont l’Allemagne, le pays n’avait pas de force militaire prête à s’engager dans la Grande Guerre.

    C’est ainsi que le Canada proposa à l’Angleterre l’envoi de 25 000 hommes. 35 000 se portèrent volontaires, dont 30 617 composèrent le premier contingent[6].

    Jean-Baptiste Cantin fut l’un d’eux. Avec le corps expéditionnaire, il entreprit jusqu’en octobre, un entraînement rapide à la base militaire de Valcartier (Québec) pour ensuite être envoyé en Angleterre[7]. Cantin et le reste du corps expéditionnaire s’entraînèrent alors jusqu’à la fin janvier 1915 avant d’être envoyés en France où se déroulaient alors les combats du front de l’Ouest.

    1915

    Le 27 janvier 1915, le soldat montréalais envoya cette carte postale (voir au haut de cette page) à Domina De Montigny avec la note suivante:

    « Monsieur, Je crois que se sont les dernières nouvelles que je vous envoie sur le sol anglais. Nous somme en bonne santé. Nous partons pour la France le 1 février. J.B. Cantin »

    Celle-ci est la plus vieille carte postale de Cantin que la SHLM possède dans le fonds d’archives P20[8]. Cantin et le corps expéditionnaire canadien avaient alors terminé leur formation dans la zone d’entraînement militaire se trouvant sur la plaine de Salisbury, dans le sud-est de l’Angleterre.

    Il faudra attendre jusqu’au 30 avril avant que Cantin ne réécrive à De Montigny. Cette fois-ci, il s’agit d’une lettre envoyée à La Prairie par l’entremise du YMCA (Young Men’s Christian Association). Dans celle-ci, Cantin raconte sa blessure subie lors de la deuxième bataille d’Ypres, en Belgique :

    […] J’ai été blessé à l’épaule gauche et a la jambe droite a la hauteur de la cuisse. J’ai a vous dire que les obus des allemands sont dur car il u en a une qui a fait explosion pret de moi j’étais sur une hauteur et quand je me suis réveillé j’étais dans un fossé a plusieurs verges. Je suis encore souffrant du gaz que j’ai respiré les journeaux doivent vous en avoir parler avant moi.[9] […]

    En effet, la deuxième bataille d’Ypres a vu, pour la première fois de la guerre, l’utilisation d’armes chimiques[10] par les Allemands. Cantin et le corps expéditionnaire y subirent de graves blessures.

    Pendant le mois de mai, le soldat montréalais écrivit une autre lettre ainsi qu’une carte postale mettant au courant De Montigny de l’évolution de son séjour à l’hôpital.

    Cantin se remit de ses blessures le 10 juin et envoya une carte postale avec une question adressée à De Montigny : « Monsieur, […] quel est l’opinion de la guerre nous il suffit d’être aux tranchées pour ne rien connaitre. Écrire c’est notre seule satisfaction que nous avons dans les tranchées. Quand les obus ne nous inonde pas trop. […][11] »

    Note: Toutes les transcriptions sous les images sont exactes. Aucune correction orthographique ou grammaticale n’a été appliquée.

    ______________________________

    [1] Lucien Martin, La Prairie. Regard sur un passé glorieux. 2017, 41-51.

    [2] Bibliothèque et Archives Canada, Dossiers du personnel de la Première Guerre mondiale, Recherche : base de données, Item : Cantin, John Baptiste (26175), https://www.bac-lac.gc.ca/fra/decouvrez/patrimoine-militaire/premiere-guerre-mondiale/dossiers-personnel/Pages/item.aspx?IdNumber=86651

    [3] Idem.

    [4] Idem.

    [5] Stacey, C.P., « Corps expéditionnaire canadien ».  Dans l’Encyclopédie Canadienne. Historica Canada. Article publié février 06, 2006; Dernière modification mars 29, 2020. https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/corps-expeditionnaire-canadien

    [6] Idem.

    [7] Idem.

    [8] Fonds d’archives P20, Archilog, SHLM.

    [9] Fonds d’archives P20, Archilog, SHLM.

    [10] Roy, R.H., et Richard Foot, « Le Canada et la deuxième bataille d’Ypres ».  Dans l’Encyclopédie Canadienne. Historica Canada. Article publié juillet 27, 2006; Dernière modification décembre 04, 2018. https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/deuxieme-bataille-dypres

    [11] Fonds d’archives P20, Archilog, SHLM.

    Candidat à la maîtrise en histoire à l’Université de Montréal (UdeM), Antoine Simonato est membre du CA de la SHLM depuis quelques années.   Domina De Montigny et Albina Guérin, quelques années après leur aventure au Klondike, décidèrent en 1907 d’acheter et de rénover l’Hôtel Martin (l’actuel 228 rue Sainte-Marie). Ils tinrent cet hôtel ouvert aux voyageurs et gens des environs jusqu’en 1922[1]. C’est durant cette période, à partir de 1915, que le couple De Montigny a entretenu une correspondance par cartes postales avec un certain Jean-Baptiste Cantin, un de leur ami montréalais qui se porta soldat volontaire dans les forces expéditionnaires canadiennes. C’est une courte partie de l’histoire de Jean-Baptiste Cantin qui sera racontée à travers la correspondance qu’a reçue le couple De Montigny. C’est aussi une histoire qui lie deux habitants de La Prairie au conflit sans précédent que fut la Première Guerre mondiale. Même s’il est souvent question d’histoire locale, celle-ci est interconnectée d’une manière ou d’une autre aux évènements ailleurs dans le monde. Qui est Jean-Baptiste Cantin? Jean-Baptiste Cantin naquit le 29 avril 1879 dans le village de Pointe-aux-Trembles, situé à l’extrémité est de l’île de Montréal. Selon son dossier du Corps expéditionnaire canadien[2], il s’est enrôlé le 22 septembre 1914 à l’âge de 35 ans. Il mesurait 1,75 mètre, avait les yeux bleus et les cheveux poivre et sel. Il fut affecté à l’unité du 14e bataillon des forces expéditionnaires canadiennes avec pour matricule 26175[3]. Dans son dossier, il n’est mentionné que deux membres de sa famille immédiate, soit sa sœur Béatrice Tardif, à laquelle il lègue dans son testament tous ses avoirs s’il venait à mourir. Son autre sœur est Mme Joseph Marrn[4]. Célibataire, il occupait précédemment les emplois de jardinier et de cocher. 1914 Si l’on se fie à l’histoire du corps expéditionnaire canadien[5], bien que le Canada, en tant que dominion de l’Empire britannique, entra immédiatement en guerre en août 1914 contre les empires centraux dont l’Allemagne, le pays n’avait pas de force militaire prête à s’engager dans la Grande Guerre. C’est ainsi que le Canada proposa à l’Angleterre l’envoi de 25 000 hommes. 35 000 se portèrent volontaires, dont 30 617 composèrent le premier contingent[6]. Jean-Baptiste Cantin fut l’un d’eux. Avec le corps expéditionnaire, il entreprit jusqu’en octobre, un entraînement rapide à la base militaire de Valcartier (Québec) pour ensuite être envoyé en Angleterre[7]. Cantin et le reste du corps expéditionnaire s’entraînèrent alors jusqu’à la fin janvier 1915 avant d’être envoyés en France où se déroulaient alors les combats du front de l’Ouest. 1915 Le 27 janvier 1915, le soldat montréalais envoya cette carte postale (voir au haut de cette page) à Domina De Montigny avec la note suivante: « Monsieur, Je crois que se sont les dernières nouvelles que je vous envoie sur le sol anglais. Nous somme en bonne santé. Nous partons pour la France le 1 février. J.B. Cantin » Celle-ci est la plus vieille carte postale de Cantin que la SHLM possède dans le fonds d’archives P20[8]. Cantin et le corps expéditionnaire canadien avaient alors terminé leur formation dans la zone d’entraînement militaire se trouvant sur la plaine de Salisbury, dans le sud-est de l’Angleterre. Il faudra attendre jusqu'au 30 avril avant que Cantin ne réécrive à De Montigny. Cette fois-ci, il s’agit d’une lettre envoyée à La Prairie par l’entremise du YMCA (Young Men's Christian Association). Dans celle-ci, Cantin raconte sa blessure subie lors de la deuxième bataille d’Ypres, en Belgique : […] J’ai été blessé à l’épaule gauche et a la jambe droite a la hauteur de la cuisse. J’ai a vous dire que les obus des allemands sont dur car il u en a une qui a fait explosion pret de moi j’étais sur une hauteur et quand je me suis réveillé j’étais dans un fossé a plusieurs verges. Je suis encore souffrant du gaz que j’ai respiré les journeaux doivent vous en avoir parler avant moi.[9] […] En effet, la deuxième bataille d’Ypres a vu, pour la première fois de la guerre, l’utilisation d’armes chimiques[10] par les Allemands. Cantin et le corps expéditionnaire y subirent de graves blessures. Pendant le mois de mai, le soldat montréalais écrivit une autre lettre ainsi qu’une carte postale mettant au courant De Montigny de l’évolution de son séjour à l'hôpital. Cantin se remit de ses blessures le 10 juin et envoya une carte postale avec une question adressée à De Montigny : « Monsieur, […] quel est l’opinion de la guerre nous il suffit d’être aux tranchées pour ne rien connaitre. Écrire c’est notre seule satisfaction que nous avons dans les tranchées. Quand les obus ne nous inonde pas trop. […][11] » Note: Toutes les transcriptions sous les images sont exactes. Aucune correction orthographique ou grammaticale n’a été appliquée. ______________________________ [1] Lucien Martin, La Prairie. Regard sur un passé glorieux. 2017, 41-51. [2] Bibliothèque et Archives Canada, Dossiers du personnel de la Première Guerre mondiale, Recherche : base de données, Item : Cantin, John Baptiste (26175), https://www.bac-lac.gc.ca/fra/decouvrez/patrimoine-militaire/premiere-guerre-mondiale/dossiers-personnel/Pages/item.aspx?IdNumber=86651 [3] Idem. [4] Idem. [5] Stacey, C.P., « Corps expéditionnaire canadien ».  Dans l'Encyclopédie Canadienne. Historica Canada. Article publié février 06, 2006; Dernière modification mars 29, 2020. https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/corps-expeditionnaire-canadien [6] Idem. [7] Idem. [8] Fonds d’archives P20, Archilog, SHLM. [9] Fonds d’archives P20, Archilog, SHLM. [10] Roy, R.H., et Richard Foot, « Le Canada et la deuxième bataille d’Ypres ».  Dans l'Encyclopédie Canadienne. Historica Canada. Article publié juillet 27, 2006; Dernière modification décembre 04, 2018. https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/deuxieme-bataille-dypres [11] Fonds d’archives P20, Archilog, SHLM....

    Urbanisation et environnement

    Introduction

    J’arrive bientôt à la fin de mon baccalauréat en histoire après presque trois années passées à l’Université de Montréal. C’est l’histoire de l’environnement qui a retenu mon attention et qui continue de nourrir ma passion pour la discipline en général. La plupart du temps, lorsqu’un historien rédige l’histoire, elle reflète souvent les enjeux de son époque. Quoi de mieux que de réinterpréter un moment pivot de l’histoire de La Prairie en ces temps incertains avec la Covid-19 et la menace des changements climatiques qui se fait de plus en plus pressante. Je vous propose ici une réinterprétation de notre histoire locale.

    Urbanisation et environnement dans les années 70

    La planification urbaine de l’environnement de La Prairie a commencé très tardivement en 1965 avec un premier plan directeur d’urbanisme. En effet, La Prairie était très peu organisée d’un point de vue d’aménagements urbains, s’étalant surtout d’est en ouest par rapport au fleuve Saint-Laurent dont les habitants considéraient, durant le 19e siècle et antérieurement, ce grand cours d’eau comme une richesse devant être exploitée plutôt que leur milieu de vie. Ce premier plan de trois pages ne proposait aucun agrandissement important du vieux village, mais plutôt une réorganisation sur papier de la ville en plusieurs quartiers distincts. Il faudra attendre une dizaine d’années plus tard pour qu’arrive un plan directeur d’urbanisme beaucoup plus ambitieux.

    Parait alors dans l’édition du journal Le Reflet du mercredi 28 août 1974 l’annonce du nouveau projet de développement urbain à 300 millions de dollars par la compagnie GOREDCO (Gulf Oil Real Estate Development Co.) Claudette Houde, membre active de la SHLM, fait part d’un commentaire du ministre des Affaires municipales de l’époque sur le projet en question :

    « Le ministre des Affaires municipales, le Dr Victor Goldbloom, s’est réjoui de la volonté de la Compagnie qui veut préserver et créer de nombreux espaces verts. Cette protection de l’environnement devrait pouvoir contribuer à une meilleure qualité de vie dans cette ville nouvelle que l’on veut une réponse réelle aux besoins des habitants. »

    Dans son plan directeur, GOREDCO souhaitait améliorer la qualité de vie des habitants de La Prairie, urbaniser 2 600 acres supplémentaires sur tout le territoire de 10 510 acres dont 1 450 l’étaient déjà. De ces 2 600 acres, il était prévu que 520 acres seraient transformés en parcs et terrains de jeux, soit l’équivalent de 20%. Les promoteurs de GOREDCO avaient amené avec eux à La Prairie cette idéologie urbaine de nouvelle-ville, née aux États-Unis au début des années 60 et se voulant différents de l’organisation des banlieues traditionnelles d’après-guerre par sa vision « libérale, progressiste, et inclusive ». Cette idéologie amenait une conception nouvelle du rôle que devait avoir l’environnement dans la vie de banlieue :  

    « Like many American reformers, Rouse wholly believed in the ability of the physical environment to improve community and individual character. […] “We must believe because it is true, that people are affected by their environment-by space and scale, by color and texture, by nature and beauty; that they can be uplifted, made comfortable, important; become more productive workers, more agreeable clients, more expensive customers.” This belief in the effect of environment on character guided his new town’s design. »

     

    Introduction J’arrive bientôt à la fin de mon baccalauréat en histoire après presque trois années passées à l’Université de Montréal. C’est l’histoire de l’environnement qui a retenu mon attention et qui continue de nourrir ma passion pour la discipline en général. La plupart du temps, lorsqu’un historien rédige l’histoire, elle reflète souvent les enjeux de son époque. Quoi de mieux que de réinterpréter un moment pivot de l’histoire de La Prairie en ces temps incertains avec la Covid-19 et la menace des changements climatiques qui se fait de plus en plus pressante. Je vous propose ici une réinterprétation de notre histoire locale. Urbanisation et environnement dans les années 70 La planification urbaine de l’environnement de La Prairie a commencé très tardivement en 1965 avec un premier plan directeur d’urbanisme. En effet, La Prairie était très peu organisée d’un point de vue d’aménagements urbains, s’étalant surtout d’est en ouest par rapport au fleuve Saint-Laurent dont les habitants considéraient, durant le 19e siècle et antérieurement, ce grand cours d’eau comme une richesse devant être exploitée plutôt que leur milieu de vie. Ce premier plan de trois pages ne proposait aucun agrandissement important du vieux village, mais plutôt une réorganisation sur papier de la ville en plusieurs quartiers distincts. Il faudra attendre une dizaine d’années plus tard pour qu’arrive un plan directeur d’urbanisme beaucoup plus ambitieux. Parait alors dans l’édition du journal Le Reflet du mercredi 28 août 1974 l’annonce du nouveau projet de développement urbain à 300 millions de dollars par la compagnie GOREDCO (Gulf Oil Real Estate Development Co.) Claudette Houde, membre active de la SHLM, fait part d’un commentaire du ministre des Affaires municipales de l’époque sur le projet en question : « Le ministre des Affaires municipales, le Dr Victor Goldbloom, s’est réjoui de la volonté de la Compagnie qui veut préserver et créer de nombreux espaces verts. Cette protection de l’environnement devrait pouvoir contribuer à une meilleure qualité de vie dans cette ville nouvelle que l’on veut une réponse réelle aux besoins des habitants. » Dans son plan directeur, GOREDCO souhaitait améliorer la qualité de vie des habitants de La Prairie, urbaniser 2 600 acres supplémentaires sur tout le territoire de 10 510 acres dont 1 450 l’étaient déjà. De ces 2 600 acres, il était prévu que 520 acres seraient transformés en parcs et terrains de jeux, soit l’équivalent de 20%. Les promoteurs de GOREDCO avaient amené avec eux à La Prairie cette idéologie urbaine de nouvelle-ville, née aux États-Unis au début des années 60 et se voulant différents de l’organisation des banlieues traditionnelles d’après-guerre par sa vision « libérale, progressiste, et inclusive ». Cette idéologie amenait une conception nouvelle du rôle que devait avoir l’environnement dans la vie de banlieue :   « Like many American reformers, Rouse wholly believed in the ability of the physical environment to improve community and individual character. […] “We must believe because it is true, that people are affected by their environment-by space and scale, by color and texture, by nature and beauty; that they can be uplifted, made comfortable, important; become more productive workers, more agreeable clients, more expensive customers.” This belief in the effect of environment on character guided his new town’s design. »  ...

    Urbanisation et environnement (suite 1)

    Un aperçu de ce que devait être La Prairie à la fin du projet de GOREDCO.

     

    Par sa vision moderne et futuriste de la banlieue, le projet fut accueilli avec bienveillance autant par les politiciens fédéraux que par les provinciaux et municipaux de l’époque. Deux jours seulement après l’annonce du projet, un éditorial paru dans Le Reflet l’appuya fortement tout en s’attaquant à une éventuelle opposition citoyenne.

    « Avec la publication du rapport sur le plan de développement de La Prairie par la compagnie GOREDCO, les éternellement sceptiques qui peuplent notre vieille cité en    prennent pour leur rhume. […] Rien n’est ménagé pour allier le sain environnement de la campagne à la proximité des services […] De nombreux obstacles restent à surmonter, dont l’adhésion de la population n’est pas le moindre. […] Il serait regrettable qu’il divise une population dont il ne veut que servir les intérêts. »

    Cette opposition se concrétisa finalement durant la campagne électorale de 1975 à La Prairie avec un opposant au maire sortant Jean-Marie Lamoureux, soit Roméo Brisson. Il avait comme slogan « GULF ne doit pas décider de la planification de La Prairie » et sa plateforme consistait à donner plus de pouvoir à la ville en matière d’aménagement en y renforçant les corps municipaux. Néanmoins, Lamoureux se fit réélire, donnant raison ainsi aux partisans de la ville nouvelle. Une majorité des acteurs de La Prairie désiraient donc voir ce grand projet se concrétiser. Les politiciens allaient de l’avant en faisant la promotion qu’une meilleure vie citoyenne allait de pair avec un bel environnement, mais ils espéraient aussi que La Prairie puisse obtenir une certaine indépendance par rapport à Montréal grâce au raccordement futur aux réseaux techniques.

    Dans son plan directeur, GOREDCO mentionne qu’elle a travaillé avec la Direction générale de l’urbanisme du  Ministère des Affaires municipales pour élaborer trois schémas d’aménagements possibles à atteindre. Tous ces schémas ont comme points communs l’accroissement démographique et le raccordement de la population aux réseaux techniques dans le but de favoriser une plus grande indépendance pour La Prairie.

     

    Un aperçu de ce que devait être La Prairie à la fin du projet de GOREDCO.   Par sa vision moderne et futuriste de la banlieue, le projet fut accueilli avec bienveillance autant par les politiciens fédéraux que par les provinciaux et municipaux de l’époque. Deux jours seulement après l’annonce du projet, un éditorial paru dans Le Reflet l’appuya fortement tout en s’attaquant à une éventuelle opposition citoyenne. « Avec la publication du rapport sur le plan de développement de La Prairie par la compagnie GOREDCO, les éternellement sceptiques qui peuplent notre vieille cité en    prennent pour leur rhume. […] Rien n’est ménagé pour allier le sain environnement de la campagne à la proximité des services […] De nombreux obstacles restent à surmonter, dont l’adhésion de la population n’est pas le moindre. […] Il serait regrettable qu’il divise une population dont il ne veut que servir les intérêts. » Cette opposition se concrétisa finalement durant la campagne électorale de 1975 à La Prairie avec un opposant au maire sortant Jean-Marie Lamoureux, soit Roméo Brisson. Il avait comme slogan « GULF ne doit pas décider de la planification de La Prairie » et sa plateforme consistait à donner plus de pouvoir à la ville en matière d’aménagement en y renforçant les corps municipaux. Néanmoins, Lamoureux se fit réélire, donnant raison ainsi aux partisans de la ville nouvelle. Une majorité des acteurs de La Prairie désiraient donc voir ce grand projet se concrétiser. Les politiciens allaient de l’avant en faisant la promotion qu’une meilleure vie citoyenne allait de pair avec un bel environnement, mais ils espéraient aussi que La Prairie puisse obtenir une certaine indépendance par rapport à Montréal grâce au raccordement futur aux réseaux techniques. Dans son plan directeur, GOREDCO mentionne qu’elle a travaillé avec la Direction générale de l’urbanisme du  Ministère des Affaires municipales pour élaborer trois schémas d’aménagements possibles à atteindre. Tous ces schémas ont comme points communs l’accroissement démographique et le raccordement de la population aux réseaux techniques dans le but de favoriser une plus grande indépendance pour La Prairie.  ...

    Urbanisation et environnement (suite 2)

    En effet, la ville fut autrefois une seigneurie possédant un immense territoire qui comprenait les territoires actuels de  Brossard, Candiac, Delson, Saint-Philippe et Sainte-Catherine. Les années 50 vont voir la création de nouvelles municipalités comme Brossard (1958) et Candiac (1957), encadrant La Prairie sur deux côtés. Les villes de Longueuil, Saint-Bruno de  Montarville, Brossard, Boucherville et Châteauguay virent leur population augmenter entre les années 60 et 90, surtout grâce à la construction d’infrastructures comme l’autoroute 132 et le développement du boulevard Taschereau. Ces différentes municipalités avaient toutes accès à des ponts permettant de traverser le fleuve pour accéder à la métropole centre contrairement à La Prairie, ceci les rendant attrayantes pour les travailleurs.

    Le plan de GOREDCO était alors prometteur pour les citoyens et l’administration municipale de La Prairie qui entrevoyaient un raccordement aux réseaux techniques dans les années 70. Trois raccordements majeurs furent pris en considération dans le plan d’urbanisation :

    1. la future autoroute 30
    2. l’aménagement et la modernisation de systèmes de canalisations et d’aqueducs couvrant tout le territoire urbanisé
    3. le rapprochement des développements urbains vers la ligne de service d’Hydro-Québec où les fils électriques seraient enfouis

    Ce plan directeur offrait une solution pour faire face au long déclin que connaissait la ville depuis la fin du 19e siècle, après la construction du pont Victoria.

    Un témoignage anonyme d’un citoyen de La Prairie de cette époque, publié dans Le Reflet, nous renseigne un peu plus sur les rapports que les Laprairiens entretenaient avec l’environnement et l’état de leur ville :

    « Je suis un citoyen, payeur de taxes et j’habite le vieux La Prairie. Depuis des années, j’entends des plaintes sur mon quartier : les rues sont abîmées, les trottoirs sont rapiécés, on n’a pas de puisards pour l’eau de pluie, etc., etc. Depuis 5 ou 6 ans que les ingénieurs ont averti la Ville que notre système d’égout présente de sérieux dangers pour l’hygiène publique. Dans le vieux La Prairie, le système d’aqueduc date de 50 ans. À certains endroits, il y a encore des tuyaux de bois. Des bris de tuyaux d’égouts pourraient amener des infiltrations dans l’eau potable […] Un vieux système d’égouts et d’aqueduc c’est un peu comme une vieille auto, quand ça ne fonctionne plus ou mal il faut se résigner à changer même si ça coûte des sous. »

     

    Un regroupement d’unités le long de la rivière Saint-Jacques faisant face en même temps à Montréal, se situant vers l’entrée ouest de La Prairie. On prévoyait donner un accès à l’eau aux occupants de ces unités, ainsi qu’un pont permettant de traverser de l’autre côté de la rivière.

     

    En effet, la ville fut autrefois une seigneurie possédant un immense territoire qui comprenait les territoires actuels de  Brossard, Candiac, Delson, Saint-Philippe et Sainte-Catherine. Les années 50 vont voir la création de nouvelles municipalités comme Brossard (1958) et Candiac (1957), encadrant La Prairie sur deux côtés. Les villes de Longueuil, Saint-Bruno de  Montarville, Brossard, Boucherville et Châteauguay virent leur population augmenter entre les années 60 et 90, surtout grâce à la construction d’infrastructures comme l’autoroute 132 et le développement du boulevard Taschereau. Ces différentes municipalités avaient toutes accès à des ponts permettant de traverser le fleuve pour accéder à la métropole centre contrairement à La Prairie, ceci les rendant attrayantes pour les travailleurs. Le plan de GOREDCO était alors prometteur pour les citoyens et l’administration municipale de La Prairie qui entrevoyaient un raccordement aux réseaux techniques dans les années 70. Trois raccordements majeurs furent pris en considération dans le plan d’urbanisation : la future autoroute 30 l’aménagement et la modernisation de systèmes de canalisations et d’aqueducs couvrant tout le territoire urbanisé le rapprochement des développements urbains vers la ligne de service d’Hydro-Québec où les fils électriques seraient enfouis Ce plan directeur offrait une solution pour faire face au long déclin que connaissait la ville depuis la fin du 19e siècle, après la construction du pont Victoria. Un témoignage anonyme d’un citoyen de La Prairie de cette époque, publié dans Le Reflet, nous renseigne un peu plus sur les rapports que les Laprairiens entretenaient avec l’environnement et l’état de leur ville : « Je suis un citoyen, payeur de taxes et j’habite le vieux La Prairie. Depuis des années, j’entends des plaintes sur mon quartier : les rues sont abîmées, les trottoirs sont rapiécés, on n’a pas de puisards pour l’eau de pluie, etc., etc. Depuis 5 ou 6 ans que les ingénieurs ont averti la Ville que notre système d’égout présente de sérieux dangers pour l’hygiène publique. Dans le vieux La Prairie, le système d’aqueduc date de 50 ans. À certains endroits, il y a encore des tuyaux de bois. Des bris de tuyaux d’égouts pourraient amener des infiltrations dans l’eau potable […] Un vieux système d’égouts et d’aqueduc c’est un peu comme une vieille auto, quand ça ne fonctionne plus ou mal il faut se résigner à changer même si ça coûte des sous. »   Un regroupement d’unités le long de la rivière Saint-Jacques faisant face en même temps à Montréal, se situant vers l’entrée ouest de La Prairie. On prévoyait donner un accès à l’eau aux occupants de ces unités, ainsi qu’un pont permettant de traverser de l’autre côté de la rivière.  ...

    Urbanisation et environnement (suite 3)

    Vue sur le lac de la Citière

     

    Par sa position géographique stratégique par rapport à Montréal, La Prairie était donc une ville idéale pour le projet ville nouvelle. Ville idéale où pour réussir ce raccordement, il fallait procéder à une modernisation de l’ancien village ainsi qu’au drainage de la majeure partie des 2 600 acres prévu dans le projet d’urbanisation. Le plan directeur de GOREDCO comprend sept pages sur la façon dont la compagnie aurait procédé à la transformation de l’environnement. Un environnement composé en grande partie de milieux humides s’étalant au sud, à proximité des terres agricoles, où l’eau s’accumule en raison de la topographie plane du sol.

    Le projet de GOREDCO eut pour conséquence directe une réaction presque immédiate du milieu culturel. Les discussions du projet avaient commencé bien avant 1974, soit en juillet 1972 où la compagnie mentionne à la page 9 de son plan : « En juillet 1972, GOREDCO était invitée à considérer l'aménagement d'un projet du type Restons à La Prairie. Dans les mois qui suivirent cette demande, une étude de praticabilité fut terminée, et en juillet 1973, GOREDCO concluait au bon mérite de cette proposition. » La même année (1972), la Société d’histoire de La Prairie vit le jour et amorça des démarches judiciaires avec le ministère des Affaires culturelles dans le but de sauvegarder et d’empêcher le déclin progressif du vieux La Prairie. Le 23 juillet 1975, l’arrondissement historique fut déclaré protégé en y établissant une zone tampon :

    « Ces aires de protection ont été déterminées en 1974 afin de contrer, entre autres, un développement de type intégré (commercial / résidentiel) sur les terrains situés de part et d’autre du bourg. Comme évoqué dans le contexte, l’entreprise GOREDCO avait commencé en 1972 une série d’études pour l’implantation d’un ensemble autonome. Le zonage permettant à cette époque la construction d’immeubles de douze étages, le décret d’arrondissement a donc servi à protéger des perspectives visuelles sur le bourg et son principal point de repère, le clocher de l’église. […] On ajoute que : les critères 4 et 5 définissent un rayon prioritaire qu’il est indispensable d’englober dans les limites d’un arrondissement  historique. Un certain   dégagement autour du vieux secteur est à prévoir immédiatement, avant que les travaux de voirie et de construction ne détruisent l’impact visuel, et ne rendent impossibles les fouilles archéologiques. »

    La réaction de la Société d’histoire a provoqué des limitations et des complications pour la compagnie dans l’aménagement physique de La Prairie ainsi que pour le raccordement et la modernisation d’un réseau technique, en l’occurrence celui des canalisations. Ce fut ce qui retarda, avec la récession économique de 1974, l’aménagement physique du territoire de la ville. Finalement, seul le quartier de la Citière put voir le jour selon le plan de GOREDCO, car en 1978, la compagnie abandonna l’idée des villes nouvelles pour se tourner vers des appartements « jardins ». Elle a donc vendu ses actifs de La Prairie au groupe Quint – Montréal Real Estate Development qui continua les développements urbains à La Prairie.

     

    Vue sur le lac de la Citière   Par sa position géographique stratégique par rapport à Montréal, La Prairie était donc une ville idéale pour le projet ville nouvelle. Ville idéale où pour réussir ce raccordement, il fallait procéder à une modernisation de l’ancien village ainsi qu’au drainage de la majeure partie des 2 600 acres prévu dans le projet d’urbanisation. Le plan directeur de GOREDCO comprend sept pages sur la façon dont la compagnie aurait procédé à la transformation de l’environnement. Un environnement composé en grande partie de milieux humides s’étalant au sud, à proximité des terres agricoles, où l’eau s’accumule en raison de la topographie plane du sol. Le projet de GOREDCO eut pour conséquence directe une réaction presque immédiate du milieu culturel. Les discussions du projet avaient commencé bien avant 1974, soit en juillet 1972 où la compagnie mentionne à la page 9 de son plan : « En juillet 1972, GOREDCO était invitée à considérer l'aménagement d'un projet du type Restons à La Prairie. Dans les mois qui suivirent cette demande, une étude de praticabilité fut terminée, et en juillet 1973, GOREDCO concluait au bon mérite de cette proposition. » La même année (1972), la Société d’histoire de La Prairie vit le jour et amorça des démarches judiciaires avec le ministère des Affaires culturelles dans le but de sauvegarder et d’empêcher le déclin progressif du vieux La Prairie. Le 23 juillet 1975, l’arrondissement historique fut déclaré protégé en y établissant une zone tampon : « Ces aires de protection ont été déterminées en 1974 afin de contrer, entre autres, un développement de type intégré (commercial / résidentiel) sur les terrains situés de part et d’autre du bourg. Comme évoqué dans le contexte, l’entreprise GOREDCO avait commencé en 1972 une série d’études pour l’implantation d’un ensemble autonome. Le zonage permettant à cette époque la construction d’immeubles de douze étages, le décret d’arrondissement a donc servi à protéger des perspectives visuelles sur le bourg et son principal point de repère, le clocher de l’église. […] On ajoute que : les critères 4 et 5 définissent un rayon prioritaire qu’il est indispensable d’englober dans les limites d’un arrondissement  historique. Un certain   dégagement autour du vieux secteur est à prévoir immédiatement, avant que les travaux de voirie et de construction ne détruisent l’impact visuel, et ne rendent impossibles les fouilles archéologiques. » La réaction de la Société d’histoire a provoqué des limitations et des complications pour la compagnie dans l’aménagement physique de La Prairie ainsi que pour le raccordement et la modernisation d’un réseau technique, en l’occurrence celui des canalisations. Ce fut ce qui retarda, avec la récession économique de 1974, l’aménagement physique du territoire de la ville. Finalement, seul le quartier de la Citière put voir le jour selon le plan de GOREDCO, car en 1978, la compagnie abandonna l’idée des villes nouvelles pour se tourner vers des appartements « jardins ». Elle a donc vendu ses actifs de La Prairie au groupe Quint – Montréal Real Estate Development qui continua les développements urbains à La Prairie.  ...