Sélection d'une édition

    Élite et petite noblesse « quittent » le Canada en 1760-1761…?

    En novembre 2019, l’éditeur et historien Conrad Black signait une chronique dans le National Post de Toronto dans lequel il affirmait qu’à la fin du Régime français l’élite de notre société coloniale avait quitté volontairement (departed) leur patrie pour s’expatrier en France… mais, qu’en est-il au juste ?

    D’entrée de jeu, nous reconnaissons que cette affirmation non fondée a été partagée, à tort selon l’historien Marcel Trudel, par plusieurs collègues alors que celle-ci n’était appuyée que sur une base historique nébuleuse du clergé canadien, et non sur des faits.« La perte du Canada s’acheva par une émigration massive des officiers des compagnies de la Marine… un élément d’explication, l’absence de liens profonds avec le Canada » sic… – Boris Lesueur, Introduction à l’histoire des troupes de la Marine sous l’Ancien Régime, dans : Répertoire des Officiers des Troupes de la Marine au Canada, 1683-1760. pages 81-82. Si M. Black avait changé qu’une seule lettre de ce mot clé, à savoir « deported » au lieu de « departed », cela changerait pour plusieurs, tout le sens et la compréhension de l’histoire du Canada qui a fait suite à la guerre de conquête.

    Cette distorsion des faits historiques évoquée par M. Black laisse implicitement sous-entendre qu’au départ des troupes de l’Armée de terre française en 1760, l’élite ainsi que la petite noblesse militaire de la Nouvelle-France auraient volontairement suivi celles-ci et serait rentrée en France en abandonnant son peuple à lui-même. Selon M. Black le vacuum ainsi créé aurait été rempli par notre « très Sainte Mère l’Église » le clergé qui, lui, resta fidèlement au service de ce petit peuple canadien abandonné.

    Il faut savoir que suite à cette guerre de conquête une étude exhaustive des Troupes de la Marine présente en Nouvelle-France nous apprend que 75 % des officiers ainsi que la vaste majorité des soldats de la colonie étaient en fait, des Canadiens de naissance. En 1760, en service au Canada : 194 officiers de la Marine (excluant de 20 à 30 cadets)… dont 145 étaient nés au pays. –  Répertoire des Officiers des Troupes de la Marine au Canada, 1683-1760… Marcel Fournier – 2017.Il faut aussi admettre que même si les articles #3 et #17 de L’Acte de Capitulation de Montréal « … Toute la garnison de Montréal doit mettre bas les armes et ne servira point pendant la présente guerre… ces Troupes se rendront à Québec pour y être embarquées pour le premier port de France (Bordeaux et/ou La Rochelle), par le plus court chemin. … ». – Articles de la Capitulation de Montréal.accordaient aux troupes de l’Armée de terre française ainsi qu’aux Troupes de la colonie de retourner prestement en France, les Canadiens, eux, croyaient que cette mesure de protocole militaire n’était que transitoire, et qu’elle prendrait fin en même temps que la guerre. Et, il va de soi que les Canadiens avaient l’intention de revenir chez eux, aussitôt que possible, à la fin de la guerre en Europe… selon l’esprit des derniers articles #54 et #55 de l’Acte de Capitulation. «  … et si quelques-uns de ces officiers avaient des affaires au Canada, il leur sera permis d’y revenir. ». – Art.# 54

    Mais, le commandant en chef de l’armée britannique en Amérique ne voyait pas l’avenir de ces soldats coloniaux canadiens de la même façon, surtout dans ce qui deviendrait bientôt la nouvelle colonie anglaise… la « Province of Québec ». En effet le général Jeffery Amherst avait donné ses ordres à savoir qu’il ne devait pas y avoir d’exceptions aux départs des troupes françaises et surtout pour ceux de la Marine, allant même jusqu’à dire en quittant ses troupes pour New York en novembre 1760 : « … j’ai été très explicite et je répète que ces soldats doivent retourner en France, qu’ils soient mariés ou non ! Et pour prévenir la désertion appréhendée de ceux qui se sont mariés au Canada vous devez bien les surveiller et même de les garder, le plus longtemps possible, dans l’ignorance de leur destination. » Instructions du général Amherst au capitaine Anthony Wheelock (à Québec) ; Albany, 17 novembre 1760. PRO. War Office 34/98 / Amherst Papers,/ f.175r-177v.

    Notons que plus tôt en cette dernière année de guerre, au tout début des hostilités à Sainte-Foy, le 28 avril 1760, la très glorieuse prestation des Troupes de la Marine au centre du champ de bataille avait été la clef de la victoire de l’armée française (voir carte #1). En fait, lors de ce dernier grand affrontement de la guerre en Amérique, « … ces Troupes canadiennes avaient été les seuls à ne jamais avoir céder un seul pouce à l’ennemi… » – Vaudreuil au ministre Berryer, 3 mai 1760, LAC, MG1, AC, C11A, vol.105, f.14, reel F-105. l’élite de la Marine ; les six compagnies de Grenadiers accompagnés de quatre compagnies de « Canadiens de Montréal », De là l’origine du terme… « les glorieux Canadiens de Montréal ». avaient lors de cette deuxième bataille sur les Plaines d’Abraham, fait culbuter et humilier à la « bayonet the 15th of Foot » le régiment personnel du général Amherst. « … en une demi-heure, la moitié de nos officiers et de nos 400 soldats sont tombés. Le corps a été brisé et a retraité à sa position antérieure… » – James Miller, soldat du 15th Regiment ; auteur de : Memoirs of an Invalid. – CKS, U1350/Z9A Ceci justifiait sûrement pour le général Amherst le non-retour au pays de ces redoutables troupes coloniales. Les troupes de l’Armée de terre française avaient combattu pour leur roi tandis que les Troupes de la Colonie et les miliciens, eux, s’étaient battus avec un courage hors du commun pour leur Patrie !

     

    En novembre 2019, l’éditeur et historien Conrad Black signait une chronique dans le National Post de Toronto dans lequel il affirmait qu’à la fin du Régime français l’élite de notre société coloniale avait quitté volontairement (departed) leur patrie pour s’expatrier en France... mais, qu’en est-il au juste ? D’entrée de jeu, nous reconnaissons que cette affirmation non fondée a été partagée, à tort selon l’historien Marcel Trudel, par plusieurs collègues alors que celle-ci n’était appuyée que sur une base historique nébuleuse du clergé canadien, et non sur des faits.« La perte du Canada s’acheva par une émigration massive des officiers des compagnies de la Marine… un élément d’explication, l’absence de liens profonds avec le Canada » sic... - Boris Lesueur, Introduction à l’histoire des troupes de la Marine sous l’Ancien Régime, dans : Répertoire des Officiers des Troupes de la Marine au Canada, 1683-1760. pages 81-82. Si M. Black avait changé qu’une seule lettre de ce mot clé, à savoir « deported » au lieu de « departed », cela changerait pour plusieurs, tout le sens et la compréhension de l’histoire du Canada qui a fait suite à la guerre de conquête. Cette distorsion des faits historiques évoquée par M. Black laisse implicitement sous-entendre qu’au départ des troupes de l’Armée de terre française en 1760, l’élite ainsi que la petite noblesse militaire de la Nouvelle-France auraient volontairement suivi celles-ci et serait rentrée en France en abandonnant son peuple à lui-même. Selon M. Black le vacuum ainsi créé aurait été rempli par notre « très Sainte Mère l’Église » le clergé qui, lui, resta fidèlement au service de ce petit peuple canadien abandonné. Il faut savoir que suite à cette guerre de conquête une étude exhaustive des Troupes de la Marine présente en Nouvelle-France nous apprend que 75 % des officiers ainsi que la vaste majorité des soldats de la colonie étaient en fait, des Canadiens de naissance. En 1760, en service au Canada : 194 officiers de la Marine (excluant de 20 à 30 cadets)… dont 145 étaient nés au pays. -  Répertoire des Officiers des Troupes de la Marine au Canada, 1683-1760... Marcel Fournier – 2017.Il faut aussi admettre que même si les articles #3 et #17 de L’Acte de Capitulation de Montréal « … Toute la garnison de Montréal doit mettre bas les armes et ne servira point pendant la présente guerre… ces Troupes se rendront à Québec pour y être embarquées pour le premier port de France (Bordeaux et/ou La Rochelle), par le plus court chemin. ... ». - Articles de la Capitulation de Montréal.accordaient aux troupes de l’Armée de terre française ainsi qu’aux Troupes de la colonie de retourner prestement en France, les Canadiens, eux, croyaient que cette mesure de protocole militaire n’était que transitoire, et qu’elle prendrait fin en même temps que la guerre. Et, il va de soi que les Canadiens avaient l’intention de revenir chez eux, aussitôt que possible, à la fin de la guerre en Europe... selon l’esprit des derniers articles #54 et #55 de l’Acte de Capitulation. «  … et si quelques-uns de ces officiers avaient des affaires au Canada, il leur sera permis d’y revenir. ». - Art.# 54 Mais, le commandant en chef de l’armée britannique en Amérique ne voyait pas l’avenir de ces soldats coloniaux canadiens de la même façon, surtout dans ce qui deviendrait bientôt la nouvelle colonie anglaise... la « Province of Québec ». En effet le général Jeffery Amherst avait donné ses ordres à savoir qu’il ne devait pas y avoir d’exceptions aux départs des troupes françaises et surtout pour ceux de la Marine, allant même jusqu’à dire en quittant ses troupes pour New York en novembre 1760 : « … j’ai été très explicite et je répète que ces soldats doivent retourner en France, qu’ils soient mariés ou non ! Et pour prévenir la désertion appréhendée de ceux qui se sont mariés au Canada vous devez bien les surveiller et même de les garder, le plus longtemps possible, dans l’ignorance de leur destination. » Instructions du général Amherst au capitaine Anthony Wheelock (à Québec) ; Albany, 17 novembre 1760. PRO. War Office 34/98 / Amherst Papers,/ f.175r-177v. Notons que plus tôt en cette dernière année de guerre, au tout début des hostilités à Sainte-Foy, le 28 avril 1760, la très glorieuse prestation des Troupes de la Marine au centre du champ de bataille avait été la clef de la victoire de l’armée française (voir carte #1). En fait, lors de ce dernier grand affrontement de la guerre en Amérique, « … ces Troupes canadiennes avaient été les seuls à ne jamais avoir céder un seul pouce à l’ennemi... » - Vaudreuil au ministre Berryer, 3 mai 1760, LAC, MG1, AC, C11A, vol.105, f.14, reel F-105. l’élite de la Marine ; les six compagnies de Grenadiers accompagnés de quatre compagnies de « Canadiens de Montréal », De là l’origine du terme... « les glorieux Canadiens de Montréal ». avaient lors de cette deuxième bataille sur les Plaines d’Abraham, fait culbuter et humilier à la « bayonet the 15th of Foot » le régiment personnel du général Amherst. « … en une demi-heure, la moitié de nos officiers et de nos 400 soldats sont tombés. Le corps a été brisé et a retraité à sa position antérieure... » - James Miller, soldat du 15th Regiment ; auteur de : Memoirs of an Invalid. - CKS, U1350/Z9A Ceci justifiait sûrement pour le général Amherst le non-retour au pays de ces redoutables troupes coloniales. Les troupes de l’Armée de terre française avaient combattu pour leur roi tandis que les Troupes de la Colonie et les miliciens, eux, s’étaient battus avec un courage hors du commun pour leur Patrie !  ...

    Élite et petite noblesse « quittent » en 1760-1761 …? (suite)

    À La Prairie-de-la-Magdeleine il y avait plusieurs officiers de la Marine qui désiraient demeurer et/ou revenir au Canada, et la famille Mézière de L’Espervanche en était un bon exemple. En 1760 cette famille de la noblesse avait quatre fils en service dans les troupes coloniales : Alphonse-Marie – capitaine, 34 ans, Charles-Barromée –  lieutenant, 32 ans, Jean-Marie – enseigne-en-pied, 27 ans, ainsi que le jeune Eustache – enseigne, 20 ans. Leur mère, Louise-Suzanne Nolan, 58 ans, ainsi que leurs sœurs ; Marie-Josephe, 30 ans et Louise-Antoinette, 23 ans, demeuraient à La Prairie depuis le décès en 1750 de leur père Charles-François, également officier de la Marine et ancien commandant des forts de Chambly et de La Prairie. Charles-Barommée était le seul des quatre frères à être marié ; son épouse était Marie-Anne Testard de Montigny.

    Un des grands héros de la Nouvelle-France demeurait depuis peu à La Prairie, il s’agissait d’un autre lieutenant de la Marine du nom de Louis-Joseph Gaultier de La Vérendrye, 43 ans. Louis-Joseph avait, en secondes noces, marié à La Prairie Louise-Antoinette Mézière de L’Espervanche le 31 janvier 1758. Né à Varennes, Louis-Joseph était le plus jeune fils de feu Pierre Gaultier de Varennes et de La Vérendrye avec qui il avait été au nombre des tout premiers explorateurs à découvrir les montagnes Rocheuses en 1743-44.

    Suite à la capitulation de Montréal et le départ obligatoire des Troupes en octobre 1760, le jeune Eustache avait été le seul officier de la famille Mézière à avoir quitté sur les navires anglais depuis Québec avec le gros de cette armée… destination La Rochelle. Les autres officiers de la famille, tous nés au pays, ont eu la permission de vaquer provisoirement à leurs affaires et ont dû, pour se conformer aux ordres du Général Amherst, quitter leur patrie l’année suivante pour se rendre en France.

    En effet, à Québec le 15 octobre 1761, le lieutenant Louis-Joseph Gaultier de La Vérendrye montait abord du navire « l’Auguste » avec ses trois beaux-frères Mézière de L’Espervanche, tout en laissant à La Prairie sa femme Louise-Antoinette ainsi que les autres femmes de sa belle-famille Mézière… car ces officiers croyaient qu’ils allaient tous revenir, tout au plus, dans quelques mois !

    Un mois plus tard, soit le 15 novembre 1761, dans une mer déchaînée un grand malheur arriva… « l’Auguste » fait naufrage au large du Cap Breton avec à son bord 153 passagers dont une vingtaine d’officiers de la Marine ainsi que certains membres de leurs familles et plusieurs soldats et matelots. Quelques-uns survécurent, dont les deux frères aînés de la famille Mézière et non les autres qui avaient également quitté La Prairie.

     

    À La Prairie-de-la-Magdeleine il y avait plusieurs officiers de la Marine qui désiraient demeurer et/ou revenir au Canada, et la famille Mézière de L’Espervanche en était un bon exemple. En 1760 cette famille de la noblesse avait quatre fils en service dans les troupes coloniales : Alphonse-Marie – capitaine, 34 ans, Charles-Barromée –  lieutenant, 32 ans, Jean-Marie – enseigne-en-pied, 27 ans, ainsi que le jeune Eustache – enseigne, 20 ans. Leur mère, Louise-Suzanne Nolan, 58 ans, ainsi que leurs sœurs ; Marie-Josephe, 30 ans et Louise-Antoinette, 23 ans, demeuraient à La Prairie depuis le décès en 1750 de leur père Charles-François, également officier de la Marine et ancien commandant des forts de Chambly et de La Prairie. Charles-Barommée était le seul des quatre frères à être marié ; son épouse était Marie-Anne Testard de Montigny. Un des grands héros de la Nouvelle-France demeurait depuis peu à La Prairie, il s’agissait d’un autre lieutenant de la Marine du nom de Louis-Joseph Gaultier de La Vérendrye, 43 ans. Louis-Joseph avait, en secondes noces, marié à La Prairie Louise-Antoinette Mézière de L’Espervanche le 31 janvier 1758. Né à Varennes, Louis-Joseph était le plus jeune fils de feu Pierre Gaultier de Varennes et de La Vérendrye avec qui il avait été au nombre des tout premiers explorateurs à découvrir les montagnes Rocheuses en 1743-44. Suite à la capitulation de Montréal et le départ obligatoire des Troupes en octobre 1760, le jeune Eustache avait été le seul officier de la famille Mézière à avoir quitté sur les navires anglais depuis Québec avec le gros de cette armée… destination La Rochelle. Les autres officiers de la famille, tous nés au pays, ont eu la permission de vaquer provisoirement à leurs affaires et ont dû, pour se conformer aux ordres du Général Amherst, quitter leur patrie l’année suivante pour se rendre en France. En effet, à Québec le 15 octobre 1761, le lieutenant Louis-Joseph Gaultier de La Vérendrye montait abord du navire « l’Auguste » avec ses trois beaux-frères Mézière de L’Espervanche, tout en laissant à La Prairie sa femme Louise-Antoinette ainsi que les autres femmes de sa belle-famille Mézière... car ces officiers croyaient qu’ils allaient tous revenir, tout au plus, dans quelques mois ! Un mois plus tard, soit le 15 novembre 1761, dans une mer déchaînée un grand malheur arriva... « l’Auguste » fait naufrage au large du Cap Breton avec à son bord 153 passagers dont une vingtaine d’officiers de la Marine ainsi que certains membres de leurs familles et plusieurs soldats et matelots. Quelques-uns survécurent, dont les deux frères aînés de la famille Mézière et non les autres qui avaient également quitté La Prairie.  ...

    Élite et petite noblesse « quittent » le Canada en 1760-1761…? (suite 1)

    Durant les derniers jours de l’année 1760, les officiers et soldats canadiens de la Marine qui étaient maintenant à La Rochelle et à Bordeaux avaient appris peu de temps après leur arrivée que le roi licenciait le Corps de la Marine. Afin de poursuivre une carrière militaire, les Canadiens étaient invités à se rendre à Rochefort ou Poitiers pour s’engager dans l’infanterie d’un régiment régulier de l’Armée de Terre. La réaction devant cette trahison ? Selon le Sieur De Senneterre, Maréchal-des-Logis au Régiment de Languedoc : « … aucun n’a voulu y Entendre, et leur Réponse, quazy unanime, a Eté qu’ils Sçavoient le chemin d’Halifax, et qu’ils trouveraient bien le moyen de se rendre En Canada.. ». Lettre du sieur De Senneterre, Maréchal-des-Logis ; La Rochelle, 19 décembre 1760, SHD, série A1, vol. 3574, pièce 148. Enfin, de Halifax tous ces Canadiens, individuellement ou en petits groupes, iraient en bateau ou par une longue marche au travers la forêt de l’Acadie se rendre au bord du Saint-Laurent et enfin chez eux !

    Sur un total de 145 officiers canadiens de la Marine déportés en 1760 et 1761, nous avons répertorié seulement que le tiers de ceux-ci ; ainsi que la vaste majorité de leurs soldats, qui ont réussi à faire le trajet de retour « incognito » au Canada par tous les moyens à leur disposition. Il faut noter également qu’au début de l’année 1760 le roi de France avait aussi renoncé à ses dettes canadiennes, ce qui eut pour conséquence première que plusieurs de ses officiers de la Marine ; seigneurs et/ou fournisseurs de l’armée étaient maintenant ruinés. Cette situation en prédisposait plusieurs à poursuivre leur carrière militaire en France et, même s’ils le désiraient ardemment, à ne pas revenir au Canada et ainsi faire face à leurs nombreux créanciers.

    Un jeune officier de la Marine qui fut expulsé du Canada était un certain célibataire âgé de 28 ans, l’officier cadet « Joseph LeBeau », un des onze fils militaires de feu Marien LeBeau (1692-1758), ancien capitaine de milice de la Longue-Pointe de Montréal. Joseph (Jean-Louis) n’avait pas fait partie des déserteurs après la Capitulation de Montréal et, le 18 octobre 1760, il avait été déporté (Deported … M. Black) sur un des nombreux navires britanniques avec son capitaine et son unité de la Marine. Joseph arriva au port de La Rochelle le 19 décembre 1760… au pays que son grand-père avait quitté presque un siècle plus tôt ; pays étranger où il ne connaissait personne.

    En conclusion, la vaste majorité des officiers ou soldats des Troupes de la Marine nés en Nouvelle-France n’ont pas quitté leur patrie volontairement comme l’affirmait Conrad Black, ils ont tous été forcés à l’exil selon les conditions de « L’Acte de Capitulation de Montréal » et surtout, la volonté revancharde du commandant en chef des Troupes de Terre britanniques, le général Jeffery Amherst.

    Post-Scriptum :

    Les frères aînés, Alphonse-Marie et Charles-Barromée Mézière de L’Espervanche, tous deux nés au Canada et survivants du naufrage de l’Auguste, sont morts une quinzaine d’années plus tard à Mayenne, Normandie, la région natale de leur père. Charles-Barromée Mézière décède en 1773 à Laval, Mayenne, France, et Alphonse-Marie Mézière décède trois ans plus tard en 1776 à Château-Gontier, Mayenne, France. Le jeune Eustache Mézière est décédé le 25/11/1821 après un long service militaire qui se termina à Saint-André, Île de La Réunion près de Madagascar.

    N’ayant revu aucun de ses quatre fils après la déportation des troupes en 1760 et 1761 Marie-Suzanne Nolan, 81 ans, est morte de chagrin à Montréal le jour de Noël 1782. Également décédée à Montréal, sa fille Marie-Josephe le 24 mars 1772 ; et toujours veuve à 90 ans, la cadette de ses filles, Louise-Antoinette Mézière de La Vérendrye (sans postérité) est aussi décédée à Montréal, le 3 mars 1825.

    Heureusement pour l’auteur, quelques mois après son retour « incognito » du port de La Rochelle, France, son ancêtre Joseph LeBeau a uni sa destinée de façon expéditive le 18 janvier 1762 avec la douce Marie-Madeleine Payet à Repentigny. Ils eurent une très nombreuse progéniture. Mais, comme ses frères et plusieurs anciens militaires canadiens de la Marine, Joseph a dû tout faire, pendant les premières années d’occupation, pour ne pas être facilement identifié par les autorités britanniques.

     

    Durant les derniers jours de l’année 1760, les officiers et soldats canadiens de la Marine qui étaient maintenant à La Rochelle et à Bordeaux avaient appris peu de temps après leur arrivée que le roi licenciait le Corps de la Marine. Afin de poursuivre une carrière militaire, les Canadiens étaient invités à se rendre à Rochefort ou Poitiers pour s’engager dans l’infanterie d’un régiment régulier de l’Armée de Terre. La réaction devant cette trahison ? Selon le Sieur De Senneterre, Maréchal-des-Logis au Régiment de Languedoc : « … aucun n’a voulu y Entendre, et leur Réponse, quazy unanime, a Eté qu’ils Sçavoient le chemin d’Halifax, et qu’ils trouveraient bien le moyen de se rendre En Canada.. ». Lettre du sieur De Senneterre, Maréchal-des-Logis ; La Rochelle, 19 décembre 1760, SHD, série A1, vol. 3574, pièce 148. Enfin, de Halifax tous ces Canadiens, individuellement ou en petits groupes, iraient en bateau ou par une longue marche au travers la forêt de l’Acadie se rendre au bord du Saint-Laurent et enfin chez eux ! Sur un total de 145 officiers canadiens de la Marine déportés en 1760 et 1761, nous avons répertorié seulement que le tiers de ceux-ci ; ainsi que la vaste majorité de leurs soldats, qui ont réussi à faire le trajet de retour « incognito » au Canada par tous les moyens à leur disposition. Il faut noter également qu’au début de l’année 1760 le roi de France avait aussi renoncé à ses dettes canadiennes, ce qui eut pour conséquence première que plusieurs de ses officiers de la Marine ; seigneurs et/ou fournisseurs de l’armée étaient maintenant ruinés. Cette situation en prédisposait plusieurs à poursuivre leur carrière militaire en France et, même s’ils le désiraient ardemment, à ne pas revenir au Canada et ainsi faire face à leurs nombreux créanciers. Un jeune officier de la Marine qui fut expulsé du Canada était un certain célibataire âgé de 28 ans, l’officier cadet « Joseph LeBeau », un des onze fils militaires de feu Marien LeBeau (1692-1758), ancien capitaine de milice de la Longue-Pointe de Montréal. Joseph (Jean-Louis) n’avait pas fait partie des déserteurs après la Capitulation de Montréal et, le 18 octobre 1760, il avait été déporté (Deported ... M. Black) sur un des nombreux navires britanniques avec son capitaine et son unité de la Marine. Joseph arriva au port de La Rochelle le 19 décembre 1760… au pays que son grand-père avait quitté presque un siècle plus tôt ; pays étranger où il ne connaissait personne. En conclusion, la vaste majorité des officiers ou soldats des Troupes de la Marine nés en Nouvelle-France n’ont pas quitté leur patrie volontairement comme l’affirmait Conrad Black, ils ont tous été forcés à l’exil selon les conditions de « L’Acte de Capitulation de Montréal » et surtout, la volonté revancharde du commandant en chef des Troupes de Terre britanniques, le général Jeffery Amherst. Post-Scriptum : Les frères aînés, Alphonse-Marie et Charles-Barromée Mézière de L’Espervanche, tous deux nés au Canada et survivants du naufrage de l’Auguste, sont morts une quinzaine d’années plus tard à Mayenne, Normandie, la région natale de leur père. Charles-Barromée Mézière décède en 1773 à Laval, Mayenne, France, et Alphonse-Marie Mézière décède trois ans plus tard en 1776 à Château-Gontier, Mayenne, France. Le jeune Eustache Mézière est décédé le 25/11/1821 après un long service militaire qui se termina à Saint-André, Île de La Réunion près de Madagascar. N’ayant revu aucun de ses quatre fils après la déportation des troupes en 1760 et 1761 Marie-Suzanne Nolan, 81 ans, est morte de chagrin à Montréal le jour de Noël 1782. Également décédée à Montréal, sa fille Marie-Josephe le 24 mars 1772 ; et toujours veuve à 90 ans, la cadette de ses filles, Louise-Antoinette Mézière de La Vérendrye (sans postérité) est aussi décédée à Montréal, le 3 mars 1825. Heureusement pour l’auteur, quelques mois après son retour « incognito » du port de La Rochelle, France, son ancêtre Joseph LeBeau a uni sa destinée de façon expéditive le 18 janvier 1762 avec la douce Marie-Madeleine Payet à Repentigny. Ils eurent une très nombreuse progéniture. Mais, comme ses frères et plusieurs anciens militaires canadiens de la Marine, Joseph a dû tout faire, pendant les premières années d’occupation, pour ne pas être facilement identifié par les autorités britanniques.  ...

    Jean Deshayes, géographe du roi

    Finalement après 335 ans passés au fonds des Archives de la Marine en France, une ancienne carte refait surface et vient conclure la synthèse autour de la première route terrestre de la Nouvelle-France. Et, du fait de sa rigueur, cette carte géographique vient clore le débat et le désabusement autour du tracé initial du fameux « Chemin de Chambly » et de fait… du tout premier « Chemin du Roy » de la colonie.

    Immanquablement depuis environ deux siècles, nos historiens canadiens affirmaient qu’en 1665 le premier « Chemin du Roy » de la colonie qui se rendait de Chambly à Montréal passait par… Longueuil et ceci, sans qu’aucun parmi eux n’élabore la moindre preuve crédible pour appuyer cette affirmation. Cette situation provoquait un enchaînement de déconvenues ; un certain   scepticisme de la part d’historiens plutôt cartésiens, car cette hypothèse ne semait que le doute et très peu de certitudes.

     
    Mais enfin, cette carte géographique de première importance est l’œuvre de Jean Deshayes (1650-1706) ; homme de science, cartographe, hydrographe, et géographe du roi qui en 1685 accompagnait M. Jacques-René Brisay, marquis de Denonville le nouveau gouverneur désigné de la Nouvelle-France. Monsieur le marquis était un militaire de carrière, général de cavalerie dans les armées de France, à qui Louis XIV avait confié le mandat de se rendre à Québec afin de préparer la colonie pour une guerre imminente contre l’Iroquoisie.

    Monsieur de Denonville était à la tête d’un imposant corps d’armée, c’est-à-dire un régiment de Troupes de la Marine qui s’élevait à 35 compagnies de 50 hommes. De plus, Monsieur le marquis avait avec lui deux hommes émérites pour remplir sa mission, à savoir ; Robert de Villeneuve, ingénieur militaire recommandé par Vauban ainsi que Jean Deshayes, astronome, mathématicien et géographe du roi.

    Traversant l’Atlantique sur La Diligente, la frégate du roi amarra au quai de Québec le 1er août 1685. Avant l’hiver Monsieur le Gouverneur se devait de visiter tous les principaux forts de la colonie ; donc, accompagné de Jean Deshayes, de Villeneuve et d’une compagnie de soldats de la Marine, il se rendit en barque jusqu’à Montréal au début du mois de septembre 1685. Un peu plus tard, il était de nouveau sur le Saint-Laurent jusqu’au lac Ontario afin d’évaluer les défenses du fort Frontenac. Par la suite, Denonville et sa compagnie étaient de retour à Montréal au tout début du mois d’octobre.

    Lors de ce voyage, Jean Deshayes avait pour mission de cartographier le fleuve Saint-Laurent et ses environs. Afin de réaliser ce travail de première importance, Deshayes utilise des instruments scientifiques à la fine pointe de la technologie. On trouvera dans les Archives du Séminaire de Québec son relevé géodésique de Québec au lac Ontario ; avec latitudes et déclinaisons de la boussole, soit à la page 18 de son… « Recueil de ce qui sert à la navigation particulière de la rivière Saint-Laurent et de ce qui peut contri-buer à la méthode générale de lever des cartes. »Il fait aussi usage de triangulation pour tracer les rives du fleuve et exécute ainsi les premiers travaux géographiques et géodésiques modernes sur le Saint-Laurent entre la ville de Québec et le lac Ontario.

    Dès son retour à Montréal, le gouverneur visite avec Louis-Hector de Callière, le gouverneur militaire de Montréal, tous les endroits où il faudra ériger des forts. Denonville se rend à la mission de La Montagne, à Lachine et ensuite il traverse le Saint-Laurent pour se rendre à la mission de La Prairie. Après coup, sur sa monture, Denonville poursuit la visite des forts par un long trajet de 30 km sur un chemin semi-carrossable qui se rendait en direction sud/sud-est de la seigneurie de La Prairie, jusqu’à l’ancien fort Sainte-Thérèse. Mais chemin faisant, le gouverneur s’arrêtera au fort de Chambly où il rencontrera le commandant de la petite garnison, le capitaine Pierre de Saint-Ours d’Eschaillons.

    Jean Deshayes accompagne Denonville dans tous ses déplacements et il nous laisse non seulement une carte de la région de Montréal, mais également le tracé original du « Chemin de Chambly » en 1685, exactement 20 ans après la « construction » de ce tout premier « Chemin du Roi » par les soldats du Régiment de Carignan-Salières.

     

    Finalement après 335 ans passés au fonds des Archives de la Marine en France, une ancienne carte refait surface et vient conclure la synthèse autour de la première route terrestre de la Nouvelle-France. Et, du fait de sa rigueur, cette carte géographique vient clore le débat et le désabusement autour du tracé initial du fameux « Chemin de Chambly » et de fait... du tout premier « Chemin du Roy » de la colonie. Immanquablement depuis environ deux siècles, nos historiens canadiens affirmaient qu’en 1665 le premier « Chemin du Roy » de la colonie qui se rendait de Chambly à Montréal passait par... Longueuil et ceci, sans qu’aucun parmi eux n’élabore la moindre preuve crédible pour appuyer cette affirmation. Cette situation provoquait un enchaînement de déconvenues ; un certain   scepticisme de la part d’historiens plutôt cartésiens, car cette hypothèse ne semait que le doute et très peu de certitudes.   Mais enfin, cette carte géographique de première importance est l’œuvre de Jean Deshayes (1650-1706) ; homme de science, cartographe, hydrographe, et géographe du roi qui en 1685 accompagnait M. Jacques-René Brisay, marquis de Denonville le nouveau gouverneur désigné de la Nouvelle-France. Monsieur le marquis était un militaire de carrière, général de cavalerie dans les armées de France, à qui Louis XIV avait confié le mandat de se rendre à Québec afin de préparer la colonie pour une guerre imminente contre l’Iroquoisie. Monsieur de Denonville était à la tête d’un imposant corps d’armée, c’est-à-dire un régiment de Troupes de la Marine qui s’élevait à 35 compagnies de 50 hommes. De plus, Monsieur le marquis avait avec lui deux hommes émérites pour remplir sa mission, à savoir ; Robert de Villeneuve, ingénieur militaire recommandé par Vauban ainsi que Jean Deshayes, astronome, mathématicien et géographe du roi. Traversant l’Atlantique sur La Diligente, la frégate du roi amarra au quai de Québec le 1er août 1685. Avant l’hiver Monsieur le Gouverneur se devait de visiter tous les principaux forts de la colonie ; donc, accompagné de Jean Deshayes, de Villeneuve et d’une compagnie de soldats de la Marine, il se rendit en barque jusqu’à Montréal au début du mois de septembre 1685. Un peu plus tard, il était de nouveau sur le Saint-Laurent jusqu’au lac Ontario afin d’évaluer les défenses du fort Frontenac. Par la suite, Denonville et sa compagnie étaient de retour à Montréal au tout début du mois d’octobre. Lors de ce voyage, Jean Deshayes avait pour mission de cartographier le fleuve Saint-Laurent et ses environs. Afin de réaliser ce travail de première importance, Deshayes utilise des instruments scientifiques à la fine pointe de la technologie. On trouvera dans les Archives du Séminaire de Québec son relevé géodésique de Québec au lac Ontario ; avec latitudes et déclinaisons de la boussole, soit à la page 18 de son… « Recueil de ce qui sert à la navigation particulière de la rivière Saint-Laurent et de ce qui peut contri-buer à la méthode générale de lever des cartes. »Il fait aussi usage de triangulation pour tracer les rives du fleuve et exécute ainsi les premiers travaux géographiques et géodésiques modernes sur le Saint-Laurent entre la ville de Québec et le lac Ontario. Dès son retour à Montréal, le gouverneur visite avec Louis-Hector de Callière, le gouverneur militaire de Montréal, tous les endroits où il faudra ériger des forts. Denonville se rend à la mission de La Montagne, à Lachine et ensuite il traverse le Saint-Laurent pour se rendre à la mission de La Prairie. Après coup, sur sa monture, Denonville poursuit la visite des forts par un long trajet de 30 km sur un chemin semi-carrossable qui se rendait en direction sud/sud-est de la seigneurie de La Prairie, jusqu’à l’ancien fort Sainte-Thérèse. Mais chemin faisant, le gouverneur s’arrêtera au fort de Chambly où il rencontrera le commandant de la petite garnison, le capitaine Pierre de Saint-Ours d’Eschaillons. Jean Deshayes accompagne Denonville dans tous ses déplacements et il nous laisse non seulement une carte de la région de Montréal, mais également le tracé original du « Chemin de Chambly » en 1685, exactement 20 ans après la « construction » de ce tout premier « Chemin du Roi » par les soldats du Régiment de Carignan-Salières.  ...

    Jean Deshayes, géographe du roi (suite 1)

    Aussi, il apparaît sur cette carte le court chemin qui menait du fort Chambly vers l’ancien fort Sainte-Thérèse, situé à la tête des rapides du Richelieu, à 7,5 km au sud de Chambly. À noter : ce petit chemin fut également  « construit » par le Régiment de Carignan-Salières au mois d’octobre de l’année 1665. (Note 1)

    Conséquemment, il n’y a plus de doute possible, Jean Deshayes le géographe accompli de Louis XIV met fin aux débats provoqués par l’amateurisme cartographique de François-Joseph LeMercier en 1665 (Note 2) et il confirme que la plus ancienne route terrestre de la colonie, le premier « Chemin de Chambly », qui se rendait de Chambly vers Montréal en 1665, passait en effet par… La Prairie-de-la-Magdeleine !

     

    Note 1:

    Le matin du 22 octobre 1665, la centaine de soldats des capitaines Hector d’Andigné de Grandfontaine et de Pierre Saint-Paul de Lamotte débutent les travaux sur l’ancien sentier du portage entre les forts Sainte-Thérèse et Chambly.

    Le 26 octobre, 3 autres compagnies du Régiment de Carignan-Salières, à savoir celles de : MM. Henri Chastelard marquis de Salières, Balthazard de La Flotte de La Fredière ainsi que celle d’Antoine Pécaudy de Contrecœur se rendront à Montréal, en barque via Sorel, pour y passer l’hiver. Et, le tiers d’entre eux, suivant le tracé d’un ancien sentier « sauvage », reçurent les ordres de M. de Salières : « il commanda à trente six hommes avec six officiers ou Sergens pour aller travailler à faire un chemin entre le fort Chambly et Montréal »… (La Prairie).

    – Le Régiment de Carignan-Salières — Marcel Fournier et Michel Langlois — 2014 – (Ces deux auteurs ont substitué le nom de « Longueuil » à celui de… « Montréal »).

    Note 2:

    François-Joseph LeMercier (1604-1690) est Recteur et Supérieur des missions des Jésuites de la colonie à compter du 6 août 1665 et il réside à Québec. Le Père LeMercier n’est ni cartographe ni géographe, mais, par contre, il est l’auteur de la petite carte des forts du Richelieu de 1665.

    Selon certains historiens, il n’était pas sur les lieux au moment de la construction des forts ce qui expliquerait, entre autres que : « …  dans ses Relations en 1665, le père LeMercier avait attribué l’érection du fort de Richelieu (Saurel) à Monsieur de Chambly et celle du fort Saint-Louis (Chambly) à Monsieur de Saurel ; c’est le seul à commettre cette erreur… ».

    – Le Fort Sainte-Thérèse et la Nouvelle-France, page 152 — Réal Fortin — 2003.

     

    Aussi, il apparaît sur cette carte le court chemin qui menait du fort Chambly vers l’ancien fort Sainte-Thérèse, situé à la tête des rapides du Richelieu, à 7,5 km au sud de Chambly. À noter : ce petit chemin fut également  « construit » par le Régiment de Carignan-Salières au mois d’octobre de l’année 1665. (Note 1) Conséquemment, il n’y a plus de doute possible, Jean Deshayes le géographe accompli de Louis XIV met fin aux débats provoqués par l’amateurisme cartographique de François-Joseph LeMercier en 1665 (Note 2) et il confirme que la plus ancienne route terrestre de la colonie, le premier « Chemin de Chambly », qui se rendait de Chambly vers Montréal en 1665, passait en effet par... La Prairie-de-la-Magdeleine !   Note 1: Le matin du 22 octobre 1665, la centaine de soldats des capitaines Hector d’Andigné de Grandfontaine et de Pierre Saint-Paul de Lamotte débutent les travaux sur l’ancien sentier du portage entre les forts Sainte-Thérèse et Chambly. Le 26 octobre, 3 autres compagnies du Régiment de Carignan-Salières, à savoir celles de : MM. Henri Chastelard marquis de Salières, Balthazard de La Flotte de La Fredière ainsi que celle d’Antoine Pécaudy de Contrecœur se rendront à Montréal, en barque via Sorel, pour y passer l’hiver. Et, le tiers d’entre eux, suivant le tracé d’un ancien sentier « sauvage », reçurent les ordres de M. de Salières : « il commanda à trente six hommes avec six officiers ou Sergens pour aller travailler à faire un chemin entre le fort Chambly et Montréal »... (La Prairie). – Le Régiment de Carignan-Salières — Marcel Fournier et Michel Langlois — 2014 – (Ces deux auteurs ont substitué le nom de « Longueuil » à celui de... « Montréal »). Note 2: François-Joseph LeMercier (1604-1690) est Recteur et Supérieur des missions des Jésuites de la colonie à compter du 6 août 1665 et il réside à Québec. Le Père LeMercier n’est ni cartographe ni géographe, mais, par contre, il est l’auteur de la petite carte des forts du Richelieu de 1665. Selon certains historiens, il n’était pas sur les lieux au moment de la construction des forts ce qui expliquerait, entre autres que : « ...  dans ses Relations en 1665, le père LeMercier avait attribué l’érection du fort de Richelieu (Saurel) à Monsieur de Chambly et celle du fort Saint-Louis (Chambly) à Monsieur de Saurel ; c’est le seul à commettre cette erreur... ». – Le Fort Sainte-Thérèse et la Nouvelle-France, page 152 — Réal Fortin — 2003.  ...

    Jean Deshayes, géographe du roi (suite 2)

    Cette carte est le fruit d’un pionnier des sciences au Canada, Jean Deshayes, désigné par Louis XIV pour effectuer des relevés du fleuve Saint-Laurent.

    À l’automne 1685, Deshayes voyage jusqu’au lac Ontario. Au retour, il observe une éclipse de lune, ce qui lui permet de calculer la longitude de Québec. Durant l’hiver, il parcourt la côte sud et l’île d’Orléans en raquettes, comptant chacun de ses pas pour mesurer les distances.

    Équipé d’une barque et d’un canot d’écorce, il sonde et cartographie l’année suivante l’estuaire du Saint-Laurent jusqu’à Sept-Îles. Pendant tout l’été, il collige des données utiles à la navigation sur le fleuve, travail fondé sur les connaissances mathématiques et astronomiques les plus à jour.

    Menés dans des conditions difficiles, de tels travaux de trigonométrie n’avaient encore jamais été tentés en milieu colonial ni sur mer. L’exploit de Deshayes est tout à fait notable.

     

     

    Cette carte est le fruit d’un pionnier des sciences au Canada, Jean Deshayes, désigné par Louis XIV pour effectuer des relevés du fleuve Saint-Laurent. À l’automne 1685, Deshayes voyage jusqu’au lac Ontario. Au retour, il observe une éclipse de lune, ce qui lui permet de calculer la longitude de Québec. Durant l’hiver, il parcourt la côte sud et l’île d’Orléans en raquettes, comptant chacun de ses pas pour mesurer les distances. Équipé d’une barque et d’un canot d’écorce, il sonde et cartographie l’année suivante l’estuaire du Saint-Laurent jusqu’à Sept-Îles. Pendant tout l’été, il collige des données utiles à la navigation sur le fleuve, travail fondé sur les connaissances mathématiques et astronomiques les plus à jour. Menés dans des conditions difficiles, de tels travaux de trigonométrie n’avaient encore jamais été tentés en milieu colonial ni sur mer. L’exploit de Deshayes est tout à fait notable.    ...

    Le chemin royal de Chambly

    Le 15 octobre 1673, le capitaine Jacques de Chambly accorda officiellement les concessions de sa seigneurie devant le notaire royal Antoine Adhémar. Les terres les plus à l'ouest par rapport au fort Chambly (en direction de La Prairie) étaient situées sur la côte dite « Mont-Royal », le long de la rivière L’Acadie. La dernière de ces terres fut concédée à René Dumas dit Rencontre, un jeune soldat d'à peine 22 ans.

    Après cinq années de durs labeurs, Dumas, insatisfait du rendement de ses terres trop humides se décida à quitter ce milieu plutôt malsain.

    René Dumas déménagea à l'été 1678 avec sa jeune famille en un lieu facilement accessible à pied, la seigneurie voisine de La Prairie-de-la-Magdeleine. Il s’y rendit, par le seul chemin qui passait devant sa porte, le « Chemin Royal de Chambly », lequel le menait non seulement à La Prairie, mais, s’il le souhaitait, en canot à Montréal (Lachine) où on lui avait également offert une concession, offre qu'il déclina.

    René Dumas dit Rencontre reçut des Jésuites, seigneurs de La Prairie-de-la-Magdeleine, une des terres situées le plus à l'est par rapport au fort de La Prairie, à savoir sur la côte Saint-Claude, à moins de 3 heures de marche de ses nombreuses terres de Chambly qu'il cherchera à vendre.

    Trois ans plus tard, lors du recensement de 1681, René Dumas, sa femme Marie Lelong, ainsi que leurs cinq enfants sont bien installés dans leur habitation à La Prairie. En 1687-88, les Dumas seront rejoints à La Prairie par d'autres pionniers de Chambly qui ont également choisi de quitter leurs terres. Ce sont Louis Bariteau dit Lamarche et François Bourassa dit LaRonde. Jean LeBeau dit l'Alouette et quatre autres familles de Chambly sont partis à Boucherville et quatre autres familles migrèrent vers Montréal. Curieusement, aucune de ces familles ne se rendra à Longueuil. Combien de pionniers de Chambly se seraient rendus à pied vers Longueuil si un tel chemin avait existé?

    Quelques années plus tard, en mai 1698, Pieter Schuyler maire d'Albany, ainsi que son frère Johannes sont venus ici en mission diplomatique pour le comte de Bellomont, le nouveau gouverneur de New York. Leur mission consistait à se rendre à Montréal avec une vingtaine de prisonniers français et ensuite de poursuivre vers Québec afin de rencontrer le gouverneur Frontenac et lui annoncer que le traité de Ryswick avait mis fin à la guerre en Europe.

     
    Selon le récit de Pieter Schuyler (Journey and Negociation at Canada, July 22, 1698), une fois arrivés au poste de contrôle du fort Chambly le 17 mai 1698, pour atteindre Montréal le lendemain, les deux frères n’avaient d’autre choix que d’emprunter le même chemin qu'ils avaient utilisé en 1690 et 1691, soit le seul chemin reliant Chambly à Montréal via La Prairie!

    Le 12 juin 1698, à son retour de Québec, Pieter Schuyler se trouve en présence de Louis-Hector de Callière gouverneur militaire de Montréal. La petite seigneurie de Longueuil est directement face à lui sur la rive-sud du fleuve Saint-Laurent et la seigneurie de La Prairie, elle, est à une lieue et demie (7,3 km) au sud-ouest.

     

    Le 15 octobre 1673, le capitaine Jacques de Chambly accorda officiellement les concessions de sa seigneurie devant le notaire royal Antoine Adhémar. Les terres les plus à l'ouest par rapport au fort Chambly (en direction de La Prairie) étaient situées sur la côte dite « Mont-Royal », le long de la rivière L’Acadie. La dernière de ces terres fut concédée à René Dumas dit Rencontre, un jeune soldat d'à peine 22 ans. Après cinq années de durs labeurs, Dumas, insatisfait du rendement de ses terres trop humides se décida à quitter ce milieu plutôt malsain. René Dumas déménagea à l'été 1678 avec sa jeune famille en un lieu facilement accessible à pied, la seigneurie voisine de La Prairie-de-la-Magdeleine. Il s’y rendit, par le seul chemin qui passait devant sa porte, le « Chemin Royal de Chambly », lequel le menait non seulement à La Prairie, mais, s’il le souhaitait, en canot à Montréal (Lachine) où on lui avait également offert une concession, offre qu'il déclina. René Dumas dit Rencontre reçut des Jésuites, seigneurs de La Prairie-de-la-Magdeleine, une des terres situées le plus à l'est par rapport au fort de La Prairie, à savoir sur la côte Saint-Claude, à moins de 3 heures de marche de ses nombreuses terres de Chambly qu'il cherchera à vendre. Trois ans plus tard, lors du recensement de 1681, René Dumas, sa femme Marie Lelong, ainsi que leurs cinq enfants sont bien installés dans leur habitation à La Prairie. En 1687-88, les Dumas seront rejoints à La Prairie par d'autres pionniers de Chambly qui ont également choisi de quitter leurs terres. Ce sont Louis Bariteau dit Lamarche et François Bourassa dit LaRonde. Jean LeBeau dit l'Alouette et quatre autres familles de Chambly sont partis à Boucherville et quatre autres familles migrèrent vers Montréal. Curieusement, aucune de ces familles ne se rendra à Longueuil. Combien de pionniers de Chambly se seraient rendus à pied vers Longueuil si un tel chemin avait existé? Quelques années plus tard, en mai 1698, Pieter Schuyler maire d'Albany, ainsi que son frère Johannes sont venus ici en mission diplomatique pour le comte de Bellomont, le nouveau gouverneur de New York. Leur mission consistait à se rendre à Montréal avec une vingtaine de prisonniers français et ensuite de poursuivre vers Québec afin de rencontrer le gouverneur Frontenac et lui annoncer que le traité de Ryswick avait mis fin à la guerre en Europe.   Selon le récit de Pieter Schuyler (Journey and Negociation at Canada, July 22, 1698), une fois arrivés au poste de contrôle du fort Chambly le 17 mai 1698, pour atteindre Montréal le lendemain, les deux frères n’avaient d’autre choix que d’emprunter le même chemin qu'ils avaient utilisé en 1690 et 1691, soit le seul chemin reliant Chambly à Montréal via La Prairie! Le 12 juin 1698, à son retour de Québec, Pieter Schuyler se trouve en présence de Louis-Hector de Callière gouverneur militaire de Montréal. La petite seigneurie de Longueuil est directement face à lui sur la rive-sud du fleuve Saint-Laurent et la seigneurie de La Prairie, elle, est à une lieue et demie (7,3 km) au sud-ouest.  ...

    Le chemin royal de Chambly (suite 1)

    Pourtant, plutôt que de traverser à Longueuil, le chemin de retour vers Chambly passera via La Prairie, seul chemin existant d’alors, le « Chemin royal de Chambly ».

    Selon l'article no 14 de L'Acte de Capitulation de Montréal, les dirigeants et officiers de la Nouvelle-France se devaient, avant de quitter la colonie, de remettre aux Britanniques « et de bonne foi, toutes les cartes et plans du pays », ce qui fut accordé.

    Celles-ci servirent immédiatement à Jonathan Carver, cartographe et capitaine colonial du Massachusetts, pour la confection de sa carte de l'île de Montréal et de ses environs publiée le 7 octobre 1763. Le capitaine Carver situe et nomme explicitement le « Chemin de Chambly » comme étant le seul et unique chemin reliant Chambly à Montréal via La Prairie. (A Particular Survey of the Isles of Montreal ). dit « from The French Surveys » ce qui en fait une carte du Régime français).

    Un siècle plus tard en 1863, le British War Office publie une carte de la rive-sud de Montréal basée sur les relevés que le général Charles Gore avait réalisés en 1837. En effet, 75 ans après la Conquête cette carte indique que tous les chemins allant vers l'intérieur des terres à partir des villages de Varennes, Boucherville et Longueuil sont classés comme étant impraticables en été, ce sont tous des « winter roads ». Le chemin de Longueuil est aussi classé comme étant devenu un « planked road », chemin de madriers aplanis et rondins à utiliser à vos risques et périls. Sur cette carte de Gore, le seul chemin qui se rend à Chambly et Saint-Jean en 1837, en été comme en hiver, est toujours le chemin de La Magdeleine de La Prairie, le vieux « Chemin royal de Chambly ».

    La nouvelle carte topographique en couleurs de « Data & Imagery Open Street Map » nous indique avec précision « l'hydrographie présumée » où étaient situées ces grandes zones marécageuses autour de Chambly et de la vallée du Richelieu. Et surtout, cette carte indique comment en 1665, les soldats du régiment de Carignan pouvaient éviter ces marécages comme l'ont toujours fait, sur une période d'une décennie (1668-1678), près de 300 Iroquois convertis migrants entre Gandaouagué près d'Albany et Kentaké près de La Prairie-de-la-Magdeleine.

    En conclusion, il y a une belle unanimité entre la science moderne et tous ces nombreux cartographes: les Français Samuel de Champlain et Levasseur de Néré, le Hollandais Samuel Johannes Holland, les Anglais John Montressor et le général Charles Gore, l’Allemand Ludwig Cancrinus ainsi que l'Américain Jonathan Carver. Tous s’accordent pour situer le tout premier « Chemin de Chambly » entre le fort Chambly et La Prairie!

     

    Pourtant, plutôt que de traverser à Longueuil, le chemin de retour vers Chambly passera via La Prairie, seul chemin existant d’alors, le « Chemin royal de Chambly ». Selon l'article no 14 de L'Acte de Capitulation de Montréal, les dirigeants et officiers de la Nouvelle-France se devaient, avant de quitter la colonie, de remettre aux Britanniques « et de bonne foi, toutes les cartes et plans du pays », ce qui fut accordé. Celles-ci servirent immédiatement à Jonathan Carver, cartographe et capitaine colonial du Massachusetts, pour la confection de sa carte de l'île de Montréal et de ses environs publiée le 7 octobre 1763. Le capitaine Carver situe et nomme explicitement le « Chemin de Chambly » comme étant le seul et unique chemin reliant Chambly à Montréal via La Prairie. (A Particular Survey of the Isles of Montreal ). dit « from The French Surveys » ce qui en fait une carte du Régime français). Un siècle plus tard en 1863, le British War Office publie une carte de la rive-sud de Montréal basée sur les relevés que le général Charles Gore avait réalisés en 1837. En effet, 75 ans après la Conquête cette carte indique que tous les chemins allant vers l'intérieur des terres à partir des villages de Varennes, Boucherville et Longueuil sont classés comme étant impraticables en été, ce sont tous des « winter roads ». Le chemin de Longueuil est aussi classé comme étant devenu un « planked road », chemin de madriers aplanis et rondins à utiliser à vos risques et périls. Sur cette carte de Gore, le seul chemin qui se rend à Chambly et Saint-Jean en 1837, en été comme en hiver, est toujours le chemin de La Magdeleine de La Prairie, le vieux « Chemin royal de Chambly ». La nouvelle carte topographique en couleurs de « Data & Imagery Open Street Map » nous indique avec précision « l'hydrographie présumée » où étaient situées ces grandes zones marécageuses autour de Chambly et de la vallée du Richelieu. Et surtout, cette carte indique comment en 1665, les soldats du régiment de Carignan pouvaient éviter ces marécages comme l'ont toujours fait, sur une période d'une décennie (1668-1678), près de 300 Iroquois convertis migrants entre Gandaouagué près d'Albany et Kentaké près de La Prairie-de-la-Magdeleine. En conclusion, il y a une belle unanimité entre la science moderne et tous ces nombreux cartographes: les Français Samuel de Champlain et Levasseur de Néré, le Hollandais Samuel Johannes Holland, les Anglais John Montressor et le général Charles Gore, l’Allemand Ludwig Cancrinus ainsi que l'Américain Jonathan Carver. Tous s’accordent pour situer le tout premier « Chemin de Chambly » entre le fort Chambly et La Prairie!  ...

    Le chemin « royal » de Chambly

    Vers 1665 au début de la colonie, le « chemin de Chambly » qui reliait le fort stratégique de Chambly sur le Richelieu au fleuve Saint-Laurent, et à Montréal, fut reconnu comme étant le premier lien routier de la Nouvelle-France. En effet, les historiens qui nous ont précédés, sans trop se questionner sur ce qui semblait être une évidence, ont toujours soutenu l'hypothèse que ce titre de « premier lien routier » revenait au chemin reliant les villes de Chambly et de Longueuil, mais qu'en est-il?

    Suite à la réapparition d'une ancienne carte française datée de 1717, il nous est permis de croire que cette hypothèse ne tient plus la route. Après analyse de plusieurs cartes et documents d'archives, nous croyons plutôt que le premier chemin reliant le fort de Chambly à Montréal, le soi-disant tout premier « chemin de Chambly », passait par La Prairie!

    À l'automne de 1665, après la construction de plusieurs forts sur le Richelieu, M. Henri Chastelard Marquis de Salières, colonel commandant du Régiment de Carignan reçut ordre du nouveau gouverneur de la Nouvelle-France, Monsieur Daniel de Rémy de Courcelles, de construire avant l'hiver un chemin pour relier le nouveau fort de Chambly au fleuve Saint-Laurent et à Montréal.

     

     

    CARTE NO.1

    Plan des Forts faicts par le Régiment Carignan Salières sur la Rivière de Richelieu dicte autrement des Iroquois en la Nouvelle-France.

    En effet, le 26 octobre 1665, les troupes des capitaines Contrecoeur, Lafredière ainsi que celles du Colonel de Salières allaient embarquer sur la rivière Richelieu pour leur retour à « Saurel » et poursuivre leur trajet vers Montréal pour y passer l'hiver. Selon son Mémoire, avant son départ, même si la saison était fort avancée et que ses hommes n'étaient qu'en souliers et uniformes militaires d'été, le colonel de Salières … « fit commander trente-six hommes avec six officiers ou Sergens pour  aller travailler à faire un chemin de ce fort St Louys (Chambly) à Montréal à travers le bois et marais …».

    Au départ, il faut noter qu'en 1665 Charles Le Moyne, le futur seigneur de Longueuil, ainsi que sa femme et ses quatre enfants demeuraient à Montréal sur la rue Saint-Paul à deux portes de l'église Bonsecours. C'est ce même Charles Le Moyne qui hébergera le Marquis de Salières, son fils François ainsi que plusieurs autres officiers du Régiment de Carignan durant l'hiver 1665-1666. Et, c'est également lui qui commanda, au mois d'octobre 1666, les Canadiens qui devaient guider à partir des forts du Richelieu, les troupes françaises jusqu'au sud du lac Champlain et au pays des Iroquois. En 1665, afin de faire un chemin au travers les bois et marais à partir du fort Chambly en direction de Montréal la distance en ligne droite vers le futur emplacement de Longueuil était de 21,5 km tandis que la distance en ligne droite vers La Prairie n'était que de 17,5 km. Nonobstant ce qui précède, il y avait une autre contrainte de taille au sujet de cette hypothèse d'un chemin vers Longueuil, celui-ci nécessiterait un pont considérable pour enjamber la rivière l’Acadie … tandis qu'en direction de La Prairie une piste ou sentier indien, plusieurs fois centenaire, existait déjà! Ce sentier indien ne nécessitait qu'un petit effort de débroussaillage et d'émondage des branches d'arbres pour qu'on le qualifie de « chemin » en 1665.

     

    Vers 1665 au début de la colonie, le « chemin de Chambly » qui reliait le fort stratégique de Chambly sur le Richelieu au fleuve Saint-Laurent, et à Montréal, fut reconnu comme étant le premier lien routier de la Nouvelle-France. En effet, les historiens qui nous ont précédés, sans trop se questionner sur ce qui semblait être une évidence, ont toujours soutenu l'hypothèse que ce titre de « premier lien routier » revenait au chemin reliant les villes de Chambly et de Longueuil, mais qu'en est-il? Suite à la réapparition d'une ancienne carte française datée de 1717, il nous est permis de croire que cette hypothèse ne tient plus la route. Après analyse de plusieurs cartes et documents d'archives, nous croyons plutôt que le premier chemin reliant le fort de Chambly à Montréal, le soi-disant tout premier « chemin de Chambly », passait par La Prairie! À l'automne de 1665, après la construction de plusieurs forts sur le Richelieu, M. Henri Chastelard Marquis de Salières, colonel commandant du Régiment de Carignan reçut ordre du nouveau gouverneur de la Nouvelle-France, Monsieur Daniel de Rémy de Courcelles, de construire avant l'hiver un chemin pour relier le nouveau fort de Chambly au fleuve Saint-Laurent et à Montréal.     CARTE NO.1 Plan des Forts faicts par le Régiment Carignan Salières sur la Rivière de Richelieu dicte autrement des Iroquois en la Nouvelle-France. En effet, le 26 octobre 1665, les troupes des capitaines Contrecoeur, Lafredière ainsi que celles du Colonel de Salières allaient embarquer sur la rivière Richelieu pour leur retour à « Saurel » et poursuivre leur trajet vers Montréal pour y passer l'hiver. Selon son Mémoire, avant son départ, même si la saison était fort avancée et que ses hommes n'étaient qu'en souliers et uniformes militaires d'été, le colonel de Salières ... « fit commander trente-six hommes avec six officiers ou Sergens pour  aller travailler à faire un chemin de ce fort St Louys (Chambly) à Montréal à travers le bois et marais ...». Au départ, il faut noter qu'en 1665 Charles Le Moyne, le futur seigneur de Longueuil, ainsi que sa femme et ses quatre enfants demeuraient à Montréal sur la rue Saint-Paul à deux portes de l'église Bonsecours. C'est ce même Charles Le Moyne qui hébergera le Marquis de Salières, son fils François ainsi que plusieurs autres officiers du Régiment de Carignan durant l'hiver 1665-1666. Et, c'est également lui qui commanda, au mois d'octobre 1666, les Canadiens qui devaient guider à partir des forts du Richelieu, les troupes françaises jusqu'au sud du lac Champlain et au pays des Iroquois. En 1665, afin de faire un chemin au travers les bois et marais à partir du fort Chambly en direction de Montréal la distance en ligne droite vers le futur emplacement de Longueuil était de 21,5 km tandis que la distance en ligne droite vers La Prairie n'était que de 17,5 km. Nonobstant ce qui précède, il y avait une autre contrainte de taille au sujet de cette hypothèse d'un chemin vers Longueuil, celui-ci nécessiterait un pont considérable pour enjamber la rivière l’Acadie … tandis qu'en direction de La Prairie une piste ou sentier indien, plusieurs fois centenaire, existait déjà! Ce sentier indien ne nécessitait qu'un petit effort de débroussaillage et d'émondage des branches d'arbres pour qu'on le qualifie de « chemin » en 1665.  ...

    Le chemin « royal » de Chambly (suite 2)

    En prime, il n'y avait aucun pont à construire dans cette direction, car le chemin traversait la petite rivière l’Acadie à un gué bien connu et qui existe toujours (cliquez pour voir la photo) situé à mi-chemin entre le fort Chambly et La Prairie.

     

    Carte No.3

    D'ailleurs un demi-siècle plus tôt, soit le 7 juin 1611, alors qu'il attendait avec impatience à Montréal l'arrivée de ses alliés algonquins, le grand explorateur Samuel de Champlain avait visité le lieudit la « Prairie » en canot. Il nota cet endroit d'importance stratégique sur la rive-sud situé « à une lieue et demie de la Place Royalle » et il l'a bien identifié sur sa carte de la région. Au sujet de ce sentier qui débutait à un kilomètre à l'intérieur des terres, le sieur de Champlain affirmait aussi dans ses écrits que:

    « Le septiesme jour je fus recognoitre une petite rivière par où vont quelques fois les sauvages à la guerre, qui se va rendre au saut de la rivière des Yroquois … »! Cette affirmation nous confirme qu'en 1611, au moins 52 ans avant l'arrivée du Régiment de Carignan, il y avait déjà un sentier indien allant du lieu-dit de la « Prairie » en direction du futur Chambly sur la rivière Richelieu.

     

    Carte No.2

     Une attestation convaincante de l'excellente qualité des sentiers existants en 1665 le long du Richelieu et de ses rivières tributaires nous parvient du Régiment de Carignan lui-même;  « … ses bords sont revestus de beaux pins, parmy lesquels on marche aisément: comme en effet cinquante de nos hommes y ont fait à pied, par terre, près de vingt lieues de chemin, depuis l'entrée de la rivière jusques au       Sault ». Cette Relation des Jésuites de 1665 nous confirme en fait qu'une compagnie du Régiment de Carignan a marché sans encombre et sans la nécessité de « construire » un chemin sur une distance de 96,5 km le long de la rive occidentale du Richelieu pour se rendre au fort Chambly. Note: Ce sentier majeur réapparaît un siècle plus tard en 1763 sur la carte du Général James Murray. (voir la carte no 3)

    Sans grandes modifications à son tracé original pendant les premières décennies de la Seigneurie de Chambly, il en est autrement suite à la grande Bataille de La Prairie de l'été 1691. Cette glorieuse victoire de l'armée française eut lieu à mi-chemin sur ce sentier reliant le fort Chambly et La Prairie-de-la-Magdeleine. Suite à la signature du traité de La Grande Paix de Montréal dix ans plus tard, il devenait impératif d'améliorer ce chemin pour des raisons militaires et afin de faciliter le retour vers Chambly de tous ses censitaires évacués au début de la guerre franco-iroquoise en 1687-88.

    Pour ce faire, regardons ce qu'en dit le Mémoire du roi Louis XIV adressé à MM. de Vaudreuil et de Beauharnois en date du 14 juin 1704, soit seulement trois ans après la signature de la Grande Paix de Montréal … « Sa Majesté approuve qu'on emploie les troupes cette année à faire des chemins dans les bois pour la commodité des habitants et qu'on commence par celui de Chambly à Montréal, qu'ils estiment le plus pressé ». Le roi se souciait du bien-être des habitants de Chambly et de … La Prairie.

    Encore la question qui tue: Par où passait le chemin menant de « Chambly à Montréal »?  Les gens qui prétendent qu’il passait par Longueuil se doivent de consulter une carte militaire datant de 1717, soit 13 ans après l'approbation des travaux routiers par le roi Louis XIV et seulement six ans après la fin des travaux de construction du nouveau fort de pierre à Chambly.

    Carte No.4

    Cette vieille carte militaire nous indique qu'il n'y a qu'un seul chemin partant du fort Chambly en direction de Montréal … et celui-ci, passe par le nord-ouest longeant la rivière l’Acadie en direction de La Prairie-de-la-Magdeleine, comme il est d'ailleurs très explicitement écrit par l'auteur sur le tracé de ce chemin de La Magdeleine … « Chemin qui va rendre à La Prairie de la Magdelaine par terre ».

    En prime, il n'y avait aucun pont à construire dans cette direction, car le chemin traversait la petite rivière l’Acadie à un gué bien connu et qui existe toujours (cliquez pour voir la photo) situé à mi-chemin entre le fort Chambly et La Prairie.   Carte No.3 D'ailleurs un demi-siècle plus tôt, soit le 7 juin 1611, alors qu'il attendait avec impatience à Montréal l'arrivée de ses alliés algonquins, le grand explorateur Samuel de Champlain avait visité le lieudit la « Prairie » en canot. Il nota cet endroit d'importance stratégique sur la rive-sud situé « à une lieue et demie de la Place Royalle » et il l'a bien identifié sur sa carte de la région. Au sujet de ce sentier qui débutait à un kilomètre à l'intérieur des terres, le sieur de Champlain affirmait aussi dans ses écrits que: « Le septiesme jour je fus recognoitre une petite rivière par où vont quelques fois les sauvages à la guerre, qui se va rendre au saut de la rivière des Yroquois ... »! Cette affirmation nous confirme qu'en 1611, au moins 52 ans avant l'arrivée du Régiment de Carignan, il y avait déjà un sentier indien allant du lieu-dit de la « Prairie » en direction du futur Chambly sur la rivière Richelieu.   Carte No.2  Une attestation convaincante de l'excellente qualité des sentiers existants en 1665 le long du Richelieu et de ses rivières tributaires nous parvient du Régiment de Carignan lui-même;  « … ses bords sont revestus de beaux pins, parmy lesquels on marche aisément: comme en effet cinquante de nos hommes y ont fait à pied, par terre, près de vingt lieues de chemin, depuis l'entrée de la rivière jusques au       Sault ». Cette Relation des Jésuites de 1665 nous confirme en fait qu'une compagnie du Régiment de Carignan a marché sans encombre et sans la nécessité de « construire » un chemin sur une distance de 96,5 km le long de la rive occidentale du Richelieu pour se rendre au fort Chambly. Note: Ce sentier majeur réapparaît un siècle plus tard en 1763 sur la carte du Général James Murray. (voir la carte no 3) Sans grandes modifications à son tracé original pendant les premières décennies de la Seigneurie de Chambly, il en est autrement suite à la grande Bataille de La Prairie de l'été 1691. Cette glorieuse victoire de l'armée française eut lieu à mi-chemin sur ce sentier reliant le fort Chambly et La Prairie-de-la-Magdeleine. Suite à la signature du traité de La Grande Paix de Montréal dix ans plus tard, il devenait impératif d'améliorer ce chemin pour des raisons militaires et afin de faciliter le retour vers Chambly de tous ses censitaires évacués au début de la guerre franco-iroquoise en 1687-88. Pour ce faire, regardons ce qu'en dit le Mémoire du roi Louis XIV adressé à MM. de Vaudreuil et de Beauharnois en date du 14 juin 1704, soit seulement trois ans après la signature de la Grande Paix de Montréal … « Sa Majesté approuve qu'on emploie les troupes cette année à faire des chemins dans les bois pour la commodité des habitants et qu'on commence par celui de Chambly à Montréal, qu'ils estiment le plus pressé ». Le roi se souciait du bien-être des habitants de Chambly et de ... La Prairie. Encore la question qui tue: Par où passait le chemin menant de « Chambly à Montréal »?  Les gens qui prétendent qu’il passait par Longueuil se doivent de consulter une carte militaire datant de 1717, soit 13 ans après l'approbation des travaux routiers par le roi Louis XIV et seulement six ans après la fin des travaux de construction du nouveau fort de pierre à Chambly. Carte No.4 Cette vieille carte militaire nous indique qu'il n'y a qu'un seul chemin partant du fort Chambly en direction de Montréal … et celui-ci, passe par le nord-ouest longeant la rivière l’Acadie en direction de La Prairie-de-la-Magdeleine, comme il est d'ailleurs très explicitement écrit par l'auteur sur le tracé de ce chemin de La Magdeleine … « Chemin qui va rendre à La Prairie de la Magdelaine par terre »....