Au jour le jour, mars 2022

Maison de la famille de Louis-Conrad Pelletier sur le Chemin du Sault Saint-Louis. Cette maison existe toujours.

Introduction
Outre le rôle essentiel du site de La Prairie au cours de la guerre de 1756 à 1760 (guerre de Sept Ans), sujet principal de cette série d’articles, notre municipalité a un riche passé militaire qui, quoique peu connu, mérite qu’on en souligne brièvement les principales manifestations.
1691
L’histoire débute dans la seconde moitié du 17e siècle. Malgré la paix conclue en 1667 suite à l’arrivée du régiment Carignan-Salières, les attaques-surprises des Iroquois contre les installations françaises reprennent vers 1680. La multiplication des raids amérindiens menace de ruiner le commerce des fourrures des Français et oblige ces derniers à rompre la paix.
La situation mène à la construction du premier fort de La Prairie digne de ce nom, lequel fut conçu et dessiné par Villeneuve entre 1686 et 1689, puis érigé par Gédéon de Catalogne entre l’automne 1687 et le printemps 1689.[1]
Cette palissade ne subira qu’une seule véritable attaque, celle du 11 août 1691.[2] Précédemment, durant l’hiver 1689-1690, les Français avaient lancé trois raids sur les colonies anglaises. En février 1690, plusieurs habitants sont tués et de nombreuses maisons incendiées à Schenectady, petit village situé près d’Albany. Résolu de venger l’attaque de Schenectady et voulant en découdre une fois pour toutes avec les Français, le Hollandais Peter Schuyler, à la tête de troupes en provenance d’Albany, se présente au matin du 11 août 1691 devant le fort de La Prairie.
À La Prairie, soldats des Compagnies franches de la Marine et miliciens canadiens composent alors le gros des troupes françaises. Le gouverneur de Montréal, Louis-Hector de Callière pouvait également compter sur des alliés amérindiens. Après quatre assauts en terrain découvert de la part des troupes de Schuyler, c’est la débandade parmi les défenseurs de La Prairie qui décident de se réfugier à l’intérieur du fort. Les pertes sont importantes chez les Français. Satisfait du résultat de son raid, le chef hollandais renonce à détruire le fort. Il retraite plutôt vers les bois avec ses hommes, cherchant à rejoindre rapidement ses embarcations cachées le long des rives du Richelieu. Un second affrontement aura lieu en fin d’avant-midi contre les soldats de Valrennes venus de Chambly.
1756-1760
Plus tard, au cours de la guerre de 1756-1760, principalement à cause de sa position géographique à proximité de Montréal, La Prairie jouera un rôle majeur dans le transit et l’approvisionnement des troupes françaises.
1775 – 1783
L’adoption de l’Acte de Québec en 1774 élargissait nos frontières et tolérait la pratique de la religion catholique. Ces deux éléments contrarient fortement les colonies américaines qui, déjà, acceptaient mal la présence des Britanniques chez eux.[3]
Ainsi, comme les Américains envisageaient déjà une rébellion armée, ils cherchèrent à s’assurer du soutien des Canadiens. George Washington croyait que la conquête du Canada et la prise de Québec le protégeraient par la suite de toute intervention britannique venue du nord.
Lorsqu’à l’automne 1775 les rebelles américains envahissent le Canada, ils établissent un poste à La Prairie afin d’empêcher tout renfort britannique de venir de Montréal. En novembre, le général Montgomery vint camper au fort de La Prairie avec sa petite armée de 600 hommes. De là, ils lancèrent une attaque sur Montréal.
Le temps froid venu, les rebelles américains prirent leurs quartiers d’hiver à La Prairie. On raconte que leur situation y était si mauvaise qu’il leur eut été impossible de demeurer ici sans le consentement tacite des habitants du lieu. Après quelques mois « d’occupation », face à l’arrivée de renforts venus de Grande-Bretagne en mai et juin 1776, les Américains quittèrent La Prairie et la colonie en toute hâte.
Après le départ des rebelles, c’est 10 000 à 12 000 soldats réguliers que l’Angleterre envoie au Canada afin d’empêcher l’ennemi d’y faire une nouvelle invasion. De ce nombre, les troupes allemandes de Brunswick et de Hanau (des mercenaires au service de la couronne britannique débarqueront) sur la rive sud. Le 20 juin, les Allemands arrivent à La Prairie où l’on organise les camps ainsi que « les arrangements de subsistance ».
En septembre 1776, les troupes allemandes devaient marcher et camper à la Savanne entre La Prairie et Saint-Jean. L’endroit, qui est situé près de l’intersection actuelle du chemin de la Bataille Nord et du chemin de Saint-Jean, servit plus tard de camp militaire pendant plusieurs décennies au cours du 19e siècle.
Les mercenaires de Friedrich Adolphus Von Riedesel auraient occupé La Prairie durant plusieurs mois.
______________________________
[1] Gaétan Bourdages, La Prairie – Histoire d’une ville pionnière. Éditions Histoire Québec, 2013. La seigneurie et le fort, pages 19 à 38.
[2] Bourdages, Joly et Tremblay, 1691 – La bataille de La Prairie. Éditions Histoire Québec, 2009. 149 pages.
[3] Pour en apprendre davantage : Gaétan Bourdages, La Prairie – Histoire d’une ville pionnière. Éditions Histoire Québec, 2013. L’invasion américaine de 1775, pages 184 à 209.

1812
Trois décennies plus tard, suite à l’invasion américaine de 1812[1], jusqu’à 2 500 soldats occuperont le village durant quelque temps. Afin de loger ces troupes turbulentes, les autorités coloniales s’étaient emparées d’une partie de la commune de La Prairie, sur laquelle elles avaient décidé d’ériger des casernes militaires. L’endroit était situé en dehors du village, un peu en arrière de l’actuelle école secondaire La Magdeleine. Les travaux de construction débutent dès l’été 1813 et une fois achevées les baraques peuvent loger une quarantaine d’officiers et près de 1 500 soldats.
Après la paix de 1815, les casernes seront occupées durant quelques décennies avant d’être abandonnées au milieu du 19e siècle. De 1871 jusqu’au début du 20e siècle, au cours de plusieurs étés, le site abritera d’importants camps d’exercices militaires.
1880
Prétextant des coûts trop élevés liés au maintien des troupes dans sa colonie d’Amérique du Nord, l’armée britannique quittait le Canada en 1871, obligeant ainsi les autorités fédérales à organiser graduellement un corps d’armée canadien. C’est après avoir agi comme officier du détachement volontaire de La Prairie lors de la guerre contre les Fenians, que quelques années plus tard, le 4 juin 1880, Julien Brosseau (1837-1912), alors maire de La Prairie, fonde le 85e Bataillon d’Infanterie. Ce fils d’aubergiste et capitaine d’un navire à vapeur qui faisait la navette entre La Prairie et Montréal[2] devint commandant du bataillon avec le grade de lieutenant-colonel. À ses débuts, cette unité rurale de volontaires comptait 278 hommes réunis en 6 compagnies, dont le corps des officiers était presque entièrement canadien-français.
Le 8 mai 1900, le 85e Bataillon devient le 85e Régiment d’infanterie du Canada pour ensuite prendre, en 1920, le nom de Régiment de Maisonneuve, rappelant ainsi le nom du fondateur de Montréal, Paul Chomedey, Sieur de Maisonneuve.
Le 9 septembre 2012, le régiment obtenait le droit de cité des autorités de la ville de La Prairie.
Hélas, mis à part le cairn[3] situé à l’intersection du chemin de Saint-Jean et du chemin de la Bataille Nord rappelant la seconde bataille du 11 août 1691 (voir photo au haut de la page), il n’existe à La Prairie, aucune plaque commémorative ni aucun monument soulignant le passé militaire de notre municipalité.
Le cairn rappelant le premier affrontement du 11 août est aujourd’hui disparu. Il était situé Place de la Mennais et devrait éventuellement être remplacé par une plaque commémorative.
1756-1760 : le théâtre d’opérations et les forces en présence
La guerre de Sept Ans, qui se déroule de 1756 à 1763, est un conflit majeur qui oppose principalement la France et l’Angleterre. Cette guerre se transporte rapidement dans les colonies d’Amérique du Nord.
En 1756, la Nouvelle-France comprend trois parties distinctes : le Canada, la Louisiane et l’île Royale (île du Cap-Breton). La première recoupe le bassin hydrographique du Saint-Laurent et des Grands Lacs, auquel s’ajoute la vallée de l’Ohio. Elle rassemble 60 000 habitants concentrés entre les villes de Québec et Montréal.
D’autre part, on dénombre plus d’un million d’habitants au sein des colonies britanniques de la côte atlantique, entre l’ancienne Acadie française et la Floride espagnole.
Sous le commandement du gouverneur général Vaudreuil, les forces françaises sont composées des troupes de terre, soit sept régiments[4] d’à peine 3 400 hommes de l’armée régulière commandés par le marquis de Montcalm. S’y ajoutent les 1 200 soldats des troupes de la Marine sous la direction de François de Rigaud, gouverneur de Trois-Rivières et frère du gouverneur général. On compte également au plus sur cinq ou six mille miliciens canadiens auxquels s’ajoutent, selon les affrontements, plusieurs centaines de guerriers amérindiens.
Les Anglais disposent de 63 000 hommes, dont 23 000 de troupes de la vieille Angleterre. Ils annoncent le départ de 10 000 Écossais pour le Nouveau-Monde. Il est clair qu’il y a là un net déséquilibre des forces en faveur des Britanniques.
Cette guerre sera donc difficile pour les combattants français et canadiens, car on considère à l’époque que le rapport de force pour prendre une place forte est de trois pour un, ce qui favorise nettement l’armée anglaise.
De plus, selon Montcalm, nous manquons de vivres à cause de ravitaillements déficients et de mauvaises récoltes. Nous manquons de poudre et de tous les moyens pour agir et fournir le nécessaire sans lequel une guerre ne peut se faire. Toujours selon Montcalm, il faudrait que la France envoie ici dix mille hommes avec des munitions et de la nourriture.
Enfin, les relations entre Montcalm et Vaudreuil ne vont cesser de se détériorer jusqu’à leur point de rupture en 1758. Cela, sans oublier que les rivalités entre militaires français et canadiens ont fréquemment nui aux opérations.
Dans la dernière année de la guerre une importante flotte de navires britanniques menacera Québec alors que des armées venues des Grands Lacs et du Richelieu après la prise des forts français, s’abattront sur Montréal.
Les miliciens
Majoritairement cultivateurs, nous savons peu de choses au sujet de la participation des miliciens de La Prairie à cette guerre. Qui étaient-ils ? Combien sont morts sur les champs de bataille et où leurs sépultures sont-elles inscrites ?
Moins bien dotés que les troupes régulières, « les Canadiens étaient obligés d’acheter des fusils de leurs propres deniers. Ils en avaient chez eux pour la sûreté de l’habitation et pour la chasse. Ils les portaient à l’année de là la diversité des calibres, d’où le résultat que le plus brave d’entre eux perdait souvent la moitié de son utilité dans une action décisive à chercher au dépôt des munitions des balles du calibre de son arme. Souvent, leurs fusils sont si mauvais qu’on est obligé de leur en donner. »[5]
De plus, ils sont vulnérables en terrain découvert, leurs armes n’étant pas dotées de baïonnettes comme c’est le cas pour les soldats. Et, il arrive parfois que les miliciens soient des adolescents armés plutôt que des combattants d’expérience.
Quoi qu’il en soit, ils ne devaient pas être de piètres hommes de guerre puisque : « Je viens, Monsieur, en conséquence de vos ordres, de détacher cent vingt miliciens, pour servir de devant et de derrière à Laprairie, ce sont de très bons hommes ; mais aussi ce sont les seuls du gouvernement de Montréal qui valussent quelque chose. Les autres font pitié, mais cela est égal. » [6]
La situation allant de plus en plus mal, l’année 1759 connaîtra une mobilisation massive des miliciens.[7]
À suivre dans notre prochain bulletin…
[1] Ibidem, La présence militaire au 19e siècle, pages 390 à 424.
[2] Voir à ce sujet les deux articles suivants : Gaétan Bourdages, Le régiment de Maisonneuve et le droit de cité, bulletin Au jour le jour, septembre 2012.
Denis Pinsonnault, Un honorable régiment originaire de La Prairie, bulletin Au jour le jour, janvier 2012.
[3] Ce cairn devra éventuellement être déplacé pour permettre l’élargissement de la route 104.
[4] Royal Roussillon, Languedoc, La Sarre, Béarn, Guyenne, Berry et La Reine.
[5] Dave Noël, Montcalm général américain, les éditions du Boréal, Montréal, 2018, page 231.
[6] À M. le marquis de Vaudreuil à l’Île-aux-Noix, le 17 août 1759. Lettres de M. de Bourlamaque au chevalier de Lévis – volume 5, page 37.
[7] En 1759, 5 455 miliciens sont mobilisés.


Louis-Conrad Pelletier, né en 1852 à La Prairie, est le fils de Émile Pelletier et de Émilie Laporte de Lavaltrie. Il devient avocat et plus tard il est nommé bâtonnier. Élu député du Parti conservateur de La Prairie à la Chambre des communes (1891-1897), il occupera les fonctions de maire de La Prairie de 1904 à 1908. De plus, il est le cofondateur de la Briqueterie Saint-Laurent.
Le 25 octobre 1898, il épouse Marie-Anne Élisabeth Élisa Bernardette Roberge. Entre 1901 et 1907, le couple aura quatre enfants tous nés à La Prairie ; soit Marie-Louise Cécile Bernadette, Marie-Louise Gertrude, Joseph Éphrèm Louis-Conrad et Marie Jeanne Antoine Hélène.

Né le 26 septembre 1905, Joseph Éphrèm Louis-Conrad Pelletier suit les traces de son père et devient avocat. Maire de La Prairie de 1938 à 1947, de 1947 à 1949, il occupe les fonctions de juge à la cour des sessions de la paix. Par la suite, il devient président de la Commission des Relations ouvrières du Québec (1949-1960).
Source : archives de la SHLM P45
N.B. La rue Conrad-Pelletier, située en bordure du site de l’école polyvalente de la Magdeleine, s’étend du boulevard Taschereau à l’autoroute René-Lévesque (A15- route 132).

Avec le printemps qui est à nos portes, nos activités reprennent vie tranquillement.
Vous avez peut-être constaté que nous avons commencé à utiliser un nouveau logo depuis février dernier. Ce logo, destiné à souligner le 50e anniversaire de notre organisme, est une création de Mme Taissa Hrycay, une nouvelle bénévole à la SHLM, recrutée grâce à une soirée de maillage de bénévolat d’affaires à laquelle nous avions participé en décembre 2021.
Mme Hrycay, une résidente de La Prairie, pourra nous faire profiter de sa longue expérience en communications et relations publiques. Bienvenue Madame Hrycay et merci de votre implication.
Finalement, nous vous invitons à renouveler votre carte de membre de la SHLM (ou à devenir membre) afin de pouvoir assister à notre assemblée générale annuelle en mode virtuel qui aura lieu mardi le 29 mars prochain à 19 h 30.
Caroline Laberge Stéphane Tremblay
Archiviste-directrice générale Président
Conformément à la loi 25 du Québec, nous utilisons des témoins (cookies) pour :
Vous pouvez modifier vos choix à tout moment via notre politique de témoins.
Au jour le jour,
Par