En l’année 2000, le gouvernement américain frappe le « golden dollar », en prévision du deuxième centenaire de l’expédition de Lewis et Clark. À l’endos, figurent un bébé et sa mère amérindienne qui le porte sur son dos.

La mère est Sacagawea, originaire de la tribu des Shoshones; elle fut capturée dans les Rocheuses par les Indiens Hidatsas et ramenée loin des siens par ces derniers. Le bébé se nomme Jean-Baptiste; il est le fils de Sacagawea et de Toussaint Charbonneau.

Toussaint, né à Boucherville le 22 mars 1767 du mariage de Jean-Baptiste Charbonneau et de Marguerite Deniau, vivait avec les Hidatsas quand Lewis et Clark l’engagèrent comme membre de l’expédition, à titre de guide et interprète. Toussaint parlait plusieurs dialectes indiens; il avait déjà travaillé pour la Compagnie du Nord-Ouest et l’American Fur Company. Au moins deux membres de l’expédition notent dans leur journal que Toussaint avait trois femmes (squaws). Seule Sacagawea l’accompagne dans le voyage.

Lewis et Clark sachant bien qu’ils auraient à traverser le pays des Shoshones comptaient sur la présence de Sacagawea pour leur faciliter la tâche. Aussi, la présence d’une femme et d’un enfant allait-elle donner un caractère pacifique à leur expédition avant tout militaire.

Ainsi donc, Toussaint et sa femme joignent l’expédition aux villages des Mandanes. Le convoi était parti le 14 mai 1804, non loin de Saint-Louis; il avait atteint ces villages le 26 août 1804. Les deux capitaines décidèrent de construire un fort pour y passer l’hiver. L’endroit se situe de nos jours non loin de Bismarck, ville du Dakota Nord.

Le 11 février 1805, à cet endroit, le journal du capitaine Lewis mentionne la naissance de Jean-Baptiste, le premier enfant de Sacagawea que Toussaint avait épousée officiellement, trois jours avant. Le 7 avril 1805, l’expédition part vers les pays inconnus du Nord; les villages des Mandanes représentaient en effet la limite ouest de l’exploration du continent par les Blancs. La troupe comprend alors les capitaines Meriwether Lewis et William Clark, 26 soldats, Toussaint Charbonneau et Georges Drouillard, engagés, Sacagawea et le petit Jean-Baptiste, York l’esclave noir de Clark et Seaman le chien de Lewis.

Le petit Jean-Baptiste voyagera 17 mois sur le dos de sa mère jusqu’à son retour en août 1806, âgé de 19 mois. Il aura franchi les Rocheuses, puis navigué sur le fleuve Columbia jusqu’au Pacifique et hiverné à 15 miles des rives de l’Océan.

Lewis l’appelle le papoose de l’expédition. Clark s’y attache particulièrement; il le surnomme son « little dancing boy » et aussi « Pomp ». Il donnera le nom de Pompey’s Tower à une formation rocheuse située sur le bord de la rivière Yellowstone, en l’honneur du petit Baptiste. On y trouve aujourd’hui le site national historique de Pompey’s Pillar. C’est Clark qui réussit à guérir le bébé, âgé alors de 15 mois, d’une enflure à la mâchoire, au cou et à la gorge en lui appliquant des cataplasmes de pelures d’oignons et de crème de tartre.

À la fin de l’expédition, Willian Clark habite Saint-Louis; il offre aux parents du jeune Baptiste de le prendre en charge chez lui afin de voir à son éducation. La ville, alors capitale des pelleteries, est prospère et francophone à 90 %. Clark paie les frais rattachés à l’instruction de son protégé et le jeune apprend à lire, à écrire et à calculer; il étudie ensuite l’histoire romaine et les auteurs classiques à l’Académie de Saint-Louis, fondée en 1818, devenue une université en 1838.

À l’âge de 18 ans, Jean-Baptiste rencontre le prince Paul Wilheml de Württember que son père Toussaint a guidé dans un voyage d’exploration dans la région du Missouri. Les aristocrates européens de l’époque sont fascinés par l’Ouest américain. Le prince Paul apprécie la personnalité et le vécu de Jean-Baptiste. Il devient son ami si bien qu’il rentre en Europe avec lui, en 1823.

Paul et Jean-Baptiste fréquentent les palais princiers et voyagent en France, en Angleterre, en Allemagne et même en Afrique, souvent dans des excursions de chasse. Après six ans de cette vie, Jean-Baptiste décide de rentrer dans son pays natal (1829).

Il travaille alors comme guide, interprète et « mountain man »; il parle français, anglais, allemand, espagnol, et aussi shoshone. On dit qu’il récite Shakespeare, le soir auprès du feu de camp. Jean-Baptiste se montre habile à choisir les routes, à trouver de l’eau et à estimer les distances. Il conduit un bataillon de Mormons du Nouveau-Mexique jusqu’en Californie, durant la guerre contre le Mexique en 1846-47. Il fait connaissance avec des hommes qui deviendront ensuite célèbres dont, entres autres, le fameux Kit Carson.

Le gouverneur de la Californie le nomme Alcade (fonctionnaire d’État) du district de San Diego en 1847. Il prend aussi part à la ruée vers l’or de 1848.

Jean-Baptiste travaille comme commis dans un hôtel d’Auburn en Californie (1861) puis part pour le Montana, toujours en quête d’or. Chemin faisant, il attrape une pneumonie et meurt à Inskip’s Ranche en 1866, âgé de 61 ans. Une plaque rappelle son souvenir près du village de Jordan Valley, dans le sud-est de l’Orégon.

Quelques biographies de Jean-Baptiste ont été rédigées par des auteurs américains dont au moins une à l’intention des jeunes. La fondation « Lewis and Clark Trail Heritage Foundation » a même organisé un « Pomp Party » à l’occasion du 200e anniversaire de sa naissance. Radio-Canada lui a consacré l’an dernier une émission de la série De remarquables oubliés. Fabuleuse, cette grande épopée du petit Jean-Baptiste!

Les sources :

Chaloult, Michel, « Les Canadiens de l’expédition Lewis et Clark », Septentrion, Québec. 2003.

Godbout, Archange, O.F.M., Les passagers du Saint-André, La Recrue de 1659, SGCF, Montré 1964.

PRDH Programme de recherche en démographie historique : www.genealogie.umontreal.ca

Société Radio-Canada : www.radio-canada.ca/radio

The Lewis and Clark Trail Heritage Foundation : www.lewisandclark.org

The Unites State Mint : www.usmint.gov

Image du golden coin : http://centercoin.com