En acceptant la concession de la Seigneurie de LaPrairie de la Compagnie des Cent -Associés en 1647, les Seigneurs jésuites s'engageaient à fournir à leurs futurs censitaires deux services de première nécessité pour l'époque: le moulin d'abord devant servir à moudre le grain et une chapelle. Même si l'établissement définitif des premiers colons à LaPrairie date du printemps 1668, les Seigneurs ne perdront pas de temps à remplir ces deux obligations.

Sitôt le manoir seigneurial achevé on y aménagea une chapelle afin d'y tenir les offices religieux. Les premiers registres paroissiaux datent de 1670. Nous présumons que la construction du moulin à vent débuta vers cette date car il était déjà en opération en 1672. Cet effort financier que les Jésuites devaient assumer était de taille, car la construction et l'entretien d'un moulin étaient des charges très onéreusesArrêté du Conseil souverain du 20 juin 1667.. De fait, les moulins du Canada coûtaient trois fois plus cher qu'en France car les meules, les instruments de fer, les cordages et les voiles ét aient tous importés de la mère-patrie.

Les relations de la bataille de 1691 écrites par M. de Bénac et Peter Schuyler nous aident à situer ce premier moulin où le meunier Mathieu Fayes vint s'établir en 1672.

M. de Bénac raconte en effet le 2 septembre 1691:

"Les ennemis se coulèrent une heure avant le jour le long de la prairie du costé de la petite rivière et vinrent jusqu’au moulin, La sentinelle quy y estoit postée cria quyvala, et sur le quon ne repondoit point tira criant aux armes et se sauva aussytost. Dans le moulin, les Ennemis decouverts se jettent sur le Corps de Garde quy estoit entre le moulin et le fort et en chasserent Les habitants quy senfuirent en Desordre dans le fort."M. de Benac, 2 septembre 1691, France : Archives des colonies, C11A, vol.11, p.557.

Il est donc clair de ce qui précède que ce premier moulin était au nord du fort, entre celui-ci et la rivière St-Jacques. Qu’en est-il advenu? nous n'en savons rien pour le moment. Aurait-il été détruit ou déménagé? Quoi qu’il en soit la carte de Gipoulou (vers 1775) fait mention cette fois d'un autre moulin situé au sud du fort, à peu près derrière l'actuel garage Shell rue St-Henri, dans le prolongement de la rue St-Ignace.

Ce second moulin est sur "un lopin de terre d'environ 600 toises en superficie aboutissant sur la devanture sur la rivière St-Laurent, sur l'arrière et au côté Sud-Ouest à la Commune de La Prairie, l'autre côté au nommé Guérin". Déjà vétuste vers 1780, il est donc facile de croire que l'édifice avait été érigé plusieurs décennies auparavant.

La meilleur description du moulin et de la maison du meunier est celle du Notaire Dandurant datant du 29 février 1820 : “…“Moulin au Sud-Ouest du Bourg, garni de deux moulanges, tournans et mouvans, plus sur l’emplacement du moulin, une petite maison de bois, 18’-0 x 18’-0”, chassis vistrés. portes et contre-vents, écurie. Clôture qui existe actuellement en alignement avec côté “Est” d’une certaine rue qui se termine à l’emplacement du moulin. (…) Le moulin a besoin de réparations; les deux vergues à l’arbre du moulin, raccomoder les fusées des mouvements, consolider le chapeau, les deux escaliers, crépir le corps du moulin, refaire la cheminée et foyer, peindre le chapeau, faire un nouveau sommier et un nouveau CABESTAN.”

En 1846, ledit moulin est incendié. Les Jésuites étant revenus depuis peu à LaPrairie, reprennent leurs activités en tant que Seigneurs et entreprennent la construction d’un autre moulin. Cette fois ce sera un bâtiment carré à deux étages, et son mécanisme à aubes fonctionnera selon le même principe que celui du moulin de la Côte-Ste-Catherine.

Lorsque le droit seigneurial est aboli en 1854, les Jésuites vendent le moulin au Capitaine du bateau “l’Aigle”; M. Julien Brosseau. Fait étonnant, le nouveau moulin garde encore le nom de “moulin à vent”. D’ailleurs dans les cahiers des comptes des Sœurs de la Congrégation Notre-Dame de LaPrairie, la dernière mention d’argent versé pour “voyage au moulin” est en date du premier avril 1855.

Deux ans plus tard le gouvernement vend à l’encan le moulin à farine pour la somme de 7 240,00$. C’est un monsieur Dorion qui s’en porte acquéreur.

Durant quelques années il sert d’entrepôt, étant donné qu’il est tout près du quai de l’Aigle. Cependant les inondations et les glaces l’auront rapidement détérioré et il ne sera plus que ruines au début du siècle actuel. M. T.A. Brisson le situait “tout près du dernier brise-glace”.

Quoiqu’il n’existe plus aucune trace de ces moulins à LaPrairie, une de nos membres et directrice du comité eut l’heureuse idée de faire renaître le premier moulin de LaPrairie. Sur un promontoire près de sa demeure à Candiac, elle fit reconstruire cette tour conique (voir photo) en se basant sur les plans des moulins qui existent encore au Québec et qui ont été bâtis durant le Régime français.

Cet imposant volume de trois étages sera sous peu doté de son mat, de ses tournans et fusées. Bien que le nouveau moulin soit situé à quelques milles plus à l’ouest que l’ancien, il est malgré tout près du fleuve. La galerie qui l’entoure à l’étage offre une vue imprenable sur le Vieux LaPrairie. Le visiteur peut du même coup d’œil observer la plus imposante colonie d’hirondelles noires du Canada, amoureusement soignées par M. et Mme Girard.