Pour nos lecteurs et lectrices, voici un résumé de la conférence donnée par Soeur Hélène Tremblay c.n.d. le 19 mai à la Société historique. Place à MARGUERITE BOURGEOYS ET L'ÉDUCATION DES FEMMES.

Soeur Tremblay était particulièrement fière de parler de Marguerite Bourgeoys à La Prairie puisque les Soeurs de la Congrégation Notre-Dame y ont résidé en permanence de 1697 à 1972. Notre conférencière, historienne chevronnée, a guidé son auditoire vers le XVIIe siècle, elle nous a entretenus de l'éducation des filles en ce temps, de la visée éducative de Marguerite Bourgeoys en France et finalement de son apport dans l'éducation en Nouvelle-France dès 1653.

Au XVIIe siècle, les filles de familles nobles et aisées recevaient une Instruction soignée dans les monastères. Elles y étaient pensionnaires pendant plusieurs années et les religieuses cloîtrées leur dispensaient instruction et éducation. Pour les filles de la masse, c'est-à-dire de l'immense majorité, l'éducation était très négligée. Pourtant, le Concile de Trente avait bien fait un appel à l'évangélisation des masses.

Le curé Fourier, responsable d'une paroisse des plus défavorisées de La Lorraine, comprit rapidement la nécessité des écoles " ouvertes » qui recevraient des élèves externes. Les moniales enseigneraient dans une école attenante au monastère tandis que les congréganistes externes enseigneraient dans des écoles plus éloignées du couvent. Les écoles « ouvertes » comme les avait pensés le curé Fourier seraient de véritables écoles permettant de donner une éducation chrétienne et une formation humaine au plus grand nombre de jeunes filles possible.

Marguerite Bourgeoys s'orientera vers les filles de la masse. En 1640, à l'âge de vingt ans, elle quitte la vie mondaine pour se consacrer au service de Dieu. C'est sous les auspices de la Congrégation Notre-Dame, comme maîtresse « non congrégée » mais rattachée au monastère de Troyes qu'elle sera formé aux méthodes pédagogiques de la Congrégation celles mêmes du curé Fourier. Elle enseignera gratuitement aux filles dans des écoles « ouvertes ». Marguerite Bourgeoys et ses compagnes prolongeront ainsi l'oeuvre éducative, apostolique et sociale des religieuses jusque dans les faubourgs de Troyes.

Après une douzaine d'années d'enseignement et de bonnes oeuvres, entre autres, le soin des malades, Marguerite Bourgeoys arrivera à Ville-Marie le 16 novembre 1653. Elle accompagne la recrue dite « des Cent Hommes » conduite par Maisonneuve. Elle vient pour faire l'école.

Pendant la traversée de 1653, Marguerite Bourgeoys inaugurera sa mission d'éducatrice des adultes en soignant la recrue terrassée par la peste. Son influence se fait sentir sur ces hommes pas toujours faciles. Elle sera presque exclusivement jusqu'en 1658, au fort de Ville-Marie, aidante auprès de tous ceux qui recouraient à elle. Elle sera éducatrice des filles à marier et des femmes en « ménage ». D'ailleurs, Jérôme Le Royer de La Dauversière lui confie Marie Dumesnil, âgée de onze ans. Cette dernière, déjà promise, se maria en 1654, elle avait à peine 12 ans. Marguerite Bourgeoys adaptera son enseignement pour permettre une formation continue à ces épouses et mères à peine sorties de l'enfance.

En 1658, Maisonneuve lui donnera une étable de pierre pour faire l'école. Des jeunes garçons sont presque d'âge scolaire, d'autres grandissent: Marguerite débutera l'école des enfants. De plus, il y a l'éducation des jeunes femmes qui est loin d'être achevée de même que leur formation religieuse. Elle songe à aller en France pour y chercher de l'aide. En attendant, elle commence la « congrégation séculière ».

Le 29 septembre 1659, Marguerite Bourgeoys de retour de France avec quatre congréganistes externes formeront le noyau de la communauté. Ainsi, va naître la Congrégation de Notre-Dame de Montréal. Elle se développera au rythme des besoins de l'enseignement. Filles de France, Marguerite et ses compagnes seront fidèles à la formation reçue à la Congrégation Notre-Dame de Troyes. Elles seront fidèles au principe de vie qui dominait toute l'éducation française d'alors: 1 école était une préparation à la vie, la vie, une préparation à la mort et la mort une préparation à l'éternité. L'enseignement donné aux filles consistera en tout premier lieu à les éduquer chrétiennement.

C'est ainsi qu'en 1669, l’oeuvre de Marguerite Bourgeoys permet de retrouver à Montréal un réseau éducatif et gratuit d'écoles:

 

 

Dans les années 1670, la Congrégation Notre-Dame de Montréal sera reconnue par les autorités civiles et religieuses. L'éducation en bénéficie aussitôt. En 1678, un pensionnat sera ouvert à Montréal à la demande des parents « de condition », Marguerite Bourgeoys sera réticente à cette demande, elle finira par y consentir. Hors de la ville, les missions ambulantes se multiplient et les missions permanentes s'ajoutent: mission indienne de la Montagne et Champlain (1676), Lachine (1680}, mission indienne du Sault-Saint-Louis (1683-1686), Sainte-Famille, Tie d'Orléans (1685).

Le 24 juin 1698 avait lieu la première profession religieuse publique. Marguerite Bourgeoys et vingt-quatre de ses compagnes de Montréal émettaient les voeux simples de religion et celui d'instruire les filles. Les religieuses de Québec feront leur profession religieuse plus tard.

Marguerite Bourgeoys, âgée de quatre-vingts ans, mourra le 12 janvier 1700. L'oeuvre pourra continuer, les soeurs étant aptes à assumer la relève. Repos bien mérité après une vie de travail au service des autres, après une mission éducative bien remplie.

Pour terminer cette conférence MARGUERITE BOURGEOYS ET L'ÉDUCATION DES FEMMES, Soeur Hélène Tremblay rapporte un commentaire du père jésuite François-Xavier Charlebois venu en visite au Canada en 1721. Après sa visite à la Congrégation Notre-Dame il écrira « Sans autre ressource que son courage et sa confiance, Marguerite Bourgeoys entreprit de procurer à toutes les jeunes personnes, quelque pauvres et abandonnées qu'elles fussent, une éducation que n'ont point dans les royaumes les plus policés, beaucoup de filles, même de condition. Elle y a réussi, au point qu'on voit toujours avec un nouvel étonnement, des femmes jusque dans le sein de la misère et de l'indigence, parfaitement instruites de leur religion, qui n'ignorent rien de ce qu'elles doivent savoir pour s'occuper utilement dans leurs familles et qui, par leurs manières, leur façon de s'exprimer, leur politesse ne le cèdent point à celles qui, parmi nous ont été élevées avec plus de soin ».

Nous remercions Soeur Hélène Tremblay pour cette conférence. De plus, vous trouverez à la Société historique le texte intégral de cette conférence, Soeur Tremblay l'a donné à la Société.

Revue HÉRITAGE, numéro 12, Avril 1993.