La Maison à tout le monde a plus de 40 ans

La Maison à tout le monde a plus de 40 ans

En 1971, une maison des jeunes à l’académie Saint-Joseph

Durant l’été 1971, les étudiants employés pour l’organisation des terrains de jeu de la Ville de La Prairie transforment le rez-de-chaussée de l’ancienne académie Saint-Joseph en maison des jeunes. Une entente entre la Commission scolaire, la Ville et des clubs sociaux permet l’utilisation de ce local situé à l’angle de la rue Saint-Ignace et du chemin de Saint-Jean. Qu’en était-il de cet édifice ? « En 1872, les Clercs de Saint-Viateur déménagent dans leur nouvel établissement (qui deviendra plus tard l’Académie Saint-Joseph) qui est construit sur les fondations de la maison d’Edmée Henry, administrateur des biens des Jésuites ». Puis, « les Frères de l’Instruction chrétienne, deux ans après leur arrivée au Canada, prennent la relève. […] L’académie est agrandie en 1911-1912. Le bâtiment est utilisé à des fins pédagogiques jusqu’en 1954. Inoccupé et abandonné pendant un certain temps, il est incendié le 3 janvier 1978 ».

Toutefois, avant de disparaître, l’Académie aura regroupé, quelques soirs par semaine, le temps d’un été, des jeunes, filles et garçons, autour de cafés, de boissons non alcoolisées, de tables de jeu (rien à voir avec un casino), d’un tourne-disques ainsi que différents invités pour des échanges sur des thèmes choisis par les jeunes eux-mêmes. C’est de cette expérience que germe l’idée d’un endroit où se retrouveraient des gens de tous âges. Mais l’exigüité du bâtiment de l’Académie ne permet pas la concrétisation de ce rêve. Il existe cependant un ancien couvent, voisin de l’église de la Nativité…

Le programme Perspectives-Jeunesse

À l’été 1971, le gouvernement canadien avait lancé le programme Perspectives-Jeunesse (PJ) géré par le Secrétariat d’État. « L’objectif du programme était de solliciter les étudiants à faire preuve de créativité en leur offrant du financement afin qu’ils puissent créer et gérer leur propre emploi. De plus, ces emplois devaient entraîner des répercussions positives pour le milieu. (…) Les buts visés par le Programme PJ étaient [entre autres] les suivants : offrir des emplois d’été à des étudiants en éliminant toute compétition entre les étudiants et la main-d’oeuvre permanente ; créer des emplois apportant une contribution au milieu et étant mis en place et gérés par les étudiants participants… ».

À la fin de l’hiver 1971 – 1972, le temps presse pour soumettre un projet qui puisse se réaliser l’été suivant dans le cadre du programme Perspectives- Jeunesse. En moins de trois jours, date limite oblige, des étudiants rédigent un projet par lequel l’ancien couvent deviendrait La Maison à tout le monde. La Ville de La Prairie et des clubs sociaux écrivent des lettres d’appui et s’engagent à soutenir ce projet, ce qu’ils feront d’ailleurs vigoureusement avec l’aide de leurs services ou de leurs membres. Le Service régional des loisirs de la Rive-Sud métropolitaine est consulté ; les députés provincial et fédéral sont sensibilisés.

Les couvents dans le Vieux-La Prairie

Rappelons un peu d’histoire sur les couvents qui ont été érigés depuis plus de 300 ans dans le Vieux-La Prairie. « Le premier couvent construit en bois en 1697 est destiné aux religieuses de la Congrégation de Notre-Dame ». « En 1718, elles bâtirent un second couvent dont une partie se voyait encore en 1863 ». « Un troisième couvent est construit en 1815. En 1867, un quatrième couvent en pierre et brique remplace le précédent. Suite à l’incendie du 27 juillet 1901, un cinquième couvent est érigé sur les fondations du précédent. C’est ce couvent qui sert aujourd’hui de centre communautaire « La Maison à tout le monde ». Les religieuses de la Congrégation demeurent à La Prairie jusqu’en 1972 ». C’est donc en 1972 que la Ville de La Prairie se porte acquéreur de ce qu’il convient dorénavant d’appeler « l’ancien couvent ». Voilà un lieu où l’espace ne manque pas. Reste à lui trouver une vocation de départ et un peu de financement.

Au printemps 1972, approbation du projet La Maison à tout le monde

Dans l’édition du 31 mai 1972 de l’hebdomadaire régional L’Éveil, le titre coiffant un article de la page 2 se lit comme suit : Le couvent de La Prairie devient Maison-à-tout faire (sic). Le texte débute ainsi : « Voilà environ deux semaines, nous recevions, en provenance d’Ottawa, une lettre nous informant que le projet intitulé “La Maison à tout le monde” et soumis au gouvernement fédéral dans le cadre du programme Perspectives-Jeunesse était approuvé et recevait par le fait même les crédits demandés. Quel ne fut pas notre réconfort à la pensée de savoir que la population, grâce au travail de 12 étudiants, bénéficierait enfin de loisirs vraiment organisés sur une base communautaire et davantage accessibles à tous ».

Et l’article de poursuivre : « Établie à La Prairie, au 135, Chemin St-Jean, soit dans les locaux de l’ancien couvent de la Congrégation Notre-Dame, la “Maison” sera restaurée et aménagée de façon à constituer un cadre attrayant pour tous ceux qui voudront venir s’y divertir ou participer à une activité (…). Plusieurs organismes de tous genres et répondant à toutes les espèces d’aspirations ont déjà souscrit d’emblée à l’idée maîtresse sous-tendant l’établissement de “La Maison à tout le Monde”. La mise sur pied d’un véritable centre communautaire devient en effet de plus en plus pressante et les possibilités sérieuses qu’elle laisse entrevoir quant à la création prochaine de structures stables, continues et solides ne peuvent qu’accentuer la qualité des services offerts à la population qui, en définitive, verra s’accroître son bien-être, sa joie de vivre et ses loisirs. »  

Lors de l’ouverture officielle de La Maison à tout le monde, à l’été 1972, le concierge, M. Portugais, a coupé le ruban en présence de dignitaires, de citoyens, de représentants d’organismes et des 12 étudiants (à gauche en commençant par le bas, Richard Parenteau, Diane Dubé, Antonio Pinho, Lucie Gatien, Réjean St-Onge et Jorge Pinho ; à droite, de bas en haut, Alain Pomminville, Marie-Thérèse Lussier, Marcelle Desbiens, Monique Favreau, Louis Lemay et Louis Bernier).

La Maison à tout le monde, située au 135, chemin de Saint-Jean, près de la rue Sainte-Marie, est attenante à l’église de la Nativité, dans le Vieux-La Prairie. 

À l’été 1972, ouverture de La Maison à tout le monde  

Le groupe des 12 étudiants se forme graduellement, la plupart d’entre eux s’intéressant au projet avant même son acceptation par le Secrétariat d’État. Avec le temps, on oublie parfois celles et ceux qui ont consacré leur été 1972 à apporter les premières transformations à l’ancien couvent. Les voici, par ordre alphabétique : Louis Bernier, Marcelle Desbiens, Diane Dubé, Monique Favreau, Lucie Gatien, Louis Lemay, Marie-Thérèse Lussier, Richard Parenteau, Antonio Pinho, Jorge Pinho, Alain Pomminville et Réjean St-Onge.

Sur les quatre étages de l’ancien couvent, les étudiants s’attardent davantage au deuxième, auquel donne accès l’entrée principale sise sur le chemin de Saint-Jean. La structure est suffisamment solide. Cependant, les couleurs ne correspondent pas au goût du jour. On applique donc de la peinture sur les murs, à commencer par ceux du hall d’entrée. On convertit aussi une pièce sur la gauche en salle de détente et en café. Des tables et des petits bancs, fabriqués alors, existent encore aujourd’hui à l’étage de la Société d’histoire de La Prairie-de-la-Magdeleine, un organisme qui voit le jour en 1972. Donnant sur le corridor à gauche, une salle sert d’abord aux amateurs d’échecs ; une autre est emménagée en bureau. La grande salle, baptisée quelques années plus tard la « salle des miroirs », est plus propice à la tenue de réunions, à des cours de peinture, voire de danse.

Là où l’ancien couvent cède véritablement le pas à La Maison à tout le monde, c’est lorsque la chapelle, aux murs bleu poudre, située à la droite de l’entrée principale, devient une discothèque, aux murs bleu marine avec des colonnes orange, et que le confessionnal disparaît. Le concierge, auparavant à l’emploi de la Congrégation de Notre-Dame et maintenant payé par la Ville de La Prairie, en croit à peine ses yeux. Néanmoins, ce beau personnage, M. Portugais, accepte en cours d’été l’invitation des étudiants à couper le ruban marquant l’ouverture officielle de La Maison à tout le monde.

Après la sensibilisation des décideurs et de la population, les coups de marteau et de pinceaux, puis les activités de loisirs organisées pour des gens de tous âges, les 12 étudiants ont laissé à la communauté de La Prairie un héritage qui a accueilli, en plus de 40 ans, non seulement des milliers de personnes, mais aussi quantité d’organismes qui ont profité des espaces et de l’esprit de La Maison à tout le monde