Les bulletins de la SHLM

Le chemin de Saint-Jean avant 1910

Les chemins de la guerre - partie 2 (suite 1)

De la communication du village de la Prairie au fort St. Jean

  
« Cette communication peut être considérée en deux parties. La première, comprise entre le village de la Prairie et l'entrée dans le bois, est de 2 grandes lieues (Longue d’environ 9,8 km, il s’agit sans doute de la partie établie par Robineau de Becancour en 1700)).  Le chemin y est tortueux et assujetti aux sinuosités de la rivière nommée vulgairement de la fourche (rivière Saint-Jacques), sur laquelle sont deux grands ponts en fort bon état;  d'ailleurs, il est traversé de 15 à 20  autres petits ponceaux, établis sur des fossés d'écoulement, mais en tout il est bon et praticable en tout temps.

Son entretien est à la charge des habitants de ce village. Qu'à une lieue et demie (6,5 km) en avant du dit village, le chemin qui vient de Chambly y débouche sur la gauche. La seconde partie de trois lieues et demie (17 km) de longueur a été tracée sur 2 alignements tirés droit chacun jusqu'à la rivière Chambly (rivière Richelieu): le premier, percé dans une partie de bois, est traversé de 2 grands ponts établis, l'un à peu près dans son milieu, et l'autre, à son extrémité sur la rivière de Montréal (rivière l’Acadie);  ils sont brûlés aujourd'hui. On ne saurait apporter trop de diligence à leur rétablissement. […] Qu'on nomme savane un terrain mal spongieux et qui ne produit que de mauvais sapinages. Parvenu à l'extrémité de ce second alignement, le chemin prend sur la droite pendant une demie lieue (environ 2,5 km) et conduit tout le long de la rivière au fort Saint Jean. […]

On observe que cette seconde partie de communication est totalement à la charge du Roy, et que, par la suite, à mesure que les établissements demanderont considération, l'on pourra redresser cette communication, en diriger l'alignement du clocher du village de la Prairie, droit sur le fort St.  Jean. » Louis Franquet, Voyages et mémoires sur le Canada, Québec, Institut canadien de Québec, 1888, 212 pages, pages 127 et 128


 Il semble qu’au cours de la guerre de 1756-1760, la situation ne se soit guère améliorée :


Le 21 juin 1757 : « On a reconnu les endroits à faire camper d'ici à la Prairie le régiment de Languedoc, qui pourra fournir cent vingt travailleurs, qui, avec deux cent cinquante Canadiens, pourront accommoder provisionnellement le chemin de la Prairie à Saint-Jean, chemin aussi utile que nécessaire. Mais pour l'accommoder à demeure, il faudrait deux bataillons pendant deux mois, et […] » Collection des manuscrits du maréchal de Lévis, C.O. Beauchemin  et fils, Montréal, 1889, 12 volumes, Vol. 10   page 218


Le 23 juin 1758 : « Communication de Montréal à Saint-Jean, dans l’état présent, lente, difficile et dispendieuse; à examiner à la paix, s’il faudrait faire le chemin de la Prairie à Saint-Jean directement par les savanes, ou de la Prairie, ou en prenant plus bas, de Longueuil à Chambly, et de ce fort à Saint-Jean, par terre ou en accommodant la rivière; ou s’il ne serait pas plus avantageux, en cas que cela soit possible, de faire un canal de la Prairie ou de Longueuil à Saint-Jean.[…] »   Collection des manuscrits du maréchal de Lévis, C.O. Beauchemin  et fils, Montréal, 1889, 12 volumes, Vol. 7  pages 377-378


La dernière recommandation de l’ingénieur Franquet citée plus haut n’est sans doute pas étrangère au fait qu’en mai 1815, le Grand-Voyer Louis Chaussegros de Léry se rend à La Prairie afin de rencontrer plusieurs habitants qui demandent une modification du tracé du chemin de Saint-Jean.

C’est qu’en 1815, le chemin de Saint-Jean part près du fleuve, passe par la rue actuelle du Boulevard, donc derrière l’église, et se dirige vers la rivière Saint-Jacques qu’il longe jusqu’au chemin de Fontarabie.


Or, plusieurs se plaignent de ne pouvoir entrer au village, à deux périodes de l’année, à cause des inondations, soit au printemps et à l’automne. Leur requête vise donc à déplacer le chemin de sorte qu’il parte près du fleuve, en plein village, passe devant l’église et quitte le village en longeant la commune jusqu’au chemin de Fontarabie, soit grosso modo, son tracé actuel.

Bien que plusieurs s’opposent au nouveau tracé proposé, le procès-verbal du Grand-Voyer précise le tracé du nouveau chemin, à partir du fleuve jusqu’au chemin de Fontarabie. Il ordonne l’abolition de l’ancien chemin, puis la construction d’un pont sur la rivière Saint-Jacques et celle de deux levées pour prévenir les inondations. Les informations sur le changement de 1815 sont tirées de l’article de Jean Joy intitulé « Le grand dérangement du chemin de Saint-Jean » paru dans le Au jour le jour de février 2008.  


Depuis cette modification du tracé en 1815, hormis l’amélioration de la chaussée, le chemin de Saint-Jean a connu peu de modifications. De nos jours, la route 104 commence à l'intersection du boulevard Taschereau (route 134), empruntant le chemin de Saint-Jean. Cette section correspond à l'ancienne route 9B. Plus à l'est, elle passe à Saint-Jean-sur-Richelieu, où elle forme un chevauchement avec l'autoroute 35 (Autoroute de la Vallée-des-Forts).


Des travaux sont entamés en 1964 afin d'ériger entre l'autoroute A15-R132 et Saint-Jean-sur-Richelieu une autoroute se substituant à l'itinéraire de la route 9B. Les travaux, inachevés, ne sont complétés que dans le secteur Saint-Luc. La portion en contournement de La Prairie est qualifiée, en 1984, de « projet révolu » par le ministère des Transports, qui opte finalement pour une amélioration de la route 104 dans l'emprise existante.


Avec une importante augmentation de la population des villes riveraines (La Prairie, Saint-Philippe, Saint-Luc et Saint-Jean-sur-Richelieu), la route 104 (chemin de Saint-Jean) est devenue une voie de circulation très achalandée. Ceci explique pourquoi la municipalité de La Prairie réclame toujours l’élargissement à deux voies de cette route sur toute sa longueur.


Ancienne route militaire, le chemin de Saint-Jean est de nos jours devenu une artère vitale pour une vaste population.

 

 

Au jour le jour, mai 2021