Les bulletins de la SHLM

La Prairie au temps des épidémies (suite de janvier 2021)

Deux semaines plus tard, il est résolu que les conseillers Tancrède Sauvageau, Robert Duclos et John Dunn forment un comité de santé « à l’effet de visiter les cours, les terrains, les marais, ayant pleins pouvoirs de mettre les règlements en force pour tout ce qui concerne la salubrité du village, et autres dépens nécessaires à cet effet […] ». On voit également à améliorer l’écoulement des eaux de surface, source de contamination.


Pour des raisons économiques, on a toujours maintenu la navigation à vapeur durant les épidémies et il y a souvent eu beaucoup de laxisme dans l’application des mesures de quarantaine. Malgré tout, il arrive que les épidémies s’effondrent d’elles-mêmes lorsque les agents pathogènes sont privés d’un nombre suffisant de personnes sensibles pour continuer à se propager. Les plus vulnérables sont morts et les survivants ont été immunisés.


L’épidémie de variole de 1885-1886


La variole, aussi nommée petite vérole ou picote, est une maladie très contagieuse et souvent mortelle (dans 3 cas sur 10) qui a été un véritable fléau dans plusieurs régions du monde. Bien que le vaccin antivariolique ait été mis au point par Edward Jenner en Angleterre en 1796, il faudra attendre jusqu’en 1980 pour que l'Organisation mondiale de la santé proclame son éradication, car aucun cas de cette maladie n'avait été déclaré depuis 1977.


Les principaux symptômes de la maladie sont une fièvre élevée, des maux de tête, des vomissements et des   éruptions cutanées. Chez les survivants, les conséquences à long terme sont des cicatrices particulièrement visibles au visage, lesquelles peuvent dans certains cas affecter la vision.


« C’est au début du 19e siècle qu’est utilisé par les médecins le premier vaccin (antivariolique) de l’histoire. Il est issu de l’observation que la variole des vaches transmise à des humains permet de les immuniser contre la variole humaine, maladie alors très meurtrière. […] Une loi favorise  cette nouvelle pratique préventive et une vaste campagne permet de vacciner, entre 1815 et 1822, près de 32 000 personnes au Canada. »


En 1875, soucieuses d’enrayer l’épidémie de variole, les autorités rendent la vaccination obligatoire. Cette décision provoquera des émeutes et mènera à la création d’une ligue contre la vaccination.


Dix ans plus tard, en 1885, à nouveau débordée par la nouvelle épidémie, la ville de Montréal rend la vaccination obligatoire.


Or, les Canadiens français se méfient de la vaccination, d’autant que le camp anti-vaccin compte d’éminents médecins. Une partie de la population résiste à cette mesure ainsi qu’à l’isolement des malades, au placardage des maisons ou encore à l’obligation d’hospitaliser les enfants atteints. Des émeutes éclatent à nouveau. S’étonnera-t-on qu’aujourd’hui encore plusieurs s’opposent à la vaccination ainsi qu’aux règles les plus élémentaires de protection ; port du masque et distanciation sociale.


À La Prairie en 1885, l’épidémie frappe durement et force les autorités municipales à réagir.


Le curé Florent Bourgeault a attrapé la maladie et en est presque mort.


En avril, le Dr Thomas Auguste Brisson, alors maire, a dû, avec les membres du comité de santé, se rendre en députation à Québec pour aviser des meilleurs moyens à prendre pour rendre efficace le travail du comité d’hygiène local. En mai, il est résolu que des mesures immédiates soient prises pour égoutter et assainir le village de manière à faire disparaître les mares et autres étangs d’eau croupie et qu’en conséquence tous les fossés et les canaux nécessaires à cette fin soient construits.

 

Au jour le jour, février 2021