Les bulletins de la SHLM

La Prairie au temps des épidémies (suite 1)

La mortalité élevée s’explique par le fait que la population d’alors est très majoritairement née dans la colonie et n’a donc jamais été touchée par cette maladie. Ce qui explique qu’elle ne soit pas immunisée. C’est aussi le cas de plusieurs Français de souche qui ne l’ont jamais eue avant de venir habiter en Nouvelle-France.


Selon le Sulpicien Villermaula curé de La Prairie depuis septembre 1702, « […] la picote [petite verole] commença a faire ses ravages dans les quartiers de montreal. elle dura tout l’hyver Suivant et tout le printems aussi bien que une bonne partie de l’été ce qui fut cause que l’année mil Sept cent troy Se passa a souffrir, les habitans n’etant pas en etat d’agir. tous ceux qui étoient natifs du païs Sentirent les rigueurs de cette cruelle  maladies et même plusieurs Francois exceptés quelques uns de plus agés en furent affligés. ainsi chacun ne passa qu’a Soy et le Curé n’eut point le tems de penser a d’autres affaires qu’aux besoins de Ses malades, dont la paroisse n’etoit qu’un hopital. »


À notre grand étonnement et malgré le ton alarmiste du curé Louis-Michel de Villermaula, le registre des sépultures de la paroisse n’a enregistré que 4 décès pour l’année 1702 et 7 pour 1703. Ces derniers étant tous morts durant la première moitié de l’année 1703, cela ne ferait qu’au plus 7 victimes de la petite vérole à La Prairie sur 400 personnes, soit moins de 2 % de la population. Une statistique bien en deçà des 80 décès par 1 000 habitants pour l’ensemble de la colonie.


Choléra et typhus


Le choléra est une infection diarrhéique aiguë provoquée par l’ingestion d’aliments ou d’eau contaminés par le bacille Vibrio cholerae. Elle débute par des diarrhées très sévères et par une super déshydratation. On peut en mourir en quelques heures. Le choléra se transmet par ingestion d'eau ou d'aliments contaminés par les selles d'une personne infectée (transmission fécale orale).


Au cours du 19e siècle, le choléra a rendu malades des centaines de millions de personnes, tuant plus de la moitié de ses victimes. C’était l’un des agents pathogènes les plus rapides et les plus redoutés au monde. C’est sans doute pourquoi dans certains pays on enterre les victimes du choléra avec de la chaux vive.


À l’époque, plusieurs attribuent les épidémies à l’intervention du diable ou encore au châtiment divin. Le clergé organise des processions pour éloigner le choléra. L’eau bénite à l’entrée des églises, censée assurer une protection contre le mal, contribue au contraire à la contagion. D’autres cherchent des boucs émissaires; mendiants,  immigrants ou mauvais voisins.


Dans les agglomérations du Québec au 19e siècle, les déficiences sont multiples en ce qui a trait à l’hygiène corporelle et domestique ainsi qu’à la gestion des excréments humains et animaux.

   
À La Prairie, nombreux sont ceux qui gardent des porcs, des vaches et des poules dans leur cour arrière. Les latrines sont à proximité des puits, les premières ayant contaminé les seconds, car les déjections humaines et animales ne font pas bon ménage avec l’eau potable. Certains achètent de l’eau de vendeurs qui la puisent dans le fleuve.  Nous sommes loin de l’eau courante et des cabinets à chasse d’eau.


Les meilleures mesures pour prévenir le choléra sont l’accès à l’eau propre, la gestion des eaux usées et des déchets, ainsi que l’établissement de règles de santé publique. Or, au milieu du 19e siècle on sait qu’à La Prairie on accusait de sérieux retards dans ces domaines et le virus du choléra arrivait ici dans un milieu favorable à son expansion.

 

Au jour le jour, janvier 2021