Les bulletins de la SHLM

Jean Deshayes, géographe du roi

Finalement après 335 ans passés au fonds des Archives de la Marine en France, une ancienne carte refait surface et vient conclure la synthèse autour de la première route terrestre de la Nouvelle-France. Et, du fait de sa rigueur, cette carte géographique vient clore le débat et le désabusement autour du tracé initial du fameux « Chemin de Chambly » et de fait... du tout premier « Chemin du Roy » de la colonie.


Immanquablement depuis environ deux siècles, nos historiens canadiens affirmaient qu’en 1665 le premier « Chemin du Roy » de la colonie qui se rendait de Chambly à Montréal passait par... Longueuil et ceci, sans qu’aucun parmi eux n’élabore la moindre preuve crédible pour appuyer cette affirmation. Cette situation provoquait un enchaînement de déconvenues ; un certain   scepticisme de la part d’historiens plutôt cartésiens, car cette hypothèse ne semait que le doute et très peu de certitudes.

 
Mais enfin, cette carte géographique de première importance est l’œuvre de Jean Deshayes (1650-1706) ; homme de science, cartographe, hydrographe, et géographe du roi qui en 1685 accompagnait M. Jacques-René Brisay, marquis de Denonville le nouveau gouverneur désigné de la Nouvelle-France. Monsieur le marquis était un militaire de carrière, général de cavalerie dans les armées de France, à qui Louis XIV avait confié le mandat de se rendre à Québec afin de préparer la colonie pour une guerre imminente contre l’Iroquoisie.


Monsieur de Denonville était à la tête d’un imposant corps d’armée, c’est-à-dire un régiment de Troupes de la Marine qui s’élevait à 35 compagnies de 50 hommes. De plus, Monsieur le marquis avait avec lui deux hommes émérites pour remplir sa mission, à savoir ; Robert de Villeneuve, ingénieur militaire recommandé par Vauban ainsi que Jean Deshayes, astronome, mathématicien et géographe du roi.


Traversant l’Atlantique sur La Diligente, la frégate du roi amarra au quai de Québec le 1er août 1685. Avant l’hiver Monsieur le Gouverneur se devait de visiter tous les principaux forts de la colonie ; donc, accompagné de Jean Deshayes, de Villeneuve et d’une compagnie de soldats de la Marine, il se rendit en barque jusqu’à Montréal au début du mois de septembre 1685. Un peu plus tard, il était de nouveau sur le Saint-Laurent jusqu’au lac Ontario afin d’évaluer les défenses du fort Frontenac. Par la suite, Denonville et sa compagnie étaient de retour à Montréal au tout début du mois d’octobre.


Lors de ce voyage, Jean Deshayes avait pour mission de cartographier le fleuve Saint-Laurent et ses environs. Afin de réaliser ce travail de première importance, Deshayes utilise des instruments scientifiques à la fine pointe de la technologie. On trouvera dans les Archives du Séminaire de Québec son relevé géodésique de Québec au lac Ontario ; avec latitudes et déclinaisons de la boussole, soit à la page 18 de son… « Recueil de ce qui sert à la navigation particulière de la rivière Saint-Laurent et de ce qui peut contri-buer à la méthode générale de lever des cartes. »Il fait aussi usage de triangulation pour tracer les rives du fleuve et exécute ainsi les premiers travaux géographiques et géodésiques modernes sur le Saint-Laurent entre la ville de Québec et le lac Ontario.


Dès son retour à Montréal, le gouverneur visite avec Louis-Hector de Callière, le gouverneur militaire de Montréal, tous les endroits où il faudra ériger des forts. Denonville se rend à la mission de La Montagne, à Lachine et ensuite il traverse le Saint-Laurent pour se rendre à la mission de La Prairie. Après coup, sur sa monture, Denonville poursuit la visite des forts par un long trajet de 30 km sur un chemin semi-carrossable qui se rendait en direction sud/sud-est de la seigneurie de La Prairie, jusqu’à l’ancien fort Sainte-Thérèse. Mais chemin faisant, le gouverneur s’arrêtera au fort de Chambly où il rencontrera le commandant de la petite garnison, le capitaine Pierre de Saint-Ours d’Eschaillons.


Jean Deshayes accompagne Denonville dans tous ses déplacements et il nous laisse non seulement une carte de la région de Montréal, mais également le tracé original du « Chemin de Chambly » en 1685, exactement 20 ans après la « construction » de ce tout premier « Chemin du Roi » par les soldats du Régiment de Carignan-Salières.

 

Au jour le jour, mars 2021