Un chemin de fer à La Prairie

Un chemin de fer à La Prairie

Au milieu de la décennie 1820 le Vermont voit ses forêts complètement épuisées. On y a récolté trop d’arbres et il faut trouver une nouvelle façon d’approvisionner la Nouvelle- Angleterre en bois. C’est alors que l’on songe aux forêts du Québec. Ce fut l’un des nombreux facteurs qui motiva les promoteurs à construire un lien ferroviaire entre Montréal et la ville de Dorchester (St-Jean) sur le Richelieu.

Dans notre premier article sur L’Impartial nous avions indiqué que les deux propriétaires du journal étaient Jaumenne et Raymond. Il est fort probable qu’il s’agisse de Jean-Moïse Raymond. Ce dernier était associé avec son père, à La Prairie, en 1810, dans la cie Jean-Baptiste Raymond et Fils, spécialisée dans la production de la potasse et le commerce des produits manufacturés, il dirigea l'entreprise de 1825 à 1839.

Élu député de Huntingdon en 1824. Réélu en 1827. Élu dans Laprairie en 1830, il appuya le parti canadien, puis le parti patriote.

Raymond était le beau-père du notaire Jean-Baptiste Varin, il était également lié à Joseph Masson, son beau-frère et seigneur de Terrebonne. Masson fut l’un des principaux actionnaires du chemin de fer. Raymond exerça d’énormes pressions pour convaincre les habitants de La Prairie des bienfaits du projet; ils craignaient que cela nuise à l’agriculture et à leur quiétude champêtre. Et surtout à titre de député Raymond fit amender la chartre afin d’inclure le village de Laprairie comme terminus de la future voie ferrée.

À la lumière de ce qui précède on comprendra mieux le ton enthousiaste des trois textes publiés dans L’Impartial au sujet de ce projet.

Vol. 1 No. 3 11 décembre 1834

On sait que depus quelques tems il est question de faire une route de ce genre pour établir la communication entre Montreal et St. Jean. Le projet et sur le point de se réaliser et dans ce moment les Ingenieurs sont occupes a dresser le plan de la Route. L’état florissant de notre village, la communication déjà établie avec Montreal sont autans de considerations qui doivent les decider à faire aboutir la nouvelle route à Laprairie ; si cet Espoir se realise, nul doute que notre village ne prenne un accroissement rapide et qu’il ne parvienne promptement a un etat de Prosperite qui lui donnera l’apparence et la population d’une ville. Un comite s’est assemble samedi dernier à Montreal afin de donner cette decision nous n’en connaissons pas encore le resultat mais nous avons lieu de croire que l’interet prive des Entrepreneurs ainsi que celui du public les engagera à faire paser la nouvelle route par Laprairie.

CHEMIN DE FER

Nous eprouvons la plus grande satisfaction de pouvoir annoncer a nos lecteurs de Laprairie, qu’il est enfin decide que le chemin en fer du Lac Champlain au fleuve St. Laurent, aboutira a Laprairie.

Les considerations qui ont decide l’Ingenieur sont celles-ci : d’abord la diminution de la longueur de la route ; qui est d’environ cinq-milles, en second lieu l’avantage d’eviter de faire passer la route sur un terrein tres long plein de foudrieres et en outre celui d’eviter la construction d’un quai pour les Stem Boat d’une etendue considerable et expose a des grands dangers tous les printemps.

Cinq cents notions ayant déjà été obtenue la compagnie se reunira le 29 de ce mois pour nommer les directeurs charges des premiers operation de la societe, il parait decide qu’on mettra la main a l’oeuvre des le printemps nous Exortons tous les amis de la prosperite de leurs pays, et qu’ils possedent des capitaux de s’empresser a prendre des actions dans cette entreprise evidemment si utile et si profitable.

19 février 1835

C’est avec une vive satisfaction que nous annoncons à nos concitoyens que les entreprenneurs du chemin en lisses, qui doit établir une facile communication entre le lac Champlain et le St.Laurent, déployent la plus grande activité dans leurs préparatifs, déjà ils ont donné à l’entreprise l’énorme quantité de blocs qui doivent servir à la construction du chemin, et le choix de la personne qui doit faire cette livraison considérable est une garantie que les travaux ne souffriront pas de retard, à peine quelques jours se sont écoulés depuis l’adjudication et déjà de nombreux ouvriers sont partis pour aller abattre et préparer les arbres qui doivent être convertis en blocs, et tous les travailleurs ne quitteront leur chaume que pour amener au printems, les radeaux contenant le bois qu’ils auront préparé.

Puisse cette entreprise donner l’élan aux spéculateurs. Les moyens faciles de communication sont une source de prospérité pour le pays qui possèdent, car comme les artères et les veines portent la chaleur et la vie dans le corps humain, de même les canaux et les routes en fer font pénétrer le commerce et l’industrie dans les coins les plus reculés du pays qui les établit.