Un extrait du livre « LA VIE QUOTIDIENNE EN NOUVELLE FRANCE Le Canada, de Champlain à Montcalm » de Raymond Douville et Jacques-Donat Casanova. HACHETTE 1964, pages 152-154.

Le diocèse du Canada est immense, et les communications sont rendues encore plus difficiles et souvent impossibles par un long et rigoureux hiver. C’est une vie rude pour l’évêque. Son existence s’apparente davantage à celle d’un missionnaire qu’à celle d’un prélat.

De Montréal à Tadoussac, la distance est de cinq cents kilomètres. Le prélat utilise le canot en été, la raquette et le traîneau en hiver. Mgr de Laval parcourt deux fois d’un bout à l’autre l’immense territoire habité de son diocèse : en 1669 et en 1681. En cette dernière année, il a près de soixante ans. Il entreprend quand même cette randonnée pastorale et paraît inlassable, traversant plusieurs fois le fleuve pour visiter les seigneuries des deux rives. Il s’attache, particulièrement aux missions des indiens, et ces derniers lui réservent une réception qui réconforte l’éminent prélat. Le 20 mai, il se rend à la mission de la Prairie de la Madeleine, près de Montréal, où l’on a tracé une allée depuis le fleuve jusqu’à la chapelle, et préparé une petite estrade près du lieu d’arrivée.

Quand le canot du prélat est en vue, la cloche de l’église commence à tinter, appelant tous les membres de la mission. Un des capitaines hurons apostrophe respectueusement l’évêque au moment où il doit mettre pied à terre : « Évêque, arrête ton canot et écoute ce que j’ai à te dire! » Suivent des harangues de bienvenue. Le visage rayonnant de bienveillance, Mgr de Laval débarque et, revêtu du camail et du rochet, il bénit les fidèles agenouillés. L’aumônier de la mission, le père Frémin, entonne le Veni Creator en langue iroquoise, « secondé par tous les sauvages, hommes et femmes, selon leur coutume ».

Et tous, en procession, entourant l’évêque, qu’accompagnent M. de Bouy, son prêtre, et M. Souart, supérieur du séminaire de Saint-Sulpice à Montréal, se dirigent en chantant vers le premier arc de feuillage dressé par les Indiens.

Monseigneur s’arrête au-dessus pour écouter l’allocution d’un Indien nommé Paul, le « savant dogique » de la mission. Il entre ensuite dans l’église où le père Cholénec, en surplis, lui présente l’eau bénite; Mgr de Laval donne alors la bénédiction du Saint-Sacrement tandis que l’assistance, Indiens et Français, entonne en deux « chœurs bilingues » le Pange lingua, l’Ave Maris stella et le Domine salvum fac regem. Après la cérémonie, Monseigneur présente son anneau à baiser aux assistants, « leur faisant mille caresses », surtout à ceux qui sont les plus fervents.

Le lendemain, l’évêque baptise dix adultes, bénit trois mariages, après quoi il dit la messe. Les Indiens chantent pendant le saint office et communient de la main du prélat. À la fin de l’office, l’évêque procède à la cérémonie de confirmation. Il accepte que des Français soient confirmés, mais après les sauvages, « pour lesquels seuls, dit-il, je suis venu ».

À midi, grand repas selon l’habitude des sauvages qui ont déployé leurs plus belles couvertures pour l’évêque et ses adjoints. Et nouvelles harangues.

Monseigneur veut alors visiter les familles, ce qui rend les Indiens très fiers. Ils ornent leurs cabanes de ce qu’ils ont de plus précieux, étendent par terre des couvertures, des peaux ou des branchages. Mgr de Laval pénètre dans chaque foyer, a des paroles bienveillantes pour tous. Le soir l’évêque confère le baptême à sept enfants, assiste au salut. Le lendemain, la messe chantée par les Indiens termine la visite pastorale du prélat. Et sur le bord du fleuve, tous les assistants reçoivent la bénédiction de l’évêque du Canada.

Le bilan de l’œuvre de Mgr. de Laval est éloquent : érection de trente-trois paroisses, établissement de l’administration diocésaine, fondation de nombreuses confréries pieuses, présidence de centaines de cérémonies religieuses dont cent vingt-six de confirmation.