L’Impartial et la nouvelle église de La Prairie

L’Impartial et la nouvelle église de La Prairie

L’église de pierre de 1705 étant devenue vétuste et trop étroite pour accommoder les paroissiens, dès 1832 il est question de construire une nouvelle église. Vite abandonné, le projet reprendra vie en 1835. La nouvelle église devra être nettement plus grande afin d’augmenter le nombre de places. Les premiers plans voient le jour en 1836 et leur réalisation exige des sommes considérables. En conséquence les syndics procèdent à l’imposition d’une taxe parmi la population. L’ajout imprévu de nouveaux matériaux provoque une hausse des coûts et donc l’imposition d’une seconde taxe sans consultation auprès des paroissiens. Ces derniers s’en plaignent et un procès s’ensuit dont le verdict rendu en juillet 1838 leur donne raison. Un climat d’amertume règne dans la paroisse et les plans d’origine sont abandonnés. Il faut attendre 1839 pour que les syndics confient la réalisation des plans de l’église actuelle à Pierre-Louis Morin.

Les extraits de L’Impartial qui suivent témoignent avec justesse du climat de l’époque.

15 janvier 1835

Depuis trois a quatre ans le village de Laprairie a Considérablement augmenté par les nouvelles Batisses qui ont été faits surtout sur le terrein concédé pour agrandir l’ancien Village. D’après cette augmentation il est devenu necessaire de faire des règlements pour le police intérieure de l’endroit, et a cet égard l’on a qu’a se louer de ceux eui ont été chargés de les faire exécuter. mais quoique les rues soient maintenant en bonne état et qu’il règne partout des trottoirs il reste encore bien des ameliorations a désirer, la principal est celle d’agrandir et rectofier la place du Marché, ce qui pourrait très aisément se faire en faisant un autre amélioration bien plus considérable. Nous voulons dire la Batisse d’une nouvelle église, il est en effet surprenant que dans un Village aussi considérable que le notre, centre d’une paroisse aussi riche, passage aussi fréquenté par les Etrangers, notre vielle Eglise soit un objets de surprise pour l’œil du passant d’un autre côté la nécessité la plus impérieuse exige qu’on s’occupe de la réparer ou d’en batire une nouvelle à moins qu’on ne veuille prier Dieu en pleine air, ce qui ne serait pas si agréable que dans le midi de l’Italie. Nous pouvons heureusement avancer qu’il y a quelque tems, des personnes bien intentionnées ont tenté les moyens de parvenir à cette fin soit la pénurie d’argent soit la crainte que les intéressés eurent d’être entrainés dans de trop grandes dépences, ses bonnes intentions ne peuvent réussir et le projet fut ajourné. Qu’il nous soit permis de suggérer un plan, qui pourrait amener l’affaire a bonne fin sans exiger de grand déboursés de la part des habitans supposons que la Batisse couta entre £4500 5000 la fabrique possède en caisse au de la de £2009 . D’après les informations que nous avons prises nous savons que Monseigneur notre Evêque a permis, que cette somme fut appliquée pour l’intérieur de la nouvelle Eglise, et si cette somme était plus que suffisante pour l’intérieur, d’appliquer le surplus à l’extérieur, or pour parvenir a exécuter facilement cette entreprise il faudrait établir un devis exacte des ouvrages à faire pour l’intérieur accompagné d’une estimation approximative de la somme qu’ils couteraient, en ayant soin de ne point estimer les choses trop bas. Cela fait, on saura la somme dont on pourra disposer pour le dehors. En second lieu comme l’expérience a déjà démontré qu’il est presque impossible d’obtenir en argent une cotisation de chaque habitant propriétaire de terre ou emplacement nous serions d’avis que des souscriptions fussent ouvertes pour obtenir des journées de travail manuel et des journées de chariage; par ce moyen il ne restera plus que la maçonnerie et partie de la charpente, nous disons partie parce qu’en la donnant à l’entreprise on pourrait fournir une certaine quantité de bras qui auraient souscrit.

D’après ce calcul il resterait encore une forte somme d’argent à payer ce que d’après notre opinion, pourrait se faire au moyen des revenus de l’ancienne Eglise qui continuerait d’exister jusqu'à ce que l’autre fut achevée, de manière que l’entrepreneur aurait toute espece de garantie pour la sureté de ces payements. Et en supposant même que l’ancienne Eglise ne fournirait pas pour payer le tout, la nouvelle pourrait aisément y suppléer pourvu que l’entrepreneur donna un délai nécessaire ce qui serait aisé de trouver en payant un peu plus chère ce qui équivodrait a un emprunt avec intérêst et aurait ensuite l’avantage d’éviter beaucoup de démarches et peut-être de désagrémens.

Nous soumettons l’opinion que nous venons d’émètre aux jugements de nos lecteurs.

Il est certainement dans la Paroisse des gens d’une grande expérience et bien plus capable que nous de porter un jugement sur cette affaire importante. Mais comme par la profession que nous venons d’embrasser nous somme engagés a travailler au bien public, nous espérons que si nos lecteurs n’adoptent pas notre plan en entier ils pourront, nous aimons à le croire, y trouver quelques idées pour parvenir au résultat désiré.

Le 29 janvier 1835

D’apres une convocation faite par Messire notre Curé Dimanche le 25 de ce mois, une assemblée de tenancier a eu lieu aujourd’hui dans la sacristie de notre Eglise a l’effet d’approuver et de signe rune requête adressée à Mrgr. L’Evêque de Québec pour obtenir la permission de bâtir une Nouvelle Eglise. Messire Boucher, ayant fait lecture d’un projet de requête, il fut généralement aprouvé et la plupart des personnes présentes le signèrent. Nous félicitons les habitans de la paroisse de ce résultat et nous engageons fortement au nom du bien public, toutes les personnes qui n’étaient pas à la l’assemblée, à s’empresser de venir signer la requète. Personne ne peut douter de la nécessité, de l’urgence même de bâtir un nouvel édifice pour l’exercice de notre culte. L’ancienne église tombe de vétusté, elle trop petite et nullement en rapport avec la population, enfin exposé comme elle est sur la route des Etats-Unis, elle fait souvent naître un sourire sardonique sur les lèvres du voyageur qui vient de traverser un pays où on ne néglige rien pour donner de l’apparence aux temples. Un autre argument en faveur de la nouvelle construction c’est, comme nous l’avons déjà dit la régularité qu’acquerra notre marché, lorsque la nouvelle Eglise étant bâtie, on abattra l’ancienne. On doit convenir qu’alors cette place, maintenant si étroite et si irréguliere présentra un tout autre coup d’œil.

Que si quelques personnes sachant que ce nouvel édifice reposera en partie sur le cimetière craignant que cela ne dévienne trop petit, nous leur réponderont que par rapport à la salubrité publique il serait à désirer qu’on imitat ce qui à été fiat à Montréal et dans bien d’autre endroits; c’est-à-dire, qu’on transferat le cimetière hors du Village dans un terrein qui ne couterait rien à la Fabrique.

Nous terminerons notre article par une observation qui ne peut manquer d’exercer une chaude influence sur quelques personnes : On gêle dans le vieille Eglise! On se propose de construire quatre cheminées dans la nouvelle, où d’ailleurs un nombre de bancs, proportionné à son étendu, permettre non seulement à chaque Paroissien d’y avoir le sien, mais en fera probablement diminuer le prix de location.

J.-B. Boucher
Jean-Baptiste Boucher, curé de 1792 à 1839

Le 26 février 1835

Un vol a été commis dernièrement dans l’Eglise Episcopale de ce Village. Les Coussins, le surplis, la couverture de la table de communion et autre objets ont été emporté. Nous espérons que les voleurs seront découverts.

Le 30 avril 1835

Nous avons été témoins aujourd’hui d’une cérémonie toujours intéressante en elle-même, mais spécialement pour l’endroit où elle se passe. Messire Manseau Curé de Longueil par ordre de Monseigneur l’Evèque est venu, de concert avec les notables du Village, désigner l’emplacement de notre nouvelle Eglise. Depuis longtems on s’occupait de cet objet et nous avons plusieurs fois exprimé le voeux de voir remplacer notre vieille Eglise par un monument qui correspondit mieux aux besoins et à l’étendue de la population. Ce voeu est enfin réalisé et une croix, plantée en présence de M. le Curé de Longueil indique le lieu où ce nouveau Temple va s’élever. La situation en est bien choisie et cet édifice de 161 pieds de long sur 60 1/2  de large (à l’intérieur) et de 40 pieds d’élévation, avec une Sacristie de 36 pieds, mesure de France, donnera un aspect nouveau et élégant à notre marché. La nouvelle Eglise fera face au chemin de St. Jean et un portail élevé en rehaussera l’apparence.

Messire Manseau après avoir fait planter la croix, après lecture du procès verbal, adressa un petit discours aux habitans rassemblés, dans lequel il les félicita de l’accord et du zèle qu’ils avaient montrés.

Aussitôt que les préparatifs nécessaires seront terminés, on commencera la construction du nouvel édifice. Nous en félicitons nos concitoyens. L’Eglise actuelle n’était plus en rapport avec notre population : elle tombait d’ailleurs de vétusté et ne contribuait nullement à l’embellissement du Village.

Emplacement églises
Emplacement des deux églises selon un plan dressé par Charles Manuel