La question de l’anglais mérite une mention particulière. Il semble que ce soit la crainte de voir des enfants fréquenter les écoles protestantes qui décide le Conseil général de la Congrégation à introduire l’enseignement de l’anglais dans son pensionnat de Montréal dès 1823 et à décider, en 1841, qu’on prendra des maîtresses séculières pour enseigner l’anglais dans les missions, « cela devenant nécessaire ». Cet enseignement pouvait prendre deux formes : des classes anglaises proprement dites ou l’enseignement de l’anglais dans les classes françaises, comme l’exigeait le programme des écoles modèles. Dans l’historique du couvent de La Prairie, la présence d’une maîtresse laïque pour l’anglais est signalée dès 1847.

Comme le montre un registre des élèves pour la période de 1844 à 1875 et d’autres documents pour les années subséquentes, le couvent a été fréquenté par des pensionnaires aux noms anglais, et le lieu d’origine de certaines d’entre elles est mentionné : Bathurst, Cambridge, Peterborough, Portland, Montréal, St. Johnsbury, Boston, etc. Quelques noms anglais figurent aussi dans la liste des quart-pensionnaires qui, elles, résident dans la ville même. Certaines de ces élèves anglophones ont été inscrites dans une classe anglaise; d’autres ont pu venir au couvent de La Prairie plutôt pour y apprendre le français. C’est le cas de Katharine Avery, de Boston, devenue par la suite sœur Sainte-Marie-Martha, C.N.D. En 1899, conseillée par des amis montréalais, sa mère choisit pour elle le pensionnat de La Prairie, une maison d’éducation « with French, Music and Manners », plutôt qu’un établissement plus prestigieux, comme le Mont Sainte-Marie, mais où les élèves anglophones sont trop nombreuses pour favoriser l’apprentissage du français.

Trois cents ans de mission de la Congrégation de Notre-Dame à La Prairie, par Jeannine Sévigny, C.N.D. Texte tiré de la revue Héritage, no 17, février 1994.