Nous citons quelques idées ou descriptions qui sont un « portrait » du Vieux-La Prairie, que ce soit des personnages, des événements, des attitudes, des lieux qui étaient familiers à tous les résidents de La Prairie, village et campagne. Les anciens actuels (55 ans et plus) auront facilement souvenance de maintes choses et lieux évoqués dans ce petit roman. Tous apprendront qu'en 1920, le fleuve offrait à qui venait les cueillir de magnifiques nénuphars. Inutile de redire que le mot pollution n’était pas familier à ceux qui fréquentaient régulièrement les rives du beau fleuve Saint-Laurent à cette époque.

Les citations qui précèdent sont tirées d'un don particulier de Jeannine Brillon, autrefois de La Prairie. Il s'agit d'un roman.

Jarret, Andrée, Le Médaillon fatal, roman canadien inédit, Éd. Edouard Garand, Montréal, 1924, 48 pages.

Andrée Jarret est le pseudonyme de Cécile Beauregard, possiblement résidente de La Prairie à l'époque.

Dans ce roman toute l'action se déroule à La Prairie. L'intrigue amoureuse se joue entre une demoiselle Blandine Lanctôt, issue d'une famille à faibles revenus, et le fils du notaire Bisaillon. On y parle de la maison du « domaine », de la bibliothèque paroissiale et de celle de la Salle Littéraire et d'un bon vieux monsieur Bonneterre. La parenté de la « ville » venait en train pour fêter le nouvel An. Après la débâcle à La Prairie, tous participaient à la fête de l'eau. Même alors, les terrains non bâtis autour du village étaient couverts de nappes d'eau et dans les campagnes, l'eau atteignait en hauteur les trois-quarts des clôtures. La petite Marie-Jeanne Brosseau, orpheline de mère, était pensionnaire au couvent pour ensuite être placée à Villa-Maria avec les jeunes filles riches de Montréal.

Un après-midi de novembre, Blandine, l'amoureuse, approchait du réservoir de l'aqueduc, tonne ronde montée sur des échasses et elle débouche sur la rue Saint-Jacques.

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Un jour d'hiver, Blandine inspectait autour d'elle la neige piétinée. Les citoyens de Laprairie, pensait-elle, sont une race active et laborieuse, ils possèdent toutes les qualités pratiques, moins celle de débarrasser leurs rues de la neige d'hiver. D'ailleurs, cette négligence ajoute pittoresquement au charme des vieilles maisons dépeintes.

Blandine aimait l'eau et le grand fleuve au bord duquel elle était née. Aussi en s'engageant à l'entrée du Carré, petit parc situé au bord de l'eau, elle vit qu'il était vide et elle s'avança le plus près possible de la grève. Montréal se distinguait nettement avec sa pointe avançante qu'est Verdun. Entre toutes les fleurs, c'était les nénuphars qu'elle préférait, elle les avait cueillis au bord du fleuve. Ce roman d'amour se termine tout simplement par cet échange entre deux êtres qui ont vécu mille difficultés et qui enfin retrouvent la liberté de se donner l'un à l'autre : « Que puis-je pour vous, Blandine? Aimez-moi, mon cher Maurice ».