Cette année, les congrès conjoints des deux fédérations dont notre Société d’histoire est membre (la Fédération Histoire Québec et la Fédération québécoise des sociétés de généalogie) avaient lieu à l’hôtel Le Montagnais de Saguenay (arrondissement de Chicoutimi) les 17, 18 et 19 mai derniers. La tenue de ces congrès coïncidait également avec le début des festivités du 175e anniversaire de l’ouverture à la colonisation de la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Ces congrès avaient pour thème « La relève dans les organismes en patrimoine ».

La SHLM y était représentée par les personnes suivantes : M. Stéphane Tremblay, M. Albert Juneau, Mme Marie-Hélène Bourdeau et M. Jean L’Heureux.

VENDREDI 17 MAI

La conférence inaugurale du congrès avait lieu sur site de la Pulperie de Chicoutimi, qui abrite le Musée Régional du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Ce vaste complexe d’animation culturelle et touristique a pour mission de préserver et de mettre en valeur le patrimoine de la région. Il a aussi un caractère artistique et on y retrouve, transportée sur place dans son intégralité, la maison Arthur-Villeneuve, exemple typique d’art naïf québécois.

Sous le thème de « La relève : un thème cher à notre organisation », la conférencière, Mme Liz Gagné, présidente de la Commission scolaire des Rives-du- Saguenay, nous a présenté un tour d’horizon des efforts de recrutement et de protection du patrimoine mis en oeuvre par cette institution et ses bénévoles depuis plus de vingt ans, dont la restauration des archives après l’inondation de 1996.

SAMEDI 18 MAI

Les participants ont eu droit à trois ateliers le 18 mai. Le premier traitait de l’importance de l’enseignement de l’histoire de l’école primaire à l’université.

Le but de cet atelier était de faire état de la place de l’histoire dans le curriculum scolaire québécois. La discussion fut Le Musée de la Pulperie amorcée par un panel de quatre enseignants en histoire issus des différents niveaux d’enseignement. Après un bref survol de ce qui est enseigné à chaque niveau, les participants étaient invités à livrer leur opinion et à poser des questions aux quatre spécialistes.

Questions et commentaires se répartissaient en deux catégories. D’une part, les sociétés d’histoire déplorent que l’histoire locale soit peu ou pas enseignée par les différentes institutions scolaires présentes dans leur milieu. Ce qui explique que plusieurs bénévoles de ces sociétés d’histoire n’hésitent pas à entrer en contact avec les enseignants de leur région afin de proposer pour leurs élèves un atelier d’histoire locale ou encore d’organiser des visites guidées d’un site patrimonial local. D’autre part, il y a des sociétés d’histoire qui, possédant peu de ressources et de bénévoles, préfèrent travailler de pair avec les citoyens de leur région afin d’accumuler photographies et informations historiques dans le but de constituer une collection d’archives.

D’ailleurs, au cours du déjeuner des délégués des différentes sociétés membres de la FHQ, il fut décidé par les participants d’exercer des pressions dans les écoles et les Commissions scolaires de leur région afin d’obtenir la mise en place d’un cours (ou d’un programme) sur l’histoire locale.

Le second atelier de cette journée consistait en une conférence de M. Éric Tremblay, historien, sur La Société des Vingt-et-Un et l’ouverture du Saguenay (1838-1842). Enfin, pour le dernier atelier, on nous proposait une visite libre du Musée du Fjord situé à La Baie.

CONFÉRENCES

Plusieurs conférences étaient également offertes aux congressistes au cours de cette fin de semaine. Soulignons en particulier une table ronde sur la place des jeunes dans les organismes voués à la protection du patrimoine au cours de laquelle les jeunes participants ont échangé sur les moyens à utiliser pour recruter des jeunes et les impliquer dans nos organismes. Voici quelques-unes des idées retenues :

Une autre conférence proposait trois modèles de financement des sociétés d’histoire et des organismes en patrimoine. Les trois conférenciers ont présenté chacun leur modèle de financement respectif. Dans les trois cas, les organismes s’autofinancent à au moins 50 % grâce à des activités qu’ils ont eux-mêmes créées.

DIMANCHE 19 MAI

Monsieur Gaston Gagnon du Ministère de la Culture et des Communications a présenté la nouvelle loi du patrimoine dans l’atelier de formation du dimanche après-midi. L’essentiel de son exposé portait sur les nouvelles responsabilités des municipalités en matière de patrimoine. Le principal constat fut que les représentants des sociétés d’histoire sont beaucoup moins optimistes que monsieur Gagnon et son ministère quant aux interventions futures des municipalités en faveur du patrimoine.

La position de monsieur Gagnon reflète la documentation du ministère mise à la disposition des municipalités, en particulier, le « Guide pratique destiné aux municipalités » et le document intitulé « À propos de la Loi sur le patrimoine culturel ».

L’optimisme du MCC repose sur la possibilité offerte désormais aux municipalités de jouer un rôle plus actif en matière de patrimoine dans des domaines que ne prévoyait pas la Loi sur les biens culturels de 1972. Les nouveaux champs d’intervention des municipalités concernent les paysages culturels patrimoniaux, le patrimoine immatériel, les personnages, les événements et les lieux historiques. Selon monsieur Gagnon, certaines municipalités et régions comme la Gaspésie ont ouvert la voie en ce qui touche les paysages culturels, les événements et les lieux historiques.

Le scepticisme des sociétés d’histoire tient à l’indifférence des municipalités vis-à-vis du patrimoine. Il faut nous donner du temps, car le non-engagement des municipalités réflète le désintéressement d’une bonne partie des citoyens. La culture n’a pas toujours la cote et, pour qu’elle gagne des rangs dans l’échelle des priorités municipales, elle doit compter sur des appuis plus larges, au-delà du cercle étroit des combattants habituels.

La ville de La Prairie se réclame du développement durable. Or, les villes et régions innovatrices dans ce domaine se font une obligation d’inclure la culture dans leur planification. C’est ainsi que la culture forme une composante essentielle du développement durable, au même titre que les dimensions économiques, sociales et environnementales.

La compréhension et l’application de cette nouvelle loi sur le patrimoine requièrent d’éventuels intervenants l’acquisition et la compréhension d’une nouvelle terminologie. Nous citons ici deux exemples de définitions qui prêtent flanc à interprétation parce que, à notre avis, elles ratissent trop large :

« patrimoine immatériel » : les savoir-faire, les connaissances, les expressions, les pratiques et les représentations transmis de génération en génération et recréés en permanence, en conjonction, le cas échéant, avec les objets et les espaces culturels qui leur sont associés, qu’une communauté ou un groupe reconnaît comme faisant partie de son patrimoine culturel et dont la connaissance, la sauvegarde, la transmission ou la mise en valeur présente un intérêt public;

« paysage culturel patrimonial »: tout territoire reconnu par une collectivité pour ses caractéristiques paysagères remarquables résultant de l’interrelation de facteurs naturels et humains qui méritent d’être conservées et, le cas échéant, mises en valeur en raison de leur intérêt historique, emblématique ou identitaire;

Ajoutons à cela les expressions suivantes : aire de protection, document patrimonial, objet patrimonial, site patrimonial et bientôt la confusion s’installe et rien ne se fait.

Il n’en demeure pas moins que ces congrès furent bien organisés et fort enrichissants pour tous ceux qui y participèrent. À noter que le prochain congrès de la FHQ aura lieu à Joliette au printemps 2014 (probablement les 23, 24 et 25 mai) avec pour thème les Acadiens, leur déportation et leur arrivée dans la région de Lanaudière au cours de la décennie 1760.