Trois cents invités sont reçus en grande pompe, c'est la fête! Le PREMIER chemin de fer du Canada est inauguré officiellement par le gouverneur général Lord Gosford. Louis-Joseph Papineau, leader de la Chambre d’assemblée, et John Molson junior, président de la compagnie « Champlain et St-Laurent », sont les coprésidents de la fête; tous trois font le discours d'usage.

Imaginons le spectacle : tous ces notables rassemblés près du fleuve, à l'endroit où se situe la rue Saint-Henri de 1996. Un peu à l'écart, les résidents du village et des environs participent à l'événement dans la joie et la fierté. Partis de Montréal sur le bateau-vapeur « Princess Victoria », les invités ont pu admirer la beauté du fleuve et causer pendant les sept milles de la traversée. La musique du 32e régiment a su agrémenter le voyage. Tout le monde débarque sur le quai où la Dorchester, toute rutilante, tirant ses 14 wagons, exécute diverses manœuvres pour qu'on l'admire.

Deux wagons tirés par les locomotives accueillent les hauts dignitaires; les autres seront tirés par des chevaux. C’est le départ! Ce premier voyage est rapide : on compte 55 minutes pour la locomotive et ses 2 wagons et 2 heures pour les wagons qui n'ont pas encore les chevaux-vapeur.

Saint-Jean-sur-Richelieu reçoit dignement tous ces personnages importants : on salue au champagne et un madère accompagne le buffet froid. Les discours se veulent à la hauteur de l'événement que l'on vit.

Puis, c'est le retour à La Prairie, on avance plus lentement. La Dorchester, qui tire cette fois quatre wagons, arrive peu de temps avant ceux tirés par les chevaux.

Amarré au quai, le Princess Victoria reprend ses voyageurs du matin et à 7 heures du soir, on est prêt pour le retour à Montréal. Il fait beau, le soleil éclaire ce beau paysage. Mais, l'aventure commence… Enlisé dans le sable, le bateau refuse d'avancer. Capitaine et matelots réussissent à le dégager au bout d'une heure et c'est le vrai départ. Voilà qu'après avoir navigué la distance d'un mille, un passager quitte le bateau en tombant par-dessus bord. Le courant est fort, le bateau ne se manœuvre pas facilement, mais on réussit finalement à repêcher le « baigneur involontaire ».

Ces deux incidents ont occasionné du retard; il fait nuit et la traversée serait risquée. Le capitaine refuse cette entreprise hasardeuse et met le cap sur le quai de La Prairie.

Au village de La Prairie, on peut loger quelques personnes, mais les dignitaires sont au nombre de 300!

Rapidement on s’organise. À l'hôtel La Prairie, on improvise un Bal, et la fête continue, et on s'amuse. Le Princess Victoria ramène ses passagers à Montréal tôt le lendemain.

Ce récit du 23 juillet 1836 est tiré de The Molson Saga, Shirley E. Woods jr., éditions Avon Books of Canada, 1983.

Recherche et traduction : Hélène Charuest

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Dans les sources consultées, on fait état de la grave crise économique qui frappe le Bas-Canada fin 1836 et 1837. Les temps ne sont plus à la fête. L'Angleterre, autorité coloniale qui a, depuis la Conquête, des obligations financières envers sa colonie, refuse de payer en numéraire. Le papier-monnaie devient presque inexistant. Certaines banques font faillite. Les « Molson » sont les premiers à imprimer des billets de banque et à La Prairie, Edme Henry, riche propriétaire, imprime des billets. Au local de la SHLM sont exposés 2 billets originaux de 1837 émis par Edme Henry.

Les fêtes grandioses de juillet 1836 à La Prairie, fêtes qui avaient réuni francophones et anglophones, sont un événement qui marquera un temps d'arrêt dans les célébrations communes d'un événement heureux. Ce fut ensuite la période des Patriotes, ses luttes et ses conséquences…

Aide-Mémoire

  1. Dorchester, gouverneur général du Canada de 1786 à 1807
  2. Honorable James McGill, ancien membre du Conseil législatif du Bas-Canada, donateur en 1811 du terrain où se construira l'Université McGill.
  3. Louis-Joseph Papineau, orateur de La Chambre en 1836. Le plus haut poste des élus à la Chambre d’Assemblée.
  4. L'Honorable Jeanne Sauvé, gouverneur général du Canada, préside à La Prairie les fêtes du 150e anniversaire du premier train en 1986.

Quel choix feriez-vous?

Dans les années 1930-1940, on voyait souvent des pêcheurs ramer énergiquement pour remonter le fleuve. Le retour était facile car on se laissait glisser sur l'eau, on avait…

  1. l'aire d'aller
  2. l'erre d'aller
  3. l'air d'aller

Réponse dans la colonne suivante avec un miroir.


(Réponse : erre)